Saint Tomasz

Par Marc Zisman | QOBUZ | VIDÉO DU JOUR | 22 novembre 2009
 

Le trompettiste polonais Tomasz Stańko est un funambule…

Comme la plupart des artistes souffleurs estampillés « jazz » du label ECM, Tomasz Stańko possède une sonorité en apesanteur bien à lui. Et le dernier album en date du grand trompettiste polonais, Dark Eyes, livre une nouvelle révolution de velours. Pour les sens. Et pour le corps. Comme une méditation profonde pour cet ancien terroriste de la scène free qui travailla notamment avec le grand compositeur Krzysztof Komeda, auteur de belles partitions pour certains films de Polanski (Cul-de-sac, Le Couteau dans l’eau, Rosemary’s Baby, Le Bal des Vampires). Komeda auquel Tomasz Stańko rendit hommage en 2000 avec le superbe Litania... Comme chez Miles, il y a chez Stańko un timbre assez uniforme, une sonorité finalement toujours un peu similaire, mais qui s’aventure dans des territoires si chatoyants (même lorsque la mélancolie est à son paroxysme !), dans des mondes si chamarrés, que le périple n’est jamais soporifique ou monolithique. Comme sur ces beaux instants captés en 2004 :



 


Pour contacter la rédaction de Qobuz, écrivez-nous à
Pour envoyer vos infos concerts, écrivez-nous à

Christian Merlin

Christian Merlin Journaliste au Figaro, un vendredi matin de janvier, chez lui L'Avant-Scène Opéra — la revue de référence pour les livrets d'opéras, dont on ne saurait trop vous recommander et la lecture et même l'abonnement — est décidément un conservatoire particulièrement fertile en belle écriture. Avant d'être critique musical au Figaro (depuis 10 ans), Christian Merlin était l'un des piliers de L'Avant Scène — c'est suffisamment dire que l'opéra le connait bien. Germaniste, agrégé et docteur ès lettres — sa thèse portait sur "Le temps chez Wagner" —,  Christian est toujours, parallèlement à son activité journalistique, maître de conférences en études germaniques à l'Université de Lille. Christian Merlin est l'une des rares très belles plumes de la presse musicale. Il exerce la critique avec cette justesse de goût et cette précision dans le trait qui décapitent sans frémir ou louangent sans épanchements inutiles. Il n'a pas tant d'humeurs, la boussole Merlin ne perd pas le nord et ne se commet pas dans les petits vents de la mode. On pourrait le penser plus ombrageux qu'il n'est en vérité. L'œil vif, la pointe d'humour savant, la passion d'une mission au service du goût en font une personnalité qu'on aime lire dans le grand quotidien conservateur du matin... Christian Merlin est également conférencier, et collabore régulièrement à France Musique. Photo : (c) Jean-Baptiste Millot / www.qobuz.com – Reproduction Interdite

Alain Lompech

Alain Lompech Le Monde Alain Lompech a trois passions majeures dans la vie — et un seul métier, celui de journaliste. Journaliste au journal Le Monde depuis bien longtemps — après avoir fait ses classes à Diapason, celui de Georges Cherière, puis avoir dirigé Le Monde de la Musique — il y exerce, avec cinq collègues, une fonction peu connue des lecteurs mais très essentielle. Gardien de la charte éditoriale et graphique telle que fixée, il est de ces personnages discrets qui tient peut-être sous son clavier un pouvoir considérable, puisque, par lui et à ses collègues, tout passe. Passion connue n° 1. Alain est fou de piano, et quand on dit fou, vraiment fou ! Les amateurs de piano sont comme les amateurs de vin, mais moins consensuels. Alain est un fou de piano du genre engagé, partial, militant, obstiné dans ses amours, depuis toujours. Il faudrait, pour faire le tour de cette folle passion, se référer à l'ensemble de ses écrits et interventions, que ce soit dans la presse écrite, sur les blogs, dans les débats, à l'antenne de France Musique où il tient une émission "A côté du piano ", tous les samedis. Ces temps-ci, joignant Le Monde et le piano, Alain a conçu pour son journal, ou du moins très largement inspiré, "Le Monde du Piano", une très belle collection de CD-livrets consacrés au piano. On y lit l'histoire du piano selon Saint Alain. Si vous voulez connaître ses goûts, abonnez-vous. Rubinstein, Argerich, Brendel, Horowitz, Haskil, Cortot, Arrau, Cziffra et bien d'autres encore y figurent en bonne place. Et bien sûr Guiomar Novaes, une pianiste brésilienne merveilleuse, il y a quelques années totalement inconnue du grand public, à laquelle Alain a redonné sa place au panthéon des pianistes. Le dernier volume de la collection "Le Monde du Piano" lui est consacré ! Passion connue n° 2. Au journal Le Monde, Alain  tient depuis quelques années une rubrique sur un sujet bien pacifique, qui lui a valu admiration et tendresse de tous les amoureux des belles plantes. Oui, la rubrique jardinage, c'est lui qui y veille, désormais dans Le Monde Magazine. C'est ainsi que, dans le numéro du 16 janvier, Alain lance son cri de guerre : " Pourquoi attendre mars-avril pour tailler les rosiers ? (...) Il faut tailler les rosiers sans plus attendre !". Et il faut "commencer par les grimpants qui doivent être détachés de leur support pour être démêlés, nettoyés et rattachés solidement." On en connaît qui n'ont pas une passion folle pour le piano, qui n'ont jamais connu le Lompech-du-piano, mais qui désormais ne jurent que par Alain-le-jardinier, que ce soit pour leurs rosiers, leurs hortensias ou leurs poireaux. Le Brésil est la dernière et la plus personnelle passion d’Alain, après la musique. Guiomar Novaes, bien sûr, est une clé, mais il y en a bien d'autres. Et enfin, il y tient, Alain Lompech nous revient de temps en temps comme critique musical. Un critique souvent virulent, doué d'une force de conviction et parfois, disons-le, d'a priori qu'on a pu trouver cruels. Mais n'est-ce pas le signe de la vraie critique que de ne pas suivre le goût préfabriqué, et de faire combat pour ce qu'on veut défendre ? Alors, piano, jardin, Brésil ? Quel Lompech est le vôtre ?Geneviève relira en tout cas avec soin ce "papier", qui, s'il venait à tomber sous les yeux de celui dont on parle, pourrait être... critiqué ! Photo : (c) Jean-Baptiste Millot / www.qobuz.com – Reproduction Interdite

Patrick Colleony, On the Corner

Patrick Colleony, On the Corner Photo : Jean-Baptiste Millot Texte : Hannah Krooz Patrick Colleony nous a quittés ce 31 décembre 2009. Il était connu comme le loup blanc dans le milieu français et international de la black music. De ses débuts londoniens au saxo, dans les clubs du Swinging London, à la direction de son label "On the Corner", au croisement de toutes les musiques urbaines, Patrick Colleony a consacré sa vie entière à la musique : blues, jazz, soul, funk, world, rap et reggae. De longues années, il a arpenté les disquaires parisiens pour le compte de Media 7, en binôme avec Noël Hervé. Il a le premier signé le label anglais World Circuit en distribution française qui, après de magnifiques productions de musique africaine, connaitra quelques années plus tard l'énorme succès populaire que l'on sait avec les albums cubains du Buena Vista Social Club. Parti avec une poignée d'amis se lancer dans une nouvelle aventure, Night and Day, il s'oriente alors vers le rap et notamment le rap français, qui lui doit beaucoup. Il a contribué à la sortie d'albums classiques du genre comme à l'émergence d'artistes aujourd'hui renommés tels qu' IDEAL J (Kery James), LA CLIQUA, LORD KOSSITY, TOUT SIMPLEMENT NOIR, TRIPTIK, EXPRESSION DIREKT et ROHFF. Il a aussi largement participé à l'essor de la nouvelle vague reggae : JAH MASON, SIZZLA, ANTHONY B, LUCIANO et également sorti en France les disques d'artistes reconnus comme OMAR PERRY, HORACE ANDY, MAX ROMEO et GROUNDATION. Son dernier album sera celui de l'impressionnante SANDRA NKAKE. Goodbye Soulbrother ! Photo : (c) Jean-Baptiste Millot / www.qobuz.com – Reproduction Interdite

Didier Maës

Didier Maës Fondateur d’Hortus Dans argent, il y a art. Et il y a gens. En l’espèce, il y a surtout passion… Réseau regroupant des associations, Hortus a été créé en 1994 à l’initiative de salariés de la banque Paribas Capital Markets, autour de l’organiste Vincent Genvrin, directeur artistique du label, sous la houlette de Didier Maës. Le label se propose de faire découvrir des œuvres pour voix et orgue, encore largement méconnues, ainsi que la création contemporaine. Organisme souple, impulsé par différents centres (maîtrises et chœurs, associations d’ami de l’orgue et festivals) qui concourent à la réalisation de sa ligne éditoriale, Hortus a en particulier permis de découvrir les réalisations discographiques du chœur de Chambre les Éléments, dirigé par Joël Suhubiette, de Benjamin Alard, tant à l’orgue qu’au clavecin et du jeune clarinettiste Raphaël Sévère, révélation soliste instrumental aux Victoires de la Musique 2010. Depuis 2003, Hortus a également mis en œuvre les productions discographiques de musique sacrée à Notre-Dame de Paris. Le catalogue compte aujourd’hui près de quatre-vingts parutions. De 1994 à 2003, Didier Maës a poursuivi ses activités professionnelles de banque de marché de capitaux à Paris et à Londres pour BNP Paribas et pour des start-up développées sur internet. Depuis cette date, il anime les conseils d’administration d’Hortus, tout en exerçant ponctuellement des activités bénévoles au bénéfice d’associations membres (ou non) du groupement. À noter que la totalité des membres fondateurs d’Hortus sont encore aujourd’hui présents dans le réseau et qu’ils assument toujours les missions qu’ils ont choisies au sein du groupement. Photo : (c) Jean-Baptiste Millot / www.qobuz.com – Reproduction Interdite

