William Turner
La force de la nature
Le peintre britannique qui a réinventé le paysage, embrasé les couleurs et sublimé la lumière est confronté à ses maîtres, au Grand Palais, à Paris, à travers l'exposition Turner et ses peintres, du 24 février au 24 mai 2010. L'occasion de (re)découvrir les œuvres vertigineuses de celui que beaucoup considèrent comme le précurseur de la modernité.
Ciels tourmentés, mers déchaînées, soleils incandescents. Mouvements tourbillonnants et couleurs fusionnées jusqu'à la dissolution des formes. Jamais aucun artiste, avant William Turner, n'avait ainsi représenté la nature, peint le frémissement de l'atmosphère, le chaos des éléments. Raison pour laquelle ce maître de l'ombre et de la lumière devint l'enfant chéri de la peinture anglaise et sera, plus tard, désigné comme le précurseur de la modernité, le pionnier de l'impressionnisme et l'annonciateur de l'abstraction. Pas moins.
Il appartient au " mythe des artistes-nés ", explique Guillaume Faroult, commissaire de l'exposition du Grand Palais Turner et ses peintres, dans laquelle une centaine de tableaux montrent comment l'artiste britannique a élaboré sa technique en dialoguant avec les anciens, tels Titien ou Rembrandt, Watteau, le Lorrain ou Canaletto, autant qu'avec ses contemporains, comme Bonington ou Constable. Mais comment ce fils d'un barbier-perruquier londonien né en 1775 est-il parvenu à se hisser au panthéon des plus grands ?
Tout commence lorsque le jeune William, âgé de 10 ans, se met à dessiner, profitant de ses séjours campagnards chez son oncle, près d'Oxford. Et papa Turner est si fier qu'il expose les dessins de sa progéniture dans la vitrine de son échoppe. Son talent est ainsi repéré. Mais la success story démarre vraiment lorsqu'il est admis, à 14 ans, à la Royal Academy of Arts. Il y apprendra l'aquarelle et l'huile. Et copiera les maîtres : " La formation habituelle à l'époque ", poursuit Guillaume Faroult. À 26 ans, William Turner est élu académicien, le plus jeune de l'histoire de l'institution. Désormais membre de l'establishment artistique, il participe à son exposition annuelle et donne des conférences. Turner, qui possède son cercle de mécènes et de collectionneurs, aurait pu en rester là. Mais l'homme, rustre et solitaire selon certains, est ambitieux.
Turner : Le pont des soupirs à Venise (1833)
Au fil des années, il découvre aussi Rembrandt, Watteau et Ruisdael. Modèles autant que rivaux, ses aînés l'escorteront toute sa vie.
Dame Nature lui est également de bon conseil. Lors de ses périples en Europe, qu'il effectue volontairement en utilisant différents moyens de locomotion — ses deux pieds, à cheval, en diligence, en bateau... — il s'attache aux phénomènes météorologiques, guette les variations de tons que font naître la pluie, la brume ou les nuages. De chaque escapade il revient avec des centaines de croquis, dont il s'inspire ensuite pour exécuter ses tableaux. Car, même si les effets de lumière et de couleurs sont au cœur de ses préoccupations, Turner ne peint généralement pas sur le motif, contrairement aux impressionnistes, qui feront de cette pratique une règle. " Il recompose en atelier, aidé de sa prodigieuse mémoire, s'inspirant des sensations éprouvées, qu'il passe par le filtre de ses maîtres ", résume Guillaume Faroult. Sa virtuosité l'impose alors sur la scène artistique. Sans qu'il se fasse beaucoup d'amis. Car Turner développe une habitude peu appréciée de ses pairs : avant le vernissage de ses expositions, il fait apporter des toiles presque vierges, qu'il achève sous les yeux de ses collègues, à grand renfort de couleurs, alliant, comme dans une performance, dextérité et sens du spectacle.
PALESTRINA, par WILLIAM TURNER, 1828
Claude Lorrain est, par excellence, le maître de Turner, modèle et rival auquel il ne cessera de se confronter. Le Britannique a découvert ce paysage biblique [ci-contre], empreint d’harmonie classique, dans les années 1790,
LE DÉLUGE, par WILLIAM TURNER, 1805
Visitant pour la première fois le Louvre, en 1802, Turner découvre 19 tableaux de Nicolas Poussin, parmi lesquels Le Déluge, son préféré [ci-contre]. Il le décrit d’abord comme « réellement sublime ». Lors d’une conférence, dix ans plus tard, il modérera son jugement.
