L'Arnacœur Prestige de l'amour
Humour, tendresse, légèreté... L'Arnacœur (en salles le 17 mars), avec Vanessa Paradis et Romain Duris, marche avec délice sur les plates-bandes de la comédie sentimentale américaine. Un genre 0 % français, et pourtant...
★★ L'Arnacœur, un film de Pascal Chaumeil, avec Romain Duris, Vanessa Paradis, Julie Ferrier... Lire la critique
George Clooney n'était pas libre ? Jude Law parti à la pêche ? Cameron Diaz malade ? Et Julia Roberts ? Elle était où, Julia Roberts, pour avoir refusé de jouer dans L'Arnacœur ? Vous dites ? L'Arnacœur n'est pas un film américain, mais français ! Si c'est une blague, elle n'est pas drôle. Chez nous, Monsieur, une histoire d'amour, ça se passe dans une cuisine. Avec du romanesque dans le beurrier et du sexe dans le bac à légumes. Alors, franchement, que viendraient faire le ciel bleu, les sourires et le glamour ?
Et pourtant. L'Arnacœur, de Pascal Chaumeil, histoire d'un briseur de couples professionnel engagé pour ruiner un mariage, est cocorico jusqu'au bout de ses acteurs : Vanessa Paradis (la fiancée) et Romain Duris (le pro). Une comédie sentimentale tellement formidable qu'on la croirait venue d'Hollywood, où le genre s'est épanoui. Voilà que le cinéma français gagne encore un bout de terrain dans le champ de la diversité. Tant mieux. Le bac à légumes, c'est bien. Les bougies romantiques, ce n'est pas mal non plus. Surtout quand elles sont allumées.
Que cet L'Arnacœur ait un goût "à l'américaine" n'est, en fait, pas surprenant. L'aventure de la production du film a ceci de particulier qu'elle s'inscrit dans un paysage nouveau, moins balisé qu'un certain cinéma d'auteur français. Au programme : un scénariste qui s'est fait la main à Hollywood, un producteur capable de se passer de l'argent des chaînes de télé et un réalisateur fan de Billy Wilder. On mélange, on secoue, et on fait monter le soufflé. Ça paraît simple. Ça ne l'est pas.
Lorsque Laurent Zeitoun débarque en France après quelques années à Los Angeles, il croit en sa chance. Il vient de la finance, il est cinéphile, il se rêve producteur. En 2000, il crée Script Associés, qui réunit des auteurs prêts à travailler en "mécaniciens" sur les scénarios des autres. Aux Etats-Unis, le tapis rouge se déroulerait sous leurs pieds, en France les portes se ferment. "Il a fallu cinq ou six ans pour que la profession s'intéresse à ce genre de pratiques", se souvient Laurent Zeitoun.
Ici, un succès (Prête-moi ta main), là, des "réparations de moteurs", mais rien qui puisse lui faire décrocher les étoiles. Il persiste. Et quand il entend son oncle lui demander, en riant, s'il ne connaîtrait pas un comédien prêt à séduire sa fille pour qu'elle quitte son copain, il lui vient l'idée d'un personnage de film. Il écrit le synopsis de L'Arnacœur et l'envoie à Jeremy Doner, l'un des scénaristes de la série Damages, dont il est un grand fan. L'Américain accepte d'y travailler. "Pour aller jusqu'au bout de ce projet et finaliser la première version du scénario, j'ai dû investir 100 000 euros", explique Laurent Zeitoun. Sans garantie de retour. Là encore, c'est nouveau.
Les chaînes se battent pour acheter le film
La suite est plus classique. Ou presque. Le scénario arrive entre les mains de Nicolas Duval, de Quad Films. "Je l'ai lu comme un spectateur. J'ai dit oui", lance le producteur. Il propose le projet à Pascal Chaumeil, dont la carte de visite cinéma est vierge mais qui, à la télé, a notamment réalisé la saison 1 d'Engrenages ou Fais pas ci, fais pas ça. Il a le sens du rythme et il va vite. "Surtout, souligne Pascal Chaumeil, travailler sur des commandes ne me dérange absolument pas, contrairement à beaucoup de metteurs en scène français." Si le film pouvait faire un peu bouger le schmilblick de ce côté-là, ce serait bien, d'ailleurs...
Bref. L'équipe est formée, elle se met au boulot. Resserre les boulons de l'histoire, patine et ripoline. Coup de bol, coup de chapeau : Vanessa Paradis et Romain Duris lisent le scénario. Elle dit oui, il tergiverse, mais a très envie de se frotter à la comédie. Du gâteau pour la production, qui s'en va voir les chaînes de télé avec son casting en or sous le bras. "Tout le monde a refusé, explique Nicolas Duval. Le scénario plaisait. Un réalisateur inconnu ne posait pas de problèmes. Les acteurs, si. Pas assez populaires, pas identifiés comédie. On est tombés de haut." On comprend. "Avec Kad Merad et Mathilde Seigner, on montait le film en deux minutes", s'amuse, aujourd'hui, Laurent Zeitoun.
Son de cloche légèrement différent du côté des chaînes. "J'ai proposé un prix, précise Pierre Héros, de France 2 Cinéma. Il a été jugé trop bas. Les producteurs ont pris le risque de jouer le coup en solo. D'après les bonnes rumeurs autour du film, ils ont eu raison." "Ils demandaient très cher, souligne Géraldine Gendre, directrice adjointe à M6 Films. Le scénario était excitant. Mais rien ne disait qu'ils en feraient une comédie populaire." La production s'est donc montée sans chaînes de télé. Chose rare aujourd'hui. Mais le jeu en vaut parfois la chandelle. Désormais, elles se battent pour acheter L'Arnacœur. Et la production fait monter les enchères.
Ironie somme toute logique, c'est du côté de la filiale française d'Universal, major américaine, qu'est venu le coup de pouce financier. "C'est le genre d'histoires dont, par culture, on comprend bien le fonctionnement", pointe Stéphane Huard, son directeur général, qui s'occupe également des ventes internationales. Working Title Films, qui compte notamment à son catalogue Quatre mariages et un enterrement et Coup de foudre à Notting Hill, a posé une option pour le remake. Avec George Clooney et Julia Roberts ?
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