Du X à l’Opéra de Genève avec cette Lulu érotique — déconseillée aux moins de 16 ans par la direction du Grand Théâtre — que Patricia Petibon va incarner pour la première fois. Le metteur en scène Olivier Py nous livre sa vision du rôle.
Du 4 au 19 février 2010 au Grand Théâtre de Genève (voir plus d’informations)
Une lucidité polaire
« Lulu, c’est un mythe créé par Wedekind pour incarner des idées nietzschéennes. Dans sa pièce, elle danse Ainsi parlait Zarathoustra, cela a disparu dans l’opéra mais c’est très signifiant. Lulu, c’est l’Esprit de la Terre, cette force fondamentale qui ne se comprend pas elle-même et qui est la vérité sur l’humanité : une parole terrible, sombre mais pleine de vitalité (même si c’est une mauvaise interprétation du nietzschéisme). C’est une énigme, un effondrement : plus de dieu, plus de philosophie, plus de raison. Avec Lulu, quelque chose de l’harmonie du monde est perdu : comme un état de lucidité polaire.
« Avec Pierre André Weitz, nous sommes repartis non du cinéma, ou de la gravure, qui sont en noir et blanc, mais de la peinture expressionniste, d’Otto Dix, de George Grosz, de leurs couleurs très violentes. C’est notre premier décor en couleur, il est même insupportable de couleurs. À la saturation harmonique de la partition va correspondre une équivalence chromatique : il y aura les douze "couleurs" de la gamme en permanence pour que ce soit un désespoir en couleur. Qui respectera bien entendu la structure en arche de l’œuvre avec ses personnages symétriques, avec un décor mobile, de jardin à cour puis de cour à jardin.