Turner s’est frotté à Nicolas Poussin en proposant une version plus tumultueuse du Déluge [ci-contre]. Il en adopte la tonalité grisée mais insuffle mouvement et chaos. Les critiques contemporains saluèrent la performance.
LES DEUX COUSINES, par ANTOINE WATTEAU, vers 1716
Ce tableau de Turner [ci-contre] est inspiré d’une scène d’une comédie de Shakespeare, La Nuit des rois ou Ce que vous voudrez !
En écho à la légèreté du thème, les fêtes galantes de Watteau lui semblent appropriées. Turner prend des risques, car,
Il conserve toutefois la structure globale des Deux Cousines [ci-contre] : l’idée d’un groupe de personnages en costumes de théâtre évoluant dans un parc, sculptures en perspective. Turner déclara un jour qu’« [il avait] appris davantage de Watteau que de tout autre peintre ». Ce qui était sans aucun doute exagéré.
À partir des années 1830, ses recherches, influencées par la philosophie du sublime, le mènent aux confins du fantastique. Au cours de ses voyages, il recherche les sensations fortes. Il aime les gouffres et les falaises, les tempêtes et les naufrages, sources d'extase et d'effroi. Son style, inspiré de Rembrandt ou du Lorrain, se libère toujours davantage. Taxé d'illisibilité, il déconcerte jusqu'à ses amis. Il faut dire que les tableaux de cette dernière période ne ressemblent plus vraiment à des paysages, mais s'apparentent à des embrasements de couleurs, des visions lumineuses. À l'instar de cette Tempête de neige en mer, exécutée en 1842. Le navire, à peine perceptible, semble proche de l'engloutissement. Mer et ciel fusionnent, écume et neige se confondent. Vrai ou faux ? Turner prétendait s'être fait ligoter à un mât pour pouvoir témoigner de la fureur des éléments.
Tempête de neige sur la mer (huile sur toile, 1842). Chaos. À partir de 1830, William Turner recherche les sensations fortes, les tempêtes et les naufrages, sources d'extase et d'effroi.
À la mort du peintre, en 1851, Ruskin, son exécuteur testamentaire, se plonge dans ses archives et découvre 19 000 dessins (!) et aquarelles, pour la plupart inconnus. Au total, William Turner, artiste incroyablement prolifique, laissera 30 000 œuvres (!). Ses toiles seront réparties entre la Tate Gallery et la National Gallery de Londres. Où il trône depuis, en majesté, au panthéon des arts. Au grand Turner, la peinture reconnaissante.
Turner et ses peintres
Catalogue de l'exposition [ci-contre]
Ed. RMN
288 p. - 23 x 30.5
(39 €)
Et aussi :
Turner. Les paysages absolus
par Frédéric Ogée
Ed. Hazan
(35 €)
Turner, par Damien Sausset et Térésa Faucon
Ed. Flammarion/les ABCdaires
(3,95 €).
Connaissance des arts publie le 15 février 2010 un hors-série Turner et ses peintres, Grand Palais, en partenariat avec L'Express - www.connaissancedesarts.com
À VOIR
J. M. W. Turner, par Alain Jaubert
Diffusion sur Arte le 1er mars 2010
Fil d'actualités
-
00:05Qobuz | Spécial Henri Sauguet (3)
-
hier
-
hier
-
hier
-
hierQobuz | Spécial Henri Sauguet (2)
-
hierL'Express Styles | Coup de cœur pour Malia
-
hierL'Express Styles | Alan Stivell : un "Best of" pour les 40 ans de son concert à L’Olympia
-
hierQobuz | Devy Erlih est mort
-
hier
-
hier
-
hierQobuz | János Sebestyén est mort
-
hier
-
mer.Qobuz | Spécial Henri Sauguet (1)
-
mar.
-
mar.
-
mar.Qobuz | Maria João Pires, à la française
-
mar.Qobuz | Madonna chic et M.I.A. choc
-
lun.
-
lun.
-
lun.
-
lun.
-
lun.
-
lun.Qobuz | QIBUZ / Lundi 6 février 2012
-
lun.Qobuz | Nuage indé
-
dim.Qobuz | Leema Acoustics Elements
-
dim.
-
dim.
-
dim.Qobuz | Tu chantes, Charles ?
-
sam.Qobuz | l'Amérique à bord du Soul Train
-
ven.

