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Verdi Made In Russia
Radical "Macbeth"

La Bastille accueille — du 4 avril au 8 mai 2009 — le Macbeth de Verdi revu et corrigé par l'opéra de Novossibirsk : une vision décalée et grinçante.

PAR Franck Mallet | SUR SCÈNE | 25 mars 2009
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Classica

Parlez de Macbeth et on vous répondra Laurence Olivier, Orson Welles, Kurosawa (Le Château de l’araignée) ou Roman Polanski. Et Verdi? Verdi, lui, n’avait attendu personne, qui avait scellé dès 1847, sur la scène du Théâtre de la Pergola à Florence, sa première rencontre avec Shakespeare. L’Italien aura même le projet d’un Roi Lear, d’une Tempête et d’un Hamlet. Après Macbeth viendront Otello et Falstaff, de quoi faire chanter sans le trahir le plus célèbre des dramaturges.

On sait que cet ouvrage arrive à une période charnière du compositeur. Son talent est déjà reconnu dans toute l’Italie et même au-delà : de Madrid, Saint-Pétersbourg, Paris et Londres lui arrivent des propositions. Mais les jalousies de ses confrères, l’académisme qui frappe les arts et les intrigues liées au milieu de l’opéra lui font envisager d’abandonner la carrière. La révélation du théâtre shakespearien en 1846 lui redonne espoir.

Il effectue lui-même le travail préparatoire, distribue les scènes, organise les airs et adresse le tout à Piave, son librettiste. La pièce originale est condensée, quitte à limiter le nombre de personnages, et l’attention se porte surtout sur le couple Macbeth, Verdi développant le rôle de Lady Macbeth (« âme damnée de son époux ») au point de lui donner une importance prépondérante. Rompant avec les conventions de l’époque, il impose non pas « une belle chanteuse dotée d’une belle voix » mais une interprète « laide et monstrueuse » à la voix « âpre, étouffée, sombre…». À l’Opéra de Paris, l’ouvrage fut représenté pour la première fois en 1984, dans une mise en scène de Vitez et sous la baguette de Georges Prêtre. La nouvelle production de Bastille est réalisée en coproduction avec l’Opéra de Novossibirsk, dont ce sera, pour ce théâtre russe inauguré en 1945, la première collaboration avec une scène occidentale. Notre confrère Xavier Lacavalerie, qui eut la chance d’assister à la création de ce spectacle en décembre dernier, y apprécie la lecture du metteur en scène Dmitri Tcherniakov et du chef d’orchestre Teodor Currentis, fidèles à la formule de Verdi souhaitant transcrire « le bruit et la fureur shakespeariens » : «Dès le lever de rideau, c’est une vue prise par satellite d’un quartier riant et huppé dirigé par un hobereau qui cherche sans cesse, manipulé par sa femme, à accroître son pouvoir. Puis la caméra de surveillance se met à bouger. En zoomant, on fait le tour d’une coquette maison bourgeoise. On se rapproche encore, jusqu’à une fenêtre – une fenêtre qui épousera exactement le cadre réduit de la scène, derrière laquelle se déroulera tout le drame. Un drame non plus héroïque et royal, mais bourgeois et pervers,où les affrontements de classe seront impitoyables. »

La surprise vient du fantastique d’origine que le metteur en scène a totalement éradiqué, comme les scènes de sorcières remplacées par le peuple et les soldats – communauté passive puis menaçante car, comme l’affirme le metteur en scène : « Le mal n’est pas fantastique, il se cache dans les choses ordinaires. »

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