Christian Labrande

Christian Labrande La musique enregistrée est une chose. La musique vivante en est une autre. Il ne faudrait pourtant guère oublier la musique filmée… Depuis 1988, Christian Labrande est justement le responsable des excellentes programmations Musique filmée et Classique en images à l’Auditorium du Musée du Louvre. Si la musique est évidemment au cœur du parcours de ce Parisien né en 1948, l’histoire et la philosophie tiennent aussi une place importante. Après des études de ces deux « matières », Labrande se consacre à l’édition et au journalisme. De 1972 à 1976, il est responsable pour la collection 10/18 d’une série d’ouvrages consacrés au mouvement ouvrier. Il est l’auteur de la Première internationale et de la Contre révolution bureaucratique et est responsable de la réédition des écrits de Cornelius Castoriadis publiés dans la revue Socialisme et Barbarie et d’ouvrages de Raoul Vaneigem. Côté presse, Christian Labrande collabore à des revues audiovisuelles et musicales (Hi-Fi Stéréo, World Broadcast News, Sonovision, Diapason) et est également conseiller éditorial de Musical Performance (Harwood Academic Publishers) France et États-Unis. Depuis 1988, il est donc responsable des programmations Musique filmée et Classique en images à l’Auditorium du Louvre. Il organise les reprises de ces manifestations aux quatre coins du monde : Amsterdam (NFM), New York (Lincoln Center où il est, là aussi, le responsable de la programmation de musique filmée depuis 2001), Londres (Barbican Center, Kings Place), Tokyo, Lucerne, Barcelone, etc. En décembre 1999, Labrande est le programmateur de la série Rock en Scope à la Cité de la Musique. Il organise également le Festival Verdi à l’écran qui a eu lieu à Parme et Paris à l’Auditorium du Louvre au cours du premier trimestre 2001 pour la commémoration du centenaire de la mort de Giuseppe Verdi. En tant que conseiller pour les archives audiovisuelles, Christian Labrande a effectué différentes études pour des organismes comme la Bibliothèque du Congrès à Washington, la Bibliothèque de France et des sociétés de production comme Idéale audience et IMG Artists. Cet impressionnant parcours a même bénéficié de nombreux lauriers. Labrande a ainsi reçu à trois reprises le Grand Prix de la critique pour la meilleure diffusion musicale audiovisuelle, a été nommé Chevalier des Arts et des Lettres par le Ministre de la Culture, à l’époque Christine Albanel, et a remporté, en tant que co-auteur, le Prix Sacem du documentaire de création en 2008 pour Passion Boléro, réalisé par Michel Follin. Photo : (c) Jean-Baptiste Millot / www.qobuz.com - Reproduction Interdite

Jean-Pierre Rousseau

Jean-Pierre Rousseau Directeur de l'Orchestre Philharmonique de Liège Un Niortais à Liège ! Mais avant de prendre, il y a dix ans, la direction de l’Orchestre philharmonique de Liège Wallonie Bruxelles et de la Salle philharmonique de Liège, Jean-Pierre Rousseau s’est offert un beau, éclectique et passionnant parcours… Après des études à Poitiers, puis à Paris, où il obtient deux licences de lettres (allemand et russe) et une licence en droit, ce fin mélomane obtient un diplôme (piano, solfège, analyse) du Conservatoire National de région de Poitiers. Après des missions de 1977 à 1986 aux côtés de plusieurs personnalités politiques, il choisit en 1986 de réorienter son parcours professionnel, lorsque la Radio Suisse Romande recrute un producteur responsable du secteur symphonique. Il produit et anime plusieurs émissions, organise, sur le plan artistique et budgétaire, une grande part des activités de l’Orchestre de la Suisse Romande, alors dirigé par Armin Jordan ; il est ensuite nommé chef des émissions musicales, puis de la production musicale de la RSR, et est chargé de renégocier la convention pluriannuelle liant les orchestres et la Radio suisse. En août 1993, Jean-Pierre Rousseau est appelé à la direction de France Musique. Il est confirmé en 1996 dans ses fonctions de Directeur délégué de la chaîne musicale française de service public et des programmes musicaux de Radio France (France Culture, Hector). Il réorganise profondément la grille des programmes et les méthodes de production. En cinq ans, la moitié des producteurs est renouvelée et l'audience moyenne de France-Musique augmente de 10%. Le 1er octobre 1999, au terme d’un appel à candidatures international, Jean-Pierre Rousseau devient Directeur Général de l’Orchestre philharmonique de Liège Wallonie Bruxelles et de la Salle philharmonique de Liège (anciennement salle de concerts du Conservatoire). Une fonction aux fortes compétences artistiques et gestionnaires. Le nouveau Directeur Général s’emploie à restructurer l’orchestre, le fait passer du statut d’institution à celui d’entreprise culturelle. Il redéfinit les fonctions de direction et d’encadrement, procède à de nouveaux recrutements, fixe des objectifs artistiques ambitieux (« toutes les musiques pour tous les publics »). En quatre ans, de 2004 à 2008, le public est multiplié par quatre ! De nouvelles séries (concerts commentés, musique de chambre) rencontrent un succès sans précédent. Regardez la programmation qu'il y propose en janvier 2010 ! C'est comme un élixir de jouvence. Celle de janvier prochain accuse les contrastes. Un concert de musique hongroise (Kodaly, Dohnanyi), côtoie un programme russe avec des partitions des plus différenciées, et plus tard dans le mois Kullervo de Sibelius! On ne peut que féliciter cette quête constante de la diversité, nous Parisiens qui devons nous enfiler chaque semaine les mêmes répertoires. Un peu de Vaughan Williams, Kodaly, Roussel parfois, et l'hiver nous réchaufferait ! Le site de l'Orchestre Philharmonique de Liège Le Blog (tout à fait personnel) de Jean-Pierre Rousseau

Serge Dorny

Serge Dorny Opéra de Lyon Dans le domaine de la création lyrique, l’Opéra de Lyon possède une vraie tradition d’audace : depuis 40 ans, au moins une, parfois plusieurs créations par saison. Ainsi, la deuxième ville française peut s’enorgueillir d’être l’un des porte-drapeaux de la création musicale internationale. Un théâtre qui, depuis longtemps, ose la prise de risques et sait dégager les budgets nécessaires pour offrir aux créateurs les meilleures conditions pour travailler. Parmi eux, des compositeurs aussi différents que Gilbert Amy, Georges Aperghis, Gavin Bryars, Antoine Duhamel, Marcel Landowski, Joseph Kosma, Maurice Ohana, Claude Prey… A la tête de l’institution lyrique lyonnaise depuis un septennat déjà, Serge Dorny conserve perpétuellement le cap sur cette audace. Ce Belge de 47 ans a perpétué cette tradition lyonnaise en suscitant l’émergence d’œuvres nouvelles et de productions inédites d’opéras des XX e et XXI e siècles, proposant des spectacles de tout premier plan. Ainsi, outre Faustus the last Night de Pascal, Lady Sarashina d’Eötvös, Hanjo de Hosokawa et L’Upupa de Henze, l’Opéra de Lyon a donné ces dernières années les premières scéniques françaises de Moscou, Quartier des Cerises de Chostakovitch (2004), Tea de Tan Dun, Luci mie traditrici de Salvatore Sciarrino (2007) associé à un pur joyau viennois, Une Tragédie florentine de Zemlinsky lui aussi donné en création scénique française ; et, au cours de la saison 2008/2009, Dans la Colonie pénitentiaire de Philip Glass aux côtés du Joueur de Prokofiev, Le Vin herbé de Frank Martin. Né en 1962 à Wevelgem, cité belge de 15.000 habitants située à une vingtaine de kilomètres de Lille, Serge Dorny a étudié l’histoire de l’art, l’archéologie, la musicologie et les sciences de la communication à l’université de Gand, parallèlement à des études musicales au conservatoire de cette ville. En 1983, il intègre, en qualité de dramaturge musical, le Théâtre de la Monnaie de Bruxelles, sous la direction de Gérard Mortier, avant de rejoindre le Festival des Flandres. En 1987, Dorny devient le directeur artistique de ce festival pluridisciplinaire. En 1996, il est nommé directeur général et directeur artistique du London Philharmonic Orchestra, orchestre en résidence au South Bank Centre de Londres et assurant la saison lyrique du festival de Glyndebourne. Depuis janvier 2003, il est directeur général de l’Opéra de Lyon. Parallèlement à ces activités, Serge Dorny assure des missions d’expertise et de conseil et siège dans plusieurs concours : Helsinki et Bamberg (direction d’orchestre), Concours international de musique Reine Élisabeth (épreuve de chant). Et si il lui reste un peu de temps, il prend la plume comme ce fit le cas pour L’Opéra, l’avenir d’un passé, en collaboration avec Johan Thieleman, publié à Bruxelles en 1990. Cette saison, grâce à Dorny, l’Opéra de Lyon se distingue une fois encore au sein du paysage lyrique français en creusant le sillon de la création et de l’opéra contemporain avec deux rendez-vous majeurs dans la capitale des Gaules : la première en France de l’opéra multimédia du Hollandais Michel van der Aa After Life, et, surtout, la création mondiale du troisième ouvrage scénique de la Finlandaise Kaija Saariaho, Emilie, sur un livret d’Amin Maalouf inspiré de la vie d’une des femmes d’esprit la plus importante du Siècle des Lumières, la Lorraine Emilie du Châtelet, incarnée par Karita Mattila.

