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Ne manquez pas Piotr Beczala à l'Opéra Bastille en février

Piotr Beczala n'est pas de ceux qui cultivent l'image à tout prix. Il serait même le plus discret des ténors en exercice. Mais il est peut-être le plus naturellement doué.

PAR Jérémie Rousseau | SUR SCÈNE | 24 janvier 2012
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Classica

CHI VA PIANO, VA TENORISSIMO


À quarante-cinq ans, cet orfèvre musicien a patiemment affûté ses moyens pour incarner des Roméo, Faust et autres Edgardo et Rodolfo d'une lumière splendide et devenir le ténor lyrique vedette de sa génération.

Né à Czechowice-Dziedzice, dans le sud de la Pologne, Piotr Beczala (prononcez "Betchala") aurait pu rater sa vocation : « J'ai découvert ma voix très tard, à dix-neuf ans, en me produisant dans des chœurs, au moment même où j'allais entamer des études d'ingénieur. Jusque-là, je n'avais jamais lu une seule note de musique, ni même écouté ce répertoire en famille. J'ai tout appris, très vite. » Au terme d'études à Katowice, il reçoit les conseils de l'immense Sena Jurinac, qui lui fait prendre conscience des embûches qui l'attendent s'il continue à chanter si jeune les rôles lourds qu'on lui propose. Il atterrit en Autriche, à l'Opéra de Linz... aussitôt quitté pour rejoindre celui de Zurich en 1997.

« J'ai découvert ma voix très tard, à dix-neuf ans, au moment même où j'allais entamer des études d'ingénieur »


P. Beczala (Eduardo) et D. Damrau (Lucia)


Écouter et télécharger le Gala Franz Lehar de Dresde du 31 décembre 2011 ("Live").


ACTUALITÉ

"Rigoletto" de Verdi à l'Opéra-Bastille à Paris, du 27 janvier au 23 février 2012
Rigoletto Opéra-Bastille

S'ensuivent plusieurs années de troupe pour le résultat que l'on sait : Mozart (beaucoup), Bellini (un peu), mais aussi (raisonnablement) Janácek, Strauss (Richard et Johann), Rubinstein, Martin et de petits rôles d'appoint chez Wagner. Les rôles lyriques s'imposent bientôt en première ligne, mais patiemment, sans rien presser, à mesure que la voix grandit et que l'artiste, prudentissime, trouve le ton et la couleur : Belmonte, Tamino, Alfredo, Rodolfo, Lensky servent de tremplin à une carrière internationale qui s'épanouit naturellement. Son professeur Dale Fundling ne le quitte pas, pas plus que son épouse, la mezzo Katerzyna Bak, qui a renoncé à sa propre carrière pour lui.

Paris n'a jamais oublié Beczala — ses débuts remontent à La Flûte enchantée de Benno Besson (2000). Depuis, la voix a gagné en chair et en rayonnement. Après Jenik (La Fiancée vendue de Smetana) l'an passé à Garnier, la Bastille l'accueille en février 2012 pour dix soirées en Duc de Mantoue dans Rigoletto de Verdi. En mars, il testera au Met de New York son premier Des Grieux, face à la Manon de sa partenaire de prédilection, Anna Netrebko. Et la belle Anna sera de nouveau sa Mimi cet été, dans la nouvelle Bohème du Festival de Salzbourg. Demain, il s'essaiera à Hoffmann (2013) et, si tout va bien, à Hermann de La Dame de Pique de Tchaïkovski, redouté mais tellement alléchant : c'est que le répertoire russe compte beaucoup ! On a encore dans l'oreille le timbre de miel, les aigus solaires et les phrasés enchanteurs de son somptueux récital d'airs slaves (Orfeo), l'un de nos "Chocs" de l'année 2011.

Avec une élégance vocale à la Nicolai Gedda, une fraîcheur rappelant celle du jeune Giacomo Aragall, une exigence et un sens du style glanés chez Fritz Wunderlich —son idole—, Piotr Beczala est à la fois au sommet de sa carrière et à la veille d'un développement plus spectaculaire encore. Courez l'entendre.


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