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Jean Dujardin
Itinéraire d'un agent gâté

OSS 117. Rio ne répond plus..., un film de Michel Hazanavicius. En salle le 15 avril 2009
D’un OSS 117 à l’autre : Jean Dujardin a traversé trois années comme star incontestée du cinéma français. L’Express était à ses côtés.

PAR Christophe Carrière | CINÉMA ET DVD | 10 avril 2009
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L'Express

Si vous avez manqué le début…
Au printemps 2006, Jean Dujardin est le héros du cinéma français. Un an après avoir attiré 4,3millions de spectateurs avec Brice de Nice, de James Huth, il incarne le rôle-titre d’OSS 117. Le Caire, nid d’espions, de Michel Hazanavicius, 2,3 millions d’entrées au box-office. Après les jeunes accros au surfeur idiot, c’est un public plus adulte et plus exigeant qui découvre en l’acteur celui qu’il n’attendait plus. « Dujardin, c’est Belmondo dans un monde où Delon n’existe pas », résume joliment Eric Altmayer, coproducteur, avec son frère Nicolas, de Brice de Nice et d’OSS 117.

Effectivement. Aujourd’hui, à 36 ans, Jean Dujardin est le seul comédien français à posséder la stature d’une icône populaire, capable de tout jouer et d’attirer du monde sur son seul nom. Pour Annabel Karouby, ancien agent de la vedette, « quand cet état de grâce touche une star, il dure généralement une dizaine d’années ».

Les trois premières viennent de s’écouler d’un OSS 117 à l’autre, OSS 117. Rio ne répond plus..., trois années durant lesquelles L’Express a suivi l’évolution de l’animal. Très professionnel, assez magnifique, parfois incorrigible, jamais à bout de souffle. Jean Dujardin défie l’analyse parce qu’il ne change pas. Là où certains cèdent à des névroses égocentriques ou s’échinent à monter toujours plus haut, lui enchaîne les projets et rencontre la célébrité avec un contentement proche de l’éblouissement, sans jamais perdre la tête. Ni se la prendre. Bref, un type normal. Ce qui, pour une star, n’est pas ordinaire. Démonstration.

28 juin 2006

Rendez-vous dans les entrepôts de la SNCF, collés à la gare du Nord, à Paris. Dans un bureau du 36, quai des Orfèvres reconstitué, Jean Dujardin tourne Contre-enquête, de Franck Mancuso, un film policier où il incarne un commissaire décidé à venger le meurtre de sa fille. Entre les prises, la clope au bec, il fredonne du Brassens : Il n’y a pas d’amour heureux. On a entendu plus jovial. Une fois n’est pas coutume, l’acteur n’est pas gai. « La nature de mon personnage y est pour beaucoup, confie-t-il. En plus, sur ce plateau, les gens ne parlent pas beaucoup. Je me sens seul. Je suis dans le doute. Limite en parano. »
Pas vraiment de quoi s’inquiéter. Sa notoriété est au beau fixe et, si le scénario de Contre-enquête a d’abord été proposé à Clovis Cornillac, les projets suivants lui sont réservés en priorité, depuis le récent succès d’OSS 117. Il sourit. Et lâche même un petit rire de contentement. Mais avoue l’instant d’après, sur un ton faussement débonnaire : « J’ai l’impression que plein de gens ne m’aiment pas depuis OSS 117. » L’homme sait bien que sa réussite crée forcément des jalousies. Il faut juste qu’il apprenne à l’accepter.

14 novembre 2006

Autre film, autre humeur. Pantin, au Centre national de la danse, réaménagé en agence de publicité pour le tournage de 99 Francs, de Jan Kounen. Jean Dujardin a la pêche. Déguisé en Frédéric Beigbeder, assis dans un fauteuil face à Jocelyn Quivrin, il est hilare et attend que le réalisateur lance une nouvelle scène. La folie créatrice de Kounen lui plaît. La folie douce de Quivrin l’enchante. Lui est là grâce à Dujardin, qui a glissé son nom à Jan Kounen après l’avoir croisé sur un plateau. Il lui avait beaucoup plu. « J’aime les gens qui sont au présent », dit-il. En langage Dujardin, « au présent » signifie : « vrai, franc du collier, simple ». L’acteur se méfie des complimenteurs, des gentils expansifs, des « nouveaux amis ». En règle générale, il se méfie de tout le monde. « J’ai été couillonné à l’époque où je jouais au café-théâtre. Même chose à la télé. Maintenant, je me protège. J’aime qu’on me renifle avant qu’on me prenne dans les bras. » Du coup, Dujardin ne déborde pas d’amis, mais tient à en être entouré. Pas pour se mettre en confiance, mais pour le bonheur de jouer entre potes. Avec Quivrin, il travaille, il s’amuse… Tout va bien.