Patrice Martinet, directeur du théâtre Athénée

Patrice Martinet Directeur de l'Athénée-Théâtre Louis-Jouvet « Elitaire, oui, mais élitaire pour tous ! ». Patrice Martinet semble affectionner cette tirade-slogan d'Antoine Vitez… Directeur du Théâtre de l’Athénée depuis le 1er juillet 1993, il a enseigné la littérature française, rejoint le Ministère des Affaires étrangères, fondé le festival Paris Quartier d'Été, le festival Milano Musica, l'association des théâtres à l'italienne. Les voyages, évidemment synonymes d’ouverture et de rencontres, sont indissociables de sa personnalité. Martinet a ainsi vécu en France, aux États-Unis, en Roumanie, aux Pays-Bas et en Italie durant dix ans ! Mais c’est ce rôle de directeur de l'Athénée-Théâtre Louis-Jouvet qu'il semble préférer... Dès sa prise de fonction dans cette grande maison parisienne marquée par la figure de Louis Jouvet, qui l'a dirigé de 1934 à 1951, Martinet affirme alors une nouvelle politique artistique et revendique deux caractéristiques fondamentales : qualité littéraire et dramatique des textes représentés et prééminence du jeu de l'acteur. L’Athénée a fêté son centenaire en 1996 et Patrice Martinet a saisi cette occasion pour engager une très importante campagne de travaux de restauration. L’objectif était de retrouver la splendeur de son architecture et de son décor mais aussi de remettre en état son équipement scénique. Ainsi les noms prestigieux défilent à l’Athénée : Philippe Caubère, Fabrice Luchini, Valère Novarina, Jean-Marie Villégier, Marcel Bozonnet, Joël Jouanneau, Daniel Mesguich, Jacques Lassalle, François Rancillac, Hans Peter Cloos, Niels Arestrup, Zabou Breitman, Dominique Valadié, Hugues Quester, Pierre Vaneck, Catherine Rich, Édith Scob, etc. Aujourd'hui, le lieu donne à entendre, de grands textes des répertoires théâtral et lyrique, dans des mises en scène innovantes et des créations contemporaines, toujours dans le souci de les rendre accessibles à un public aussi large que possible. De nombreux concerts prennent place également dans cette salle à l’acoustique remarquable : concerts (cycle avec Radio France, l’Orchestre Ostinato, résidence du Quatuor Psophos), opéras (Reigen de Philippe Boesmans, Larmes de couteau de Bohuslav Martinu, The Rape of Lucretia de Benjamin Britten, L'Enfant et les Sortilèges de Ravel et Colette…), opérettes (spectacles de la compagnie Les Brigands…). De la musique réellement plurielle à l’image de cette année où se croisent un récital de Racha Arodaky, une résidence Claire-Marie Le Guay, un concert de Dominique A ou bien encore de Giovanni Mirabassi.

Manfred Eicher

Manfred Eicher Directeur du label ECM (Edition of Contemporary Music) Il n’a rien d’un ermite au bord de l’autisme, totalement déconnecté de la réalité et marmonnant dans sa moustache plus sel que poivre. Il vit bien en 2009 et non dans une décennie où la fée électricité ne turbinait qu’à mi-temps. Et pour lui, la musique ne s’est pas arrêtée au Kind Of Blue de Miles, son album fétiche… Simplement, Manfred Eicher, fondateur et cerveau du label ECM, possède des (attention, gros mot !) valeurs. Mieux encore, il s’y tient et les brique un peu plus chaque jour, sans pour autant faire du prosélytisme tapageur. Quarante ans après le lancement de son label (attention, deuxième gros mot !) mythique (un album du pianiste Mal Waldron baptisé Free At Last, enfin libre !), le producteur munichois ne vit pas « hors du temps » mais plus précisément dans « un temps parallèle » à celui que la société, les médias ou plus bêtement le capitalisme désigne comme étant le seul. Pourquoi cette quête de la (fausse) nouveauté à tout pris ? Pourquoi l’urgence permanente ? Pourquoi la musique (le bruit ?) tout le temps et partout, dans les aéroports, les magasins, les ascenseurs, les salles d’attente, les restaurants, etc. ? Pourquoi faut-il un téléphone portable ? Eicher balaye d’un revers de main ces diktats d’un certain monde, certes dominant, et vit le sien. Tranquillement. Sereinement. Un monde dans lequel d’ailleurs il est loin d’être seul. On connait l’adoration des fans d’ECM pour cette vie différente. Cette musique appréhendée différemment. Conçue différemment. Mise en valeur différemment. Vécue différemment. Manfred Eicher vit juste comme un homme libre. C’était écrit sur le premier album ECM : free at last !

Renaud Machart

Renaud Machart, critique, écrivain, musicologue Théâtre de l'Athénée, 23 novembre 2009 On manque de critiques musicaux, mais on ne manque pas de critiques musicales, depuis que le grand bavardage sur Internet a donné des ailes aux amateurs et à l'autopublication. Les comptes-rendus de concerts ont largement disparu des pages critiques des grands quotidiens, au profit de ce que l'on pensait alors plus moderne : l'information musicale, déclarée plus utile, plus constructive. Mieux valait dire du bien avant, pensait-on, d'événements non advenus -que du mal après. C'était un moyen pratique de ne se point tromper, de faire du "service au lecteur", de "décrypter" l'actualité selon la langue de bois des nouvelles formules de journaux, concoctées par leurs responsables en charge de retenir les lecteurs déserteurs. Mais en fait, c'était une façon bien cruelle d'offrir à ce lecteur le pire des points de vue, celui des dossiers de presse et de l'événement formaté, et d'uniformiser les contenus. Renaud Machart, le critique musical de ce grand quotidien du soir bien connu, a repris le flambeau de la critique musicale littéraire, conçue comme un genre à part entière, un art exercé jadis au plus haut niveau, et même par des compositeurs assez considérables. Monter en épingle un événement, surprendre seul contre tous, militer en faveur d'un point de vue ou d'une œuvre est un exercice flatteur pour le journaliste - mais l'abus de la chose tourne aisément à la coquetterie ou à l'arbitraire. De cette coquetterie, à laquelle aucun critique musical ne saurait résister tout à fait, Renaud Machart use avec élégance et davantage de discernement que d'autres, bien qu'on la lui reproche plus souvent qu'à d'autres confrères. Lire ses articles c'est partir en aventure musicale : la recension d'un concert ou d'un opéra, la découverte d'un compositeur américain improbable, une charge en règle contre tel chef ou directeur d'opéra ; sous sa plume le compte-rendu sort du cadre. Ce qu'on y lit, c'est la grande liberté de sentir, d'aimer ou de détester, d'un homme qu'on ne connaît pas, en tant que lecteur, et qu'on ne connaîtra jamais. Écouter les albums de la collection INA Mémoire Vive qu'il a créée et dirigée jusqu'en 2009 c'est entendre ce qu'il aime et ce qu'il choisit.Lire ses livres (tous remarquables) est une clé utile pour comprendre et appréhender le critique. La collection INA Mémoire vive sur Qobuz Les livres de Renaud Machart : - Francis Poulenc : Journal de mes mélodies, édition critique intégrale et notes, Cicero Editeur, 1993 - Francis Poulenc, essai, Éditions du Seuil, 1995 - George Benjamin : parcours 1978-1996, essai, Les Cahiers de l'Ircam, 1996 - Le Journal parisien de Ned Rorem, traduction et présentation, Éditions du Rocher, 2003 - John Adams, essai, Actes Sud, 2004 - From the Trumpet of The Chair Mender to The Flute of The Goatherd, in The Proust Project, collaboration, Farrar, Straus and Giroud, New York, 2004 - Aspects Of John Adams's Music : Floating Elegies and Music Boxes in The John Adams Reader, Essential Writings on an American Composer, sous la direction de Thomas May, Amadeus Press, 2006 - Leonard Bernstein, essai, Actes Sud, 2007 À paraître : - Le magicien d'Aix, mémoires de Gabriel Dussurget (Actes Sud, 2010, édition, présentation et notes en collaboration avec Kathleen Fontmarty Dussurget), - Gabriel Fauré (Actes Sud 2010, collection "Classica")

