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Pierre Boulez statufié au Louvre

Bertrand Dermoncourt interroge Pierre Boulez sur les raisons de l'exposition ( jusqu'au 9 février 2009) qu'il a organisée au Musée du Louvre.

PAR Bertrand Dermoncourt | ART ET EXPOS | 1 décembre 2008
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Classica

Pourquoi cette exposition au Louvre ?
— Je connais Henri Loyrette, le directeur, qui nous a aidés à mettre en place le Musée de la musique de la Villette. Il m’a invité au Louvre, et m’a proposé de réfléchir à un thème ; j’ai choisi de reprendre le sujet de mes derniers cours au Collège de France, « l’œuvre, le fragment, l’infini ».

Comment avez-vous choisi les œuvres exposées ?
— J’ai écrit un texte, plutôt abstrait. Puis il a fallu illustrer mes idées avec un choix d’œuvres cohérent. J’ai accordé ma préférence pour l’art moderne et récent que je connais le mieux, de Paul Klee à De Kooning, Beuys ou Giacometti. Pour les choix plus « historiques », on m’a aidé et l’on retrouve dans l’exposition des études de Delacroix, de Degas, d’Ingres. Pour ces recherches, nous ne nous sommes pas limités au Louvre.

Pourquoi vous intéressez-vous à l’« inachevé » ?
— Alors qu’une certaine modernité s’impose, la frontière entre ce qui est achevé et ce qui ne l’est pas devient parfois très vague. Prenez les aquarelles de Cézanne : ce sont des gestes rapides, qu’il n’a jamais exposés — il comptait sur ses tableaux pour assurer sa postérité. Mais aujourd’hui, nous pouvons avoir un point de vue différent de l’auteur : ainsi ces aquarelles peuvent nous sembler plus libres, plus spontanées, plus inventives, même, que certains tableaux.

Vous avez sélectionné des œuvres de Picasso…
— Oui, nous avons choisi un moment où on le voit lutter avec un modèle — une sorte d’inachèvement volontaire, dans ses variations, de plus en plus éloignées, autour d’un tableau. Il n’y avait aucune raison pour un artiste comme Picasso de se limiter, sauf sa propre saturation.

Vous établissez aussi des parallèles entre ces peintres et les musiciens de leur temps…
— Oui, on peut rapprocher Schoenberg et Kandinsky, un rare cas où les artistes ont pu se connaître et s’apprécier. Les musiciens de l’école de Vienne ont ainsi participé au premier numéro de Der blaue Reiter. Picasso/Stravinsky, c’est autre chose : leur rapprochement est dû aux commandes de Diaghilev pour les ballets russes. Mais ils ont connu un parallélisme de carrière marquant, tout comme Mondrian et Webern. J’ajouterai aussi le cas de Debussy : à ses débuts, on peut le rapprocher de Monet, puis, lorsqu’il écrit à la fin de sa vie les Sonates ou les Études, il me fait penser à Cézanne pour la fermeté du dessin et l’évanescence des formes.

Peut-on ainsi approcher la peinture abstraite de la musique atonale ?
— Il faut bien sûr se méfier de ce genre de raccourcis trop littéraux. Mais il y a, ici et là, la destruction d’un ordre : l’abstraction se passe de la description, la musique non tonale se passe aussi d’un ordre établi.

Quels seront vos prochains disques ?
— J’ai terminé les grands cycles que j’avais engagés. J’espère réaliser un projet autour de Janácek avec la Messe glagolitique, peut-être à Chicago. J’aimerais aussi faire des disques de compositeurs trop négligés, comme Scriabine et Szymanowski, dont je souhaite enregistrer le Concerto pour violon n° 1 et la Symphonie n° 3.

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