1er février 2007

Séance photo pour un magazine dans un studio du XIe arrondissement parisien. Jean Dujardin assure la promotion de Contre-enquête. Ce n’est pas son exercice préféré, mais il s’y applique, conseillé par son attachée de presse, qu’il paie à l’année depuis la sortie de {Brice de Nice}, pour ne pas dire n’importe quoi. Pour ne pas faire n’importe quoi, il y a Annabel Karouby, son agent, qu’il surnomme affectueusement « maman ». « Depuis OSS 117, elle reçoit pour moi cinq scénarios par semaine. Comme je ne veux pas en tourner plus d’un ou deux par an, le tri est draconien. » Sans compter que se profile à l’horizon le deuxième OSS 117. « Je connais déjà le titre, lance Dujardin, taquin et excité. Tout ce que je peux dire, c’est que le premier jet est dans la lignée du numéro 1, avec des répliques déjà cultes. » Son engouement est un bonheur. Et son moteur. Dujardin se régale d’avance des lendemains qui chantent. Cela s’appelle un optimiste.

24 février 2007

Soirée après-Césars dans le night-club parisien de Régine. Jean Dujardin, sevré au champagne, a la mèche défaite et l’œil qui frise. Il n’a pas transformé sa nomination pour OSS 117. Le Caire, nid d’espions, mais il s’en fiche. « On m’a donné un bon point. Cela me suffit amplement. » Pour lui, cette reconnaissance est surtout celle de Brice de Nice, que beaucoup de professionnels présents ce soir-là, acteurs compris, ont traité avec condescendance. Dujardin trinque à sa revanche.

3 juillet 2007

Avant de piquer un sprint sur le quai de Jemmapes (Paris Xe), où son personnage dans Cash est poursuivi par deux molosses patibulaires, Dujardin exulte à la terrasse d’un café. « Tu sais qui a appelé Michel [Hazanavicius] avant-hier soir ? Sean Connery ! Il venait de voir OSS 117. Sous-titré, évidemment. Et ça l’a fait rire. » Du coup, Dujardin se prend à rêver de la possibilité d’avoir à ses côtés, le temps d’une scène, l’ex-007 dans le prochain OSS 117. Côté box-office, il plane : Contre-enquête a attiré 1 million de spectateurs. De l’avis de tous, c’est grâce à lui. Définitivement « bankable », il est demandé partout et par tous. Et peut tout se permettre. Un film d’auteur, par exemple ? « Pour l’instant, je suis trop bien dans ma tête pour me lancer là-dedans. »

31 octobre 2007

Dans un square, près de la porte de Bagnolet (Paris XXe), Dujardin porte un gros blouson, une barbe de cinq jours, la cigarette au bec et a les yeux rivés sur un moniteur vidéo. Il surveille Arsène Mosca, son ami, son protégé, héros de Palizzi, la série qu’ils ont coécrite, sur le quotidien d’un caïd tendance loser. Plus que la mise en scène, c’est la direction d’acteurs qui plaît à Dujardin. Cette séquence, de 2 minutes 13 très exactement, il va la faire répéter une quinzaine de fois. « Voilà ! Là, c’est vivant ! » lance le réalisateur, ravi de voir un des acteurs improviser une colère démesurée. Arsène aussi est content. Dujardin a toujours soutenu « le gros », comme il l’appelle : Jean-Mi dans Un gars, une fille, le nazi « toléré » dans OSS 117, le dealer dans 99 Francs… Dès qu’il peut, Dujardin le recommande. Fidèle en amitié.

7 février 2008

En jogging, Jean Dujardin fait du sport. Deux fois par semaine, deux heures par séance. Avec Patrick, un coach qui a déjà musclé plus d’une star, de Naomi Campbell à Guillaume Canet, dans sa petite salle au fond d’une cour du Marais. Couché sur un énorme ballon, l’acteur doit se redresser, les bras tendus au bout d’un bâton. Cela pour travailler les lombaires. Vient ensuite le tour des abdos, des biceps, des triceps… Haltères, pompes, échelle… Une heure plus tard, Dujardin sue, râle, souffle comme un bœuf. Au plaisir de soigner sa forme physique s’ajoute le devoir professionnel : dans un mois, il s’envole vers le Brésil pour le tournage d'OSS 117. Rio ne répond plus..., où il devra montrer une carrure « belmondesque ». Douché, séché, il file à un rendez-vous avec le producteur Alain Attal. « Un projet pour avril 2009 », souffle-t-il. Soit le nouveau film de Nicole Garcia, Un balcon sur la mer, le drame d’un tranquille quadragénaire persuadé d’avoir retrouvé un amour d’enfance. Mais ne serait-ce pas là un film d’auteur ? L’acteur élude et s’enfuit sur son scooter.