Antoine Gindt

Antoine Gindt Théâtre et Musique T&M c’est lui ! Metteur en scène et producteur, Antoine Gindt dirige Théatre & Musique depuis 1997. T&M c’est une vision unique. Comme Gindt le dit lui-même : « L’avantage du théâtre musical, même s’il s’aventure parfois du côté de l’opéra, est de dire : on peut faire autrement. » Président du Réseau Varèse depuis avril 2002, conseiller à la programmation au festival Musica depuis 2006, Antoine Gindt dirige cette année l'Atelier Opéra en Création au Festival International d'Art Lyrique d'Aix-en-Provence. Structure de création dédiée aux nouvelles formes de théâtre musical et lyrique, T&M fait fructifier l’héritage de l’Atelier Théâtre et Musique (Atem) fondé par Georges Aperghis en 1976. Depuis 1998, plus d’une trentaine de spectacles (opéra, théâtre musical) ont été produits et présentés par T&M, selon des choix artistiques qui ont véritablement fondé un répertoire. Créer de nouvelles œuvres grâce à des commandes (Dillon, Donatoni, Dusapin, Goebbels, Lorenzo, Pesson, Sarhan…), promouvoir des répertoires originaux grâce à des mises en scène singulières (Sciarrino, Kurtág, Mitterer, Janáček, Stravinsky…), poursuivre une réflexion permanente sur les pratiques du théâtre et de la musique et leurs développements pédagogiques sont les principaux objectifs de T&M. Côté mise en scène, le cv d’Antoine Gindt est assez impressionnant : Pas Si (Stefano Gervasoni, création à Saint-Denis en novembre 2008), Kafka-Fragmente (György Kurtag, création à Orléans en décembre 2007, représentations à Saint-Quentin-en-Yvelines et Strasbourg-Festival Musica en 2008, à Berlin-Maerzmusik en 2009, au Théâtre de Gennevilliers en 2010), The Rake’s Progress (Stravinski, direction Franck Ollu, Festival de Ponte de Lima, juillet 2007, Athénée Théâtre-Louis-Jouvet à Paris en novembre 2009), Consequenza, un hommage à Luciano Berio (avec l’Ensemble Remix, création à Strasbourg-Festival Musica, puis représentations à Paris-Théâtre des Bouffes du Nord, Porto-Casa da Musica à l’automne 2006, à Vienne-Wien Modern en novembre 2007), Medea (opéra de Pascal Dusapin, Teatro San Martin, Buenos Aires en octobre 2005, reprise à Orléans, St-Quentin-en-Yvelines, Porto, Bourges, Reims, Vilnius en 2007, au Théâtre de Gennevilliers en mars 2008), Richter, Opéra documentaire de chambre (Mario Lorenzo, Esteban Buch, Franck Ollu, création au CETC Teatro Colon de Buenos Aires et au Théâtre Paris-Villette, Festival d’Automne à Paris, à l'automne 2003). En tant que conseiller artistique, Antoine Gindt a participé aux spectacles Pierrot lunaire et autres valses sur les œuvres de Schoenberg (Michel Deutsch/Olivier Dejours, Orléans, 1991), Fragments de Hölderlin sur les œuvres de Wolfgang Rihm et Hans Werner Henze (Claude Malric/Armand Angster, Orléans, Nanterre, 1992), Jakob Lenz de Wolfgang Rihm (Michel Deutsch/Olivier Dejours, Opéra de Strasbourg, 1993, Nanterre, 1995), Alfred, Alfred de Franco Donatoni (André Wilms/Ed Spanjaard, Nanterre, 1998). Enfin, Gindt a assuré la direction artistique d'enregistrements de disques de Dusapin, Aperghis et Pesson. Il est l'auteur d'articles sur les musiques d'aujourd'hui (Aperghis, Kagel, Rihm, Ives, Goebbels, Dusapin...) et a dirigé un ouvrage collectif sur Georges Aperghis, Le corps musical chez Actes Sud en 1990. Mais surtout, derrière des noms et des répertoires qu’on pourrait croire réservés à une quelconque caste, Antoine Gindt garde à l’esprit un plus large public. « Si je fais de tels choix, en tant que directeur que T&M comme en tant que metteur en scène, c’est que je pense que même sur des répertoires extrêmement exigeants, il est possible de trouver une relation très simplifiée avec le public – et ce, justement parce que la forme est sophistiquée. »

Michèle Worms

Michèle Worms La Lettre du Musicien C’est après avoir quitté Diapason, dont elle assurait avec un flegme et une tranquille indépendance le secrétariat de rédaction auprès, nous semble-il, de Yves Petit de Voize, que Michèle Worms crée en 1984 La lettre du Musicien, un bimestriel destiné à combler le manque d’information professionnelle des musiciens classiques. On le sait, le problème majeur de la presse professionnelle c’est la crédibilité. Trop proche du métier elle est perçue comme consanguine et tout autant vue avec méfiance par ses lecteurs qu’avec condescendance par les professionnels eux-mêmes qui ne résistent jamais au plaisir d’y être présents quand même. En affichant depuis toujours la modestie à la devanture de sa Lettre du Musicien, Michèle Worms s’est mise à l’abri des crises. Avec à ses côtés l’incroyable Denise Marinier, elle a, d’une part, construit un outil neuf et sans concurrence — où donc aller pour connaître ses droits et les tuyaux sur sa retraite quand on est prof de conservatoire municipal ? – et d’autre part établi, bien avant que les réseaux sociaux ne soient à la mode, ce lien indispensable entre des professionnels souvent malmenés, ou sous-informés. En tête du journal, les fameux éditoriaux de Michèle Worms sont piquants, de cette alacrité qui donne du sel à la politesse et au bon ton. La patronne de La Lettre du Musicien est fidèle au poste tous les quinze jours pour y commenter l’actualité musicale et y fustiger avec humour ses travers. Et puis, La Lettre du Musicien innove. Depuis 2000, elle organise le Grand Prix Lycéen des Compositeurs qui confronte compositeurs et élèves pour élire eux-mêmes le « compositeur de l’année ». En donnant simplement la parole à ceux qui ne l’avaient pas, Michelle Worms a montré, cette fois encore, ce que l’humilité et la discrétion peuvent avoir d’insolent.

Jean-Marc Bador

Jean-Marc Bador Directeur général de l'Ensemble Orchestral de Paris Théâtre des Champs-Élysées, 17 novembre 2009 La Folle Journée de l'Ensemble Orchestral de Paris est-elle en vue ? La nomination de Jean-Marc Bador à la Direction générale de l'orchestre pourrait en marquer le signe, lui qui travailla avec René Martin à la fondation du célèbre festival nantais qui a tant fait pour changer l'air du classique. Il faut dire que le chantier semble vaste et malaisé pour rendre cette valeureuse, mais stylistiquement improbable formation, à des missions moins redondantes avec d'autres institutions symphoniques parisiennes. Un orchestre permanent de formation Mannheim à Paris ? C'est un luxe qu'on est contents et fiers, en tant que contribuables, de pouvoir se payer ! Oui mais, on l'imaginerait, en 2010, jouant sur instruments d'époque, configuré de manière à agir en souplesse en fonction des répertoires, et dès lors susceptible d'accueillir les meilleures baguettes et les plus grands solistes du genre ; et surtout permettant de revisiter jusqu'au romantisme inclus, avec la ductilité que nous a apportée le mouvement baroque, tant d'œuvres qu'on nous présente encore en versions lourdingues au concert mais qu'on n'accepterait pas d'entendre de la sorte sur disque (ou téléchargement !). Avec les années, on oublie parfois le passé, qui est pourtant instructif. Dans le cas de l'EOP il faudrait se souvenir que l'orchestre, originellement construit par son premier chef Jean-Pierre Wallez comme une sorte d'expansion de l'Ensemble Instrumental de Paris qu'il dirigeait auparavant, présentait au cours de ses premières saisons injustement décriées, des originalités vraiment majeures. Certes, on n'y faisait pas de baroque du tout, car ce n'était pas le genre du Jean-Pierre, mais le non-conformise des programmes, le prestige des plus grands solistes, qui faisaient la part belle à la musique de chambre et à des répertoires rares de musique française ou étrangère, possédait une vraie singularité qui ne posait pas alors la question du style comme ce le sera pour cet orchestre par la suite. Au départ de Wallez, et après les années Jordan, qui possédait une classe à lui seul justifiant une vision plus symphonique et classique de la programmation, il semble qu'on soit passé aux années de plomb stylistiques avec John Nelson, et qu'on ait été, depuis, frappé d'une sorte d'impuissance administrative à réformer l'institution. Oh certes, Nelson était un musicien bien plus qu'honorable et talentueux. Mais juste, une erreur... politique, qui a bien trop duré. En un tel cas, autant le fond que la forme valent d'être travaillées. On espère donc ne plus être invités à s'abonner en début de saison par des affiches sur les murs de Paris, vides de promesses, comme si l'acte d'abonnement à l'EOP s'apparentait à l'achat de la Carte Orange annuelle. On voit bien le potentiel, y compris de moyens, qui réside ici ; on connait l'habileté et le dynamisme de Jean-Marc Bador qui a su remarquablement faire exister l'Orchestre de Bretagne et lui a forgé une vraie identité même au-delà des frontières. Et donc, on lui souhaite tout le bonheur du monde, et le nôtre, à l'Ensemble Orchestral de Paris !

François Hudry

Voyez comme le monde est mal fait : lorsqu'il animait la tranche matinale de France Musique, François Hudry était le meilleur qu'on ait jamais eu, depuis Philippe Caloni : connaisseur, enthousiaste, à-propos, sens de l'opportunité — bref, un homme de radio. Homme de radio à Radio-France c'est aussi (sans qu'on puisse être sûr que ce soit la meilleure façon de faire une bonne radio) la capacité de faire ce qu'on vous demande de faire. Le cas a connu d'autres illustrations fameuses. Voilà donc notre homme à la tête de la vénérable Tribune des critiques (enregistrée en public tous les lundis à 19h30 dans l'un de ces fameux studios cosi de la Maison Ronde), une émission dont la recette marche toujours aussi bien, mais dont l'ampleur devient monstrueuse avec toutes ces années de discographie, au point qu'il faudrait des heures pour la mener à bien pour le moindre Menuet de Mozart. Il la fait bien cette Tribune, mais ce n'est pas de la radio, c'est de la discographie. Pas ce qui attirera de nouveaux enthousiastes à l'antenne. Et puis il y a France Vivace. Comment, vous ne connaissez pas ? Cette radio clandestine de Radio France, disponible uniquement sur Internet, a un patron : François Hudry. On ne saurait trop vous conseiller de vous y brancher, une fois les délices de Qobuz épuisés. Programme intelligent, varié, qui n'emprunte rien à la banalité ou aux convenances. Bienveillant, aimable, courtois à l'égard de ses auditeurs (ce qui le ferait passer pour suranné) mais jamais complaisant, et capable de la gentille raideur des gens de goût, Hudry poursuit son bonhomme de chemin radiophonique, et ses délicieuses fixations, au premier rang desquelles on citera bien sûr Ernest Ansermet, l'Italie et la peinture italienne, Hugues Cuénod... et bien sûr Suzanne Danco qui, du ciel, veille sur lui et ses émissions... Le mini-site de la Tribune des Critiques de disques

Jean-Luc Choplin

On écrivait dans ces Têtes de l'Art il y a peu que Christophe Girard n'avait pas tout, tout à fait faux dans sa politique culturelle parisienne ; la nomination de Jean-Luc Choplin au Châtelet en est l'une des meilleures réussites.  Ce Châtelet, grand vaisseau jadis dévoué à l'opérette, était d'abord devenu pour l'époque un assez original Théâtre Musical Populaire, sous Jean-Albert Cartier. Puis, selon les temps et les besoins, un anti-Bastille pour rupins sous Stéphane Lissner.  La plus grande scène de Paris, et l'une des plus grandes jauges de la capitale, une manière assez abrupte de jeter son public dehors sans éclat car peu de dégagements et un escalier d'accueil qui est un défi à la raideur —, le théâtre du Châtelet a de la personnalité, et des atouts qui sont autant de difficultés pour sa gestion.  Il n'est pas somptueux, impression bien aggravée depuis sa quasi destruction que peu ont jugé scandaleuse, quand la mairie de Paris l'a repris, sous Chirac : les loges disparaissent à la corbeille et à l'orchestre — rompant ainsi toute la magie d'un théâtre à l'italienne — et la mise en place de lustres de chez Prisu municipalise l'espace, lui donnant l’apparence d’un hangar, impression par la suite un peu améliorée au fil des rénovations. Jadis le faste était réservé à ce qui se passait sur scène et même dans la salle quand, dans L'Auberge du Cheval Blanc par exemple, les chevaux entraient par le fond.  Tout cela ne se discute plus aujourd'hui et tout directeur a eu et aura — à la suite de Maurice Lehmann et de Francis Lopez qui fit triompher ici, c'est bien connu, Luis Mariano — à se dépatouiller de ce vaisseau admirablement situé mais qui garde de sa première et de sa seconde période, pour ainsi dire imprimé dans ses gênes, le goût combiné de la création (Diaghilev !) et de la populace.  Choplin, à ce cahier des charges, répond en sortant par le haut. Que n'a-t-on entendu de rumeurs sur son compte à son arrivée ! Trois saisons plus tard, le défi semble relevé tant ce qu'a apporté Choplin à la vie musicale de la capitale apparaît désormais essentiel : un goût du risque, la sensation (enfin !) de renouveau et non de déjà vu ailleurs à Paris, des réinterprétations savoureuses (Le Chanteur de Mexico pour prendre date), mais aussi cette saison, Norma, La Mélodie du bonheur, Les Misérables... Tout cela se sait et se lit sur le site du Théâtre.  La communication est décalée, jusqu'à l'autodérision parfois (de petits films hilarants mettant en scène Choplin lui-même). Et alors on a l'idée de se plonger, pour un peu mieux comprendre, dans la biographie de Monsieur le Directeur, impressionnante par sa diversité — au-delà de l'expérience, l'eclectisme, et toujours, la musique. En fait, le Châtelet troisième époque, a peut-être trouvé son Maître et avec lui, la personnalité vraiment originale qu'il se cherchait.    

Françoise Thinat

Quand vous songez aux grands pianistes français actuels, vous pensez immédiatement à Machin, ou à Truc ; vous ne pensez pas immédiatement à Françoise Thinat, et vous avez tort. Intelligente, technique cinq étoiles, feu-follet, flamboyante, une grande pianiste croyez-bien, et si vous ne le croyez pas, écoutez-donc ses disques, hélas pour la plupart aux mains de gens qui ne les rééditent pas.   Françoise s'est un jour éloignée des estrades pour concentrer l'essentiel de son temps à ses élèves. Chez elle, à l'Ecole Normale, en Corée ou ailleurs. Elle n'est pas une bourgeoise, ni devant le piano, ni devant la vie. Elle n'est donc pas de cette confrérie pianistique professorale qui donne fort peu mais prend très cher en leçons particulières, et qui se fait vénérer. Electron libre dans un monde de convenances et de conformismes, elle possède une seule mission : transmettre. Elle dirait nécessité. Ecoutez-là vous parler de ses élèves, et dans sa bouche, une armée se lève immédiatement, qui part à l'assaut du vieux monde pianistique.  Françoise a créé le Concours de piano d'Orléans, tout simplement l'un des meilleurs et l'un des plus originaux concours de piano au monde. Elle y veille avec exigence, compose ses jurys avec rigueur, et bien sûr y défend la jeune musique et la musique moderne. Son modernisme est celui de l'ouverture, aux répertoires, aux jeunes, aux vraies valeurs.  Elle est juste : formidable ! Le site du Concours de piano d'Orléans Le site de Françoise Thinat

Roei Amit

Roei Amit à l'INA, octobre 2009 La large mise à disposition du public par l’Institut National de l’Audiovisuel (INA) de son vertigineux fonds d'archives, en particulier au travers du site Ina.fr — initiée par son président Emmanuel Hoog, au volontarisme bien inspiré —, aura été l'une des avancées les plus concrètes et les plus agréables de l'Internet culturel en France au cours des dernières années. C'est dans ce cadre et pour continuer dans l'audace et le service public que Roei est responsable des éditions de l'INA, chargé de la mise en place de la stratégie pour les nouveaux médias en direction du grand public : multi supports, en ligne et off line, multicanal, images et son. Un beau et large défi pour ce jeune homme qui, après avoir enseigné la théorie du cinéma, est aujourd’hui professeur en nouveaux médias à l’Ina Sup’. Docteur en sciences sociales et philosophie politique de l’EHESS à Paris, avocat, il a étudié la littérature et la sémiotique à l’Université de Tel Aviv et sa carrière est déjà riche d'expériences : chargé de mission auprès de l’Unesco dans le domaine de la communication et des droits de l’homme, il a été également responsable artistique chez MK2.  Si vous ne trouvez pas sur le site de l'INA votre numéro préféré de 36 chandelles, ou le récital de Walter Chodack en 1977 à Radio-France, écrivez-lui, il a la solution sans aucun doute ! Voir le catalogue INA mémoire vive sur Qobuz et sur Abeillemusique.com Voir le catalogue INA GRM sur Qobuz et sur Abeillemusique.com

Christophe Girard

Christophe Girard, maire-adjoint à la Culture de la Ville de Parisdans son bureau de l’Hôtel de Ville, devant "Confesse", une oeuvre de Fabien Chalon Directeur de stratégie, producteur de documentaires, viticulteur : tels sont les métiers de Christophe Girard, selon le site officiel de la Ville de Paris, dont il est le remuant maire-adjoint chargé de la Culture depuis 2001, élu d’abord sous étiquette verte et, depuis 2005 sous étiquette socialiste. Mais son parti, dit-il, c’est Bertrand Delanoë. La stratégie que dirige Christophe Girard, c’est celle du groupe LVMH, l’empire du luxe de Bernard Arnault, qu’il conseille. Pour la vigne, l’homme est natif de Saumur, cela fait sens. Stratégie, toujours ? Girard pourrait tout autant embrasser d’autres projets. Sur son blog, à la date du 22 octobre 2009, il raconte : « J’ai eu le grand privilège de rencontrer cet après-midi Clint Eastwood sur le tournage de Hereafter, son nouveau thriller, dont une scène est filmée à Paris dans le Restaurant Senderens (place de la Madeleine). Durant notre entretien, Clint Eastwood m’a rappelé qu’il avait été maire pendant deux ans de Carmel, en Californie, et qu’il se souvenait de l’intensité de cette mission.» *** Si vous détestez l’actuelle majorité municipale parisienne, si Bertrand Delanoë vous agace par l’affichage de sa vertu homosexuelle gris-souris, vous avez des chances de détester plus encore Christophe Girard, le flamboyant de la bande : Paris-Plage, Nuit Blanche, Louxor, Gaîté Lyrique, le 104 rue d'Aubervilliers dans les anciennes Pompes Funèbres – c’est lui. Il est cet homosexuel esthète, centrifugeur culturel obstiné, inventeur de la curieuse action culturelle de la Ville de Paris telle qu’elle se présente aujourd’hui après toutes ces années, qui combine le « hype » le plus chic d’une part – et l’Ensemble Orchestral de Paris qu’on maintient malgré tout d’autre part. Ce municipalisme éclairé, ce train bien (trop) chargé d’héritages et de missions incontournables, parmi lesquelles on hésite à faire le tri, c’est aussi Christophe Girard, dont on croit percevoir un certain inintérêt pour la culture classique et le patrimoine, pour la réforme nécessaire des vieilleries tiberiennes ou chiraquiennes, au profit d’actions dont on ne critiquera pas nécessairement ni l’idée, ni la réalisation, mais le fait qu’elles sont posées par-dessus – et pas par-dedans. De fait, c’est d’une sorte de culture hors-sol que Christophe Girard paraîtrait être le chantre. Cela n’implique pas pour autant que les fruits ne soient pas beaux. *** Allons ! Il y a aussi des raisons d’aimer Christophe Girard. Même si ce n’est pas pour la vigueur de sa politique en faveur des conservatoires – on fait toujours la queue pour faire apprendre la musique à ses gamins, à Paris ! Bon sang, mais pourquoi ? Ou pour son non-soutien à ce qu’il reste des concours de la Ville de Paris. On trouve son militantisme homosexuel crâne, courageux, et absolument utile, dans sa position. Parmi les socialistes il est également de ceux, bien rares, qui n’ont pas versé dans la démagogie la plus basse à l’occasion de la Loi Hadopi et bien sûr dans l’ignominieuse campagne lancée contre Frédéric Mitterrand. Cette liberté de ton et de parole, pour un homme engagé aussi sérieusement dans l’action publique, ne va pas de soi. Il est de ceux qui créent des courants-d’air bien appréciables par moments – n’oublions pas que la culture à Paris pourrait aussi avoir la figure de Patrick Bloche…

Isabelle Battioni

Isabelle Battioni, Ambronay Editions Le département de l'Ain n'est pas seulement, là-bas dans la région Rhône-Alpes, un beau plateau de fromages où figurent en bonne place Bleu de Gex, Bleu de Bresse, Ramequin, et bien sûr Comté. L'Ain est aussi un département où se tient depuis trente années le fameux Festival d'Ambronay, créé par Alain Brunet (voir la Tête de l'Art qui lui fut consacrée) — un festival toujours aux avant-postes de la création et de l'invention, qui a donné naissance à son tour à l'un des plus actifs parmi les Centres Culturels de Rencontre français. Jacques Rigaud définissait ainsi les Centres Culturels de Rencontre : « Création pragmatique, les Centres Culturels de Rencontre sont, par leur genèse et par leur nature, fort éloignés de l’esprit de système, à la fois cartésien et jacobin, qui marque les institutions françaises. C’est peut-être ce qui fait leur originalité dans le paysage culturel. Pour employer un langage philosophique, on peut dire que, s’agissant de ces centres, l’existence a précédé l’essence. L’idée de redonner vie à un monument historique en y situant une activité intellectuelle ou artistique de notre temps revient à des particuliers ou à des collectivités territoriales. » Festival, académie, recherche, édition papier et édition discographique sont les principaux axes d'Ambronay. Directrice adjointe de l'établissement, Isabelle Battioni figure dans nos Têtes de l'Art car, responsable des éditions de la maison, elle édite les disques d'Ambronay — que vous pourrez tous retrouver, quelle chance, en téléchargement qualité CD sur Qobuz.com — et pas sur beaucoup d'autres sites ailleurs. La collection témoigne d'une précision et d'un soin éditorial remarquables : textes, illustrations et surtout qualité des productions feraient oublier la fameuse crise du disque. On sent qu'une ruralité tranquille, romantique, pour ainsi dire monastique, à l'abri du show-business contemporain, préside à leur conception. Il faut dire, et c'est une histoire vraiment incroyable, que le curé même de l'Abbaye d'Ambronay, le Père Daniel-Paul Bilis, agit peut-être comme ange-gardien dans cette affaire, puisqu'il fut, avant de rentrer dans les ordres, longtemps disquaire à Paris, et responsable de l'un des derniers disquaires indépendants parisiens, à l'enseigne de chez Leduc, rue Saint-Honoré ! Aucun disque de cette collection n'est banal ou insignifiant. En alliant la rigueur scientifique de la musicologie, le goût de la complexité et la passion de l'amateur, Isabelle coule de l'or. Voir le catalogue d'Ambronay Editions sur Qobuz Le Département de l'Ain sur wikipedia Le Festival d'Ambronay

Chantal et Jean-Marie Fournier Salle Gaveau, Octobre 2009

Chantal et Jean-Marie Fournier, salle Gaveau. Quand la majorité des salles parisiennes sont aujourd'hui plus ou moins dépendantes de l'État, la Salle Gaveau fait figure d'îlot du libéralisme musical — sans doute la raison pour laquelle le candidat Sarkozy y a tenu quelques meetings (la salle se trouve à deux pas de l'UMP), y compris le soir même de son élection. Une salle de concert privée ? Cela est-il possible ? Et bien oui ! Chantal et Jean-Marie en apportent la preuve depuis... — oh, combien d'années, au fait ?... —, tenant leur barque à l'équilibre entre risques pris et risques partagés avec les organisateurs. Personne à Paris ne se souvient quel son a jamais eu l'orgue, le fameux orgue de la Salle Gaveau. Mais dans cette salle, chacune et chacun a un souvenir gravé au cœur pour toujours. Au risque de vous faire sombrer dans la nostalgie, moi, je voudrais dire que j'y ai entendu pour la dernière fois Ferras et Barbizet pour un concert de retour qui fut aussi un concert d'adieux. Magda Tagliaferro, à 90 ans passés, cherchait la sortie de la Grande sonate de Schumann dans laquelle elle s'était un peu pris les pinceaux. Plus ancien souvenir, les concerts souvent incroyables, dans les années 60 et 70, de l'Orchestre de Chambre Fernand Oubradous — un orchestre "all stars" composé des meilleurs pupitres de la place, qui ne prenaient pas le temps de répéter, le concert faisant office de première et deuxième répétition, et même de répétition générale. Yvonne Lefébure avec ses chapeaux exceptionnels, la grande Lily Laskine, Maurice André et tant d'autres en étaient les vedettes "en résidence", dirait-on aujourd'hui. Il n'y a certainement plus du tout de témoin vivant de cela : le Pierrot Lunaire de Schönberg a vu sa création en France à Gaveau. La retraduction de l'allemand vers le français des poèmes écrits originellement par un belge fut commandée à un certain Jacques Benoist-Méchin. Maria Freund décida de tout refaire à sa manière car c'était épouvantable, mais de toute façon, cela ne changea en rien la bataille qui suivit, dans le hall. Si l'on regardait l'histoire de Gaveau, si l'on pouvait feuilleter saison après saison les programmes et comme sur les ordinateurs aujourd'hui voir s'animer les souvenirs, on aurait le tournis. Quel dommage que les moyens techniques ne nous aient pas permis de conserver les milliers de concerts ! Cette salle est étonnante : elle possède les attributs et l'intimité d'un salon, mais, les organisateurs le savent bien, elle cache son jeu : en cas de demi-succès, cela ne se voit pas trop. En cas de succès, on y rentre, du monde ! Songez que la Salle Pleyel, aujourd'hui bonzaïfiée par des génies subventionnés, ne compte guère que 600 places de plus que Gaveau ! Mais les moyens à investir sur la production, autant peut-être qu'une politique moderne de promotion, manquent à Gaveau et lui font subir de manière cruelle, à ce qu'on voit de la saison en cours, la concurrence des autres salles parisiennes. C'est extrêmement dommage, et on ne peut que souhaiter que la belle retrouve les grands noms qui d'ailleurs l'avaient rejointe au moment de la réouverture de Pleyel. Pendant de très très nombreuses années, l'immeuble qui surplombe Gaveau, et qui donne aussi sur l'avenue Delcassé, était une institution musicale par lui-même, car la plupart des imprésarios français y tenaient leurs bureaux (les autres étant à Pleyel). C'était un temps où, mis à part les orchestres, les artistes internationaux bénéficiaient de bien peu d'invitations au cachet pour leurs apparitions en récital ou en sonate. Les agents de la place tenaient un business lucratif et organisaient les concerts pour le compte de ces artistes, qui se produisaient à Pleyel ou à Gaveau pour leur concert annuel, annoncé en typographie d'avant-guerre sur les fameuses colonnes Moris qui n'avaient pas encore été reproportionnées et enlaidies par JCDecaux. L'immeuble cache des trésors. Tout en haut un incroyable salon de musique, la salle Marguerite Gaveau. Un grand hall permet les réceptions au rez-de-chaussée. Mais les sous-sols sont-ils hantés ? On se souvient qu'y étaient stockés dans le temps de grands pianos de concerts Gaveau, couramment utilisés dans les années 40 et 50 pour les récitals, et en particulier celui sur lequel Yves Nat enregistra ses disques ! La Salle Gaveau est aujourd'hui gérée en famille. On a oublié aujourd'hui que Jean-Marie Fournier, qui reprit la salle des mains de son père qui l'avait achetée, était lui-même pianiste, une carrière qu'il décida d'interrompre pour se mettre au service de celle des autres. Métro Miromesnil, en haut à gauche en sortant de la bouche. On monte toujours quelques minutes avant l'heure dite du concert les marches quatre à quatre, pour ne pas être en retard, et ne pas manquer ce moment magique où, de la petite porte de la scène à gauche, celle avec un petit fenestron derrière lequel on voit s'agiter le régisseur, va surgir le « récitaliste », qui se jette dans la cage aux lions. Le concert sera-t-il bon ou mauvais ? Bonne vieille Salle Gaveau ! Tu en as vu d'autres ! À relire sur QOBUZ : Les 100 ans de la salle Gaveau Voici le site de la Salle Gaveau

