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Mort à Venise, le chant du Cygne de Britten

Du 23 mai au 1er juin, l'ultime chef-d'œuvre lyrique de Britten mis en scène par Yoshi Oida et sous la direction de Martyn Brabbins s'installe à l'Opéra de Lyon.

PAR Xavier de Gaulle | SUR SCÈNE | 12 mai 2009
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Classica

À la fois méditation sur la beauté et adieu au monde, l'ultime chef-d'œuvre lyrique de Britten Mort à Venise — opéra en deux actes (1973) sur un livret de Myfanwy Piper d'après le roman de Thomas Mann — se joue à l'Opéra de Lyon, dans le regard du comédien et metteur en scène Yoshi Oida, avec Alan Oke, Peter Sidhom, Christopher Ainslie, le Chœur et l'Orchestre de l'Opéra de Lyon sous la direction de Martyn Brabbins, du 23 mai au 1er juin.

En 1973, au soir de sa vie, Britten, malade, compose sa dernière œuvre pour la scène : à l'évidence un adieu à la vie. Dans le personnage de la nouvelle de Thomas Mann, l'écrivain vieillissant Gustav Von Aschenbach, le compositeur trouve une identification idéale : la déchéance physique et un certain assèchement de la création. En outre, ce testament autobiographique était aussi le dernier ouvrage écrit pour le ténor — et compagnon de trente-cinq ans — Peter Pears, l'interprète qui allait métaphoriquement incarner le musicien de sa vie dans un fascinant jeu de miroirs artistique et affectif. Britten ne put même pas assister aux représentations de l'ouvrage, dirigées par son assistant Steuart Bedford. Jamais la solitude de l'artiste n'avait été montrée dans une telle intensité : les sept personnages auxquels Aschenbach est confronté (le mystérieux voyageur, le vieux beau, le chef des chanteurs, le gérant de l'hôtel, le barbier...) doivent être interprétés par le même baryton (à Lyon Peter Sidhom, mémorable Scarpia), même si, dans cette production, un autre chanteur est engagé pour l'employé de l'agence de voyage. Le jeune Tadzio ne traverse quant à lui l'opéra que par sa présence corporelle puisque le rôle est confié à un danseur : dernière et bouleversante incarnation