Waltraud Meier
De Wagner à Wozzeck
À ne pas manquer ! La grande wagnérienne, qui s'est notamment illustrée en Isolde, revêt les habits de Marie dans Wozzeck d'Alban Berg à l'Opéra Bastille (du 17 septembre au 2 octobre 2009).
Rencontre.
Le Wozzeck donné à Paris est mis en scène par Christoph Marthaler. Comment allez-vous travailler avec lui ?
— En fait, c'est notre première collaboration, car je n'ai vu de ses spectacles que la vidéo de ce Wozzeck. Je vais donc le découvrir au moment des répétitions et voir ce que nous allons faire ensemble. J'ai mes idées sur le rôle de Marie. Il est probable que j'interpréterai le personnage autrement qu'Angela [Denoke] et que certains aspects de la mise en scène devront changer. Ce ne serait pas bien si cela ne changeait pas un peu, tout de même ! J'essaie toujours de comprendre ce qu'un metteur en scène veut exprimer : lorsqu'il me demande de jouer d'une manière qui ne correspond pas à ma conception, si ses arguments sont justes, vrais et profonds, je le suis à cent pour cent. Sinon, je négocie pour trouver une troisième solution.
Comment cela ?
— J'avais accepté de chanter Kundry de Parsifal à l'Opéra Bastille dans la mise en scène de Krzysztof Warlikowski, mais nous avions beaucoup négocié ! Au départ, c'était Peter Sellars qui devait assurer la mise en scène, et comme j'avais signé mon contrat, je ne suis donc pas revenue sur mon engagement. Il y a plusieurs années, j'avais travaillé avec Peter lorsqu'il a mis en scène Tristan et Isolde à la Bastille. J'en garde un excellent souvenir, mais j'ai juste trouvé dommage que l'on n'ait pas assez vu son travail à cause des vidéos — certes fort belles — de Bill Viola. Peter m'a avoué que lui aussi avait réalisé que les images étaient trop prégnantes par rapport à sa mise en scène...
En 1992, toujours dans Wozzeck, vous vous êtes produite au Châtelet dans le rôle de Marie, cette fois dans une mise en scène de Patrice Chéreau. Comment était-il ?
— D'abord, il respectait le texte, comprenant magnifiquement l'allemand. Ensuite, il perçoit la musique de manière étonnante. Avec lui, on fait vraiment du théâtre, on ne joue pas, on est : tout son art consiste à faire sortir la vérité des personnages du tréfonds de nous-mêmes. On ne dit plus alors : « J'ai vu Waltraud Meier sur scène », mais : « J'ai vu Isolde ». Quand il s'aperçoit qu'une de ses idées ne fonctionne pas, il n'hésite pas à en changer, car il veut que sa mise en scène exprime « die Wahrhaftigkeit » (« l'essence de la vérité »). En 2007, nous nous sommes retrouvés pour l'ouverture de la saison de la Scala, où il m'a dirigée dans Isolde...
... Votre rôle le plus célèbre !
— Justement, pour lui, c'était l'inverse : il mettait en scène Tristan et Isolde pour la première fois... Je souhaitais depuis longtemps travailler cette œuvre avec lui. Il craignait mon impatience ; j'attendais fébrilement qu'il me donne de nouvelles idées. J'ai fait le vide en moi pour qu'il remplisse ce vide. Ce travail a été un moment de bonheur absolu. En février dernier, nous avons repris l'opéra à la Scala : nous avons à nouveau répété durant quatre semaines afin de modifier quelques détails pour que tout sonne encore plus vrai.
Quel est chez vous la part du don naturel et la part de travail ?
— J'ai eu la chance de travailler avec de grands metteurs en scène, et dans la vie je suis très observatrice : quand je vais au cinéma ou au théâtre, ou simplement quand je suis au café, je regarde les gens bouger, j'essaie de comprendre comment leur corps se meut en fonction de leurs émotions ou de ce qu'ils disent.
Chanter a toujours été pour moi naturel, comme parler. Dans notre famille, nous faisions de la musique : chaque jour, nous chantions. Mon père pratiquait le piano ; j'étais membre de plusieurs chorales. À la fin de ma scolarité, j'ai commencé des études de langues pour devenir professeur. Un jour, le directeur du théâtre de Würzburg, en Bavière, m'a demandé si je voulais passer une audition : c'est comme cela qu'à l'âge de vingt ans, je me suis retrouvée sur scène dans Cavalleria Rusticana. Je me disais que si je n'avais pas de succès, je retournerais à l'université ; j'adorais chanter, c'était mon plaisir, et trente-trois ans plus tard, je suis encore là et c'est toujours un plaisir !
du 17 septembre au 2 octobre 2009
à l'Opéra Bastille (Paris)
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