Claude Samuel

Claude Samuel - producteur de disques, journaliste, musicographe, organisateur de festivals, homme de radio et de télévision - a été au cours des années 60, 70 et 80 l’un de ces « modernes » si peu nombreux à qui nous devons ce que la vie musicale aujourd’hui a de meilleur. L’œuvre d’une vie, vraiment, qui l’a vu travailler toujours au service de sa passion musicale, en proximité avec les plus grands artistes de son temps - compositeurs comme Messiaen, Boulez ou Xenakis, interprètes tels Rostropovitch et Galina Vischnevskaïa dont il était l’intime. Avec Maurice Fleuret, dans des voies séparées mais toujours avoisinantes, ils ont été ces rénovateurs libres de la musique dite « classique » - non pas vulgarisateurs grand public ou commis de l'État comme Landowski, mais des réformateurs de l'intérieur, même et surtout quand il ont accédé à des fonctions officielles l'un et l'autre. Ils ont pris la pelle, la truelle et le marteau pour reconstruire le monde de la musique, pour l'ouvrir à de nouveaux publics, pour aérer les salles de concert, pour faire émerger les talents nouveaux ou approfondir notre connaissance des maîtres en activité, ce qui n'est pas le moins utile parfois. Directeur artistique des disques Véga, où il succède à Lucien Adès, il enregistre la jeune musique. Journaliste à partir de 1958 à Réalités puis à l'Express, au Matin de Paris ou au Point, il la défend et pas seulement. Producteur de radio on lui doit plus de 1000 émissions sur les chaînes publiques et parmi elles par exemple la série qu'il réalisait avec Sylvie de Nussac de 1966 à 1976 pour France Culture, qui pourrait encore aujourd'hui servir d'exemple à tant de baratineurs radiophoniques. Les années de l'autour 68 et les années 70 voient Claude Samuel au combat sur le front de la musique contemporaine, responsable artistique de tous les festivals français qui comptent à cette époque charnière et qu'on peut regarder aujourd'hui avec quelque nostalgie, enfin. Il est directeur du Festival international d'art contemporain de Royan (1965-1972), des Rencontres internationales d'art contemporain de La Rochelle (1973-1979), du Festival des Arts de Persépolis (1967-1970) ; il participe à la création des Rencontres de musique contemporaine de Metz et du Festival des arts traditionnels de Rennes. De ce travail il reste des marques fulgurantes, trop nombreuses à citer. Il a, en dehors du classique beaucoup œuvré pour faire connaître les patrimoines musicaux japonais, coréens, birmans, indiens et indonésiens (Festival d'Indonésie en 1982). Mais pourquoi ne pas dire l'extraordinaire excitation qui était celle des adolescents que nous étions à l'écoute des directs du Festival de Royan, qui enchaînaient les créations mondiales ou françaises comme s'il pleuvait. Ou du Festival de La Rochelle, donnant carte blanche à Xenakis qui y livrait créations et conférences lumineuses, installant ses dispositifs sur le port - mais aussi ouvrant les bras à un Andreï Volkonski juste sorti d'URSS, parfaitement inconnu, et qui l'est d'ailleurs encore resté jusqu'à sa disparition récente. Claude Samuel est aussi créateur de concours de haut niveau et en particulier des Concours de la ville de Paris : Concours Olivier Messiaen, Concours Rostropovitch qui a lieu en ce moment, et qui se trouve aujourd'hui menacé de disparition parce que la Ville de Paris a confié sa culture à un mondain socialiste ou vert, on ne sait plus, qui conseille dans les journaux à Samuel (on croit rêver !) d'aller demander de l'argent à Pierre Bergé… « La Mairie de Paris veut complètement arrêter les concours. La municipalité a engagé beaucoup de nouvelles dépenses culturelles mais a supprimé tout ce qui relève d'une culture peu ou prou classique ». Son Centre Acanthes est aujourd'hui installé à Metz. Enfin, Claude Samuel a été de 1989 à 1996 Conseiller pour la programmation à Radio France, puis Directeur de la musique du groupe de radios publiques. Une fois encore il n'a pas hésité à bousculer, et défendre ses valeurs de toujours. Homme de radio militant, il a voulu agir concrètement avec l'outil qu'est la radio, une démarche un peu différente à celle qui consiste à vouloir faire de l'audience comme seul but. Ce qui bien sûr n'alla pas sans haines, et sans critiques des immobilistes. Mais il créa en 1991 le Festival Présences, ramenant la musique contemporaine à Radio France, dans une esthétique largement ouverte - et ce Festival existe toujours même s'il file un coton un peu préoccupant. Claude Samuel a publié : - Prokofiev (1960, Ed.du Seuil) - Panorama de l'art musical contemporain (1962, Ed.Gallimard) - Entretiens avec Olivier Messiaen (1967, Ed.Pierre Belfond) - Le Grand Macabre de Ligeti (1981. Ed Hubschmid et Bouret) - Entretiens avec Mstislav Rostropovitch et Galina Vichnewskaïa (1983, Ed.Robert Laffont) - Musique et couleur, nouveaux entretiens avec Olivier Messiaen (1986, Ed. Pierre Belfond) - Eclats/Boulez, direction d'un ouvrage collectif (1986, Ed.du Centre Georges Pompidou) - Permanences d'Olivier Messiaen (1999, Ed Actes Sud) - Olivier Messiaen-Les couleurs du temps (2000, INA/Radio France) - Boulez-Eclats 2002 » (2002, Mémoire du Livre) - Clara S., les secrets d'une passion (2005, Flammarion) - Olivier Messiaen - Le livre du centenaire (en collaboration avec Anik Lesure - 2008, Ed. Symétrie)

Gilles Désangles, Les Victoires de la Musique

Gilles Désangles, Directeur Général des Victoires de la Musique Si chaque année vous pestez devant votre téléviseur parce que les Victoires de le Musique, variétés, classiques ou jazz ne sont pas celles dont vous rêviez - vous connaissez désormais, grâce à nos indispensables Têtes de l'Art et à Jean-Baptiste, le visage du coupable. Coupable de tout, il l'est, Gilles Desangles : des a-peu-près des uns et des autres, des fausses bonnes idées qu'on a cru bon de trouver, de la courbe d'audience et du CSP machin qui s'est évaporé pendant la diffusion, de tout. Sauf de Marie Drucker. Trois émissions, un an de travail. Tout ça pour ça ? Mais ce qu'on ignore, c'est que les Victoires, initiées à l'époque par le Ministère de la Culture, sont formées d'un délicat alliage diplomatiquissime de la fameuse "filière", ce métier de la musique où tout le monde s'aime (tu parles !) et a là une occasion unique de le montrer, chaque année, lors de ces cérémonies. Les barbares qui composent le Conseil d'Administration et qu'il faut faire vivre ensemble ont pour noms SACEM, SCPP, SPPF, ADAMI, SPEDIDAM, CNV, FCM... Pour tenir les bouts d'intérêts parfois un peu divergents, il y a Gilles. Sa formation à Sciences Po Bordeaux a dû lui apprendre les bonnes manières - et il ne s'en départit pas, quoiqu'il arrive. Enfin, c'est l'impression qu'il donne. Faudrait tester pour voir. Parmi les cérémonies dont il s'occupe, son cœur bat fort pour les Victoires Classiques, lui qui a travaillé pour le département classique de Warner, à l'époque où il y avait encore de la production chez Erato. Quand des Victoires se terminent, d'autres Victoires se profilent. Remettre le couvert, reprendre les débats définitifs au point où on les avait laissés, reprendre les nouvelles idées proclamées, qui ont déjà été entendues depuis... Oh mon Dieu ! 25 ans ! En 2010 les Victoires auront 25 ans ! Que nous préparez-vous, Gilles, pour ces 25 ans ?