16 février 2008

Jean Dujardin est sur un nuage. Trois jours plus tôt, il a réalisé son fantasme : jouer face à Jean-Paul Belmondo. Un rôle d’ouvrier dans Un homme et son chien, de Francis Huster. « C’est mon Graal ! » avoue-t-il. Et quand il dit à son idole qu’il part pour le Brésil, le héros de L’Homme de Rio lui répond, paternel : «Tu me poursuis ! » Dujardin ne dément pas.

29 août 2008

Jean Dujardin déménage. Il a trouvé un nouvel appartement à louer. Il pourrait acheter, mais non. Trop cher. Propriétaire, il l’est déjà dans le Sud, où il a acquis une maison, à crédit, avec Alexandra [Lamy]. Sinon, pas de dépenses inconsidérées. Dujardin, 2 millions d’euros pour un gros film, 800 000 euros pour un plus modeste, comme celui de Nicole Garcia, a les pieds sur terre. Un trait de caractère hérité de son père, entrepreneur en métallerie, qui gère aujourd’hui l’argent de son acteur de fils. L’aîné, Marc, avocat, est devenu son agent. Et Annabel Karouby ? Remerciée, à l’amiable. Laquelle dit avoir pris les devants, face à l’influence grandissante des proches de son client. « Pour régler les détails de notre séparation, Marc est venu seul. Jean a horreur des conflits. » « Ce sont des problèmes de grandes personnes, botte en touche l’incriminé. Je maîtrise mal les histoires d’argent, a fortiori quand une personne que j’affectionne, comme Annabel, est impliquée. » PME familiale à lui seul, Dujardin reste le même. Un grand gamin ébloui par la réalisation de ses rêves, comme celui d’incarner Lucky Luke – le tournage de quatre mois commence dans une semaine en Argentine.

30 janvier 2009

Déjeuner avec Jean-Paul Belmondo et Antoine Duléry chez Lipp (Paris VIe). À deux tables se trouve Vincent Lindon. Après le café, Jean Dujardin est le seul à sortir sans saluer la vedette de Welcome. En 2006, après lui avoir proposé un rôle dans La Bourgeoisie, qu’il a écrit et compte réaliser un jour, Lindon émet, dans un magazine de cinéma, de sérieuses réserves sur la performance de Dujardin dans Brice de Nice. «Quand un mec me chie dessus, je ne vais pas lui jouer la sérénade », explique le héros d’OSS 117. Une heure après l’épisode Lipp, Lindon lui téléphone : « Cette histoire date de trois ans ! Faut arrêter ! » Dujardin est touché par l’appel. Méfiant de nature, il aime qu’on joue cartes sur table. Sans quoi l’ami en or peut devenir, sinon une teigne, en tout cas très rancunier.

28 février 2009

Jean Dujardin se rend à Marcoussis (Essonne), où l’attend Marc Lièvremont, entraîneur de l’équipe de France de rugby, qui veut proposer à l’acteur de parrainer son association, MVE, qui investit dans les villages pour enfants maltraités. Lièvremont dresse un topo terrible à l’acteur, lui-même père de deux gamins. Dujardin n’en croit pas ses oreilles. Dès le lendemain, il s’octroie une journée pour aller voir de ses propres yeux ces «maisons de l’enfance ». Dans l’une d’elles, dévolue aux tout-petits, l’éducateur lui présente une fillette dont la mère s’est immolée devant elle. Dans une autre, réservée aux ados, il apprend que le père d’une des pensionnaires la prostituait. Bouleversé, il rentre chez lui, fermement décidé à soutenir l’association et, surtout, à en parler à chaque interview.

2 mars 2009

Projection d’OSS 117. Rio ne répond plus, au siège de la Gaumont. Assis dans la salle à côté de Dujardin, Jean-Paul Belmondo rit franchement. Et sourit aux hommages appuyés de son « successeur ». Dujardin est dans ses petits souliers et regarde plus son voisin que l’écran. « Je voulais savoir si j’étais adoubé par le patron. » Les réactions positives le rassurent. Gonflé à bloc, il est fin prêt pour attaquer le marathon des avant-premières et des interviews, dont les demandes ont doublé depuis 2006. Si le film remplit ses objectifs (3 millions d’entrées), un troisième OSS 117 sera mis en route. Et la star pourra raisonnablement espérer encore sept ans de bonheur. Au moins.









En salle le 15 avril 2009
OSS 117. Rio ne répond plus..., un film de Michel Hazanavicius avec Jean Dujardin.

Bande originale du film
Musique de Ludovic Bource

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BIO
JEAN DUJARDIN



1972
19 juin, naissance à Rueil-Malmaison
1999-2003
Un gars, une fille
2004
Le Convoyeur, de Nicolas Boukhrief
2005
Brice de Nice, de James Huth
2006
OSS 117. Le Caire, nid d’espions, de Michel Hazanavicius
2006
Théâtre : Deux sur la balançoire
2007
99 Francs, de Jan Kounen


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