Franck Bergerot

Franck Bergerot, Jazz Magazine. On réalise parfois ses rêves de jeune homme, et on devient donc un peu ce qu'on a lu ! Franck, enfermé durant son service militaire (OK, ça date un peu pour les plus jeunes ce genre de références...) dans un central téléphonique, avec une valise pleine de numéros de Jazz Magazine, il prend goût au commentaire du jazz. Notamment à la lecture d’Alain Gerber et, dès sa libération (du service militaire), au jazz lui-même, sous ses formes contemporaines, ainsi qu’à son histoire qu’il découvre à rebours.  La presse spécialisée dans ces années-là est florissante et voit chaque mois la création de titres les plus divers. À partir de 1975, Franck collabore à Antirouille, un journal pour jeunes (on est en pleine période baba), à Jazz Hot, au Jazzophone (qu'on a un peu oublié), au Le Monde de la musique, le tout premier, celui qui avait des idées musicales extrêmement larges au point d'enfanter un jour Jazzman, un supplément qui allait bientôt devenir indépendant. Franck participe à cette création en 1992, aux côtés d’Alex Dutilh, de Arnaud Merlin et de François Lacharme, un titre dont il est le rédacteur en chef adjoint jusqu’en 2007.  À cette date, il est nommé rédacteur en chef de Jazz Magazine, dont il continue d’animer la rédaction en tandem avec Frédéric Goaty depuis que les temps difficiles ont conduit à la fusion de Jazzman et de Jazz Magazine.  Il est le co-auteur avec Arnaud Merlin de L’épopée du jazz chez Gallimard dans la collection "Découvertes". Il est également l’auteur de Le Jazz dans tous ses états chez Larousse. Mais il est surtout le spécialiste de l’œuvre de Miles Davis auquel il a consacré un ouvrage au Seuil, en 1996, Miles Davis, introduction à l’écoute du jazz moderne. À ce titre, c'est Franck qui a rédigé la biographie du catalogue de l’exposition de "We Want Miles" qui se tient actuellement à la Cité de la musique, de même qu'il a rédigé avec Frédéric Goaty les notes de livret du coffret de 70 CD “Miles Davis - The Complete Columbia Album Collection” à paraître chez Sony en novembre. Et il animera une "Nuit Miles Davis" sur France Musique dans la nuit du 14 au 15 novembre.  De 1979 à 1992 Franck est discothéquaire. Et un fameux discothéquaire, on peut vous dire. Depuis lors, il continue l’initiation au jazz des discothécaires et de leur public à travers formations professionnelles et conférences. Il a animé de 2007 à 2009 les collèges “Jazz contemporain” de la Cité de la musique.  L'autre face, celle-là moins connue de Franck Bergerot, ce sont les traditions populaires qu’il a défendues dans les pages du Monde de la musique. L'album Paris Musette dont il a été le directeur artistique a marqué le renouveau du genre musette et la réévaluation de la place et du prestige de l’accordéon, un instrument qui retrouve heureusement toutes ses lettres de noblesse.  Pas moyen d'être l'ami de Franck Bergerot : il n'est pas sur FaceBook ! Il vous reste une possibilité, c'est de le retrouver chaque mois dans la nouvelle formule du magazine, JazzMag-Man. En vente chez tous les bons marchands de journaux !

On peut refaire sa vie et la réussir deux fois

Frédéric Lodéon Frédéric Lodéon a été l’un des plus grands violoncellistes français de l’après-guerre. Ses disques nombreux en témoignent, et aux plus jeunes, on conseille vivement de les écouter : un instrumentiste magnifique au goût impeccable, doublé d’un bretteur doté de finesse et d’élégance. Et le sens de la prise de risque, qui change tout. Un artiste, quoi. Il sort beaucoup de violoncellistes, à chaque génération : beaucoup de très bons, mais si peu qui flambloient vraiment... Il était de ceux-là. Et puis, un  jour, surexposé longtemps et, allez savoir, envie d’arrêter. Frédéric a posé archet et violoncelle, a disparu, puis réapparu. À celui qui l’a placé là où il est, devant un micro, il faudrait se rappeler de dire merci. Avec la politesse de l’homme cultivé, il s’est mis au service de la musique classique autrement qu’en jouant de son instrument, en en devenant le conteur. Un conteur dont on connait la verve, les anecdotes, la jovialité et dont on aurait tort de sous-estimer la finesse et l’esprit. Il a bousculé les audiences radio sur France Inter, il a osé faire gai et amical quand tant de sinistres pensent qu’il convient de faire emmerdant. Ce n’est pas rien. Lodéon, tout le monde vous le dira, est l’un des hommes les plus bienveillants du métier. À son confrère, le confrère Lodéon, passé à la radio, donnera toujours un coup de pouce pour un concert dont la réservation se présente mal. Lodéon n’hésite pas à sortir du cadre pour soutenir un événement libre et peu institutionnel, car il est un musicien et, c’est bête à dire, il sait de quoi il parle. La musique a ses croyants d’une part, et ses pratiquants de l’autre. Lodéon est du côté des pratiquants. Comme les musiciens, il affiche des admirations et des fidélités qui ne coïncident pas toujours avec celles des simples mélomanes que sont les journalistes pur sucre. Otez-vous vite s’il venait à vous considérer comme un truqueur ! Il ne vous assassinera certainement pas à l’antenne, car il est là pour faire aimer d’abord, mais il ignorera. Bienveillant ? Oui, mais dans certaines limites !

Bruno Boutleux, Adami

Bruno Boutleux, Adami L'Adami "Agence générale pour l'administration des droits des acteurs et musiciens interprètes" a été créée en 1955. Elle gère et redistribue individuellement aux artistes-interprètes solistes, l’argent collecté à l'occasion de la diffusion de leurs prestations enregistrées ou au titre de la taxe sur la copie privée. Si vous ne comprenez pas grand chose à ces subtilités, elle fait partie des sociétés de perception de distribution aux artistes auteurs et producteurs. La SPEDIDAM par exemple s'attache à redistribuer leur part aux musiciens "du rang" (non solistes, non vedettes), la SCPP et la SPPF font de même au bénéfice des producteurs des enregistrements, et la SACEM verse leur part aux auteurs. Et, de cette Adami-là, Bruno Boutleux est le directeur général gérant. Enfin un sage chez les rouges ? Et bien, à considérer son parcours, on se dit que l'Adami a changé en bien. D'abord enseignant, Bruno a fait de la radio, collaboré aux TransMusicales, a été lui-même entrepreneur de spectacles, puis a rejoint le Centre d’information du rock et des variétés fondé par Bruno Lion (voir la Tête de l'Art qui lui a été consacrée) pour diriger le Fair (Fonds d’action et d’initiative pour le rock), un des dispositifs mis en place dans le cadre du « plan rock » de Jack Lang. Sous sa direction, le CIR est devenu l'irremplaçable l’Irma (centre d’Information et ressource pour les musiques actuelles) en 1993, réunissant les centres d’information des musiques traditionnelles, du jazz et du rock en une seule structure. Si vous avez besoin de quelque information professionnelle sur la musique, on vous recommande de visiter le site de l'Irma ! En 1995, il est nommé directeur du FCM (Fonds pour la création musicale), organisme financé par les sociétés civiles du monde de la musique sur les fonds issus de la copie privée et de la rémunération équitable. La vocation du FCM est de réunir l’ensemble de la filière musicale afin d’apporter un soutien financier à la création, la diffusion et la formation dans le monde de la musique. Et en 2002, Bruno Boutleux devient directeur général des très vieilles Jeunesses musicales de France qu'il contribue à rajeunir ! Depuis Bruno s'est occupé des rencontres d'Astaffort, fondées par Francis Cabrel, il a créé et présidé Ila, pépinière de développement d’entreprises musicales indépendantes basé dans le 18e arrondissement à Paris. Et il télécharge régulièrement sur Qobuz - raison pour laquelle, on l'aime encore plus !

PUBLICITÉ

"La Fête à Django!" Rocky Gresset sera au Sunset mardi 19 janvier.

« La Fête à Django ! » Rocky Gresset sera au Sunset le 19 janvier. En vous présentant Rocky et sa belle guitare, c'est pour moi l'occasion ou jamais d'avouer à ma soeur Fonfon ce qui s'est passé il y a bien longtemps avec sa guitare. Elle aimait Georges Brassens et je crois que c'est pour ça qu'elle avait reçu une guitare, je ne sais plus par qui, en tout cas pas sur la tête. Sa guitare était rangée dans une housse, elle était surtout rangée. En effet, je ne me souviens absolument pas de Fonfon jouant de la guitare. Et un jour, avec mon frère, nous, on a eu envie d'en jouer. Le jeu consistait à se courir après en se tapant sur la tête avec, en tenant l'instrument par le manche. Nous partions du salon de musique et nous traversions tout l'appartement dans un sens. Arrivés au bout, dans une salle de bain, nous échangions nos rôles et nous repartions dans l'autre sens. Le "bing" que faisait chaque coup sur la tête, somme toute, était très musical et ne faisait pas mal du tout. Et pour celui qui tapait, le plus drôle était le rebondissement de la guitare sur la tête de l'autre. Bref un jeu parfaitement crétin pour abrutis d'un moment. Et ce qui devait arriver arriva, après quelques aller retour, le "bing" si harmonieux se transforma en un "crac" bien explicite. Le jeu était fini. Discrètement, nous avons remis la guitare dans sa housse. Quand un beau jour, Fonfon eut envie de renouer avec Georges Brassens, elle comprit qu'elle n'était pas la seule à ne pas jouer convenablement de la guitare. Pardonne-nous Fonfon, c'est promis, on ne le refera plus. Ecouter et télécharger Rocky sur Qobuz : L’interview de Rocky par Marc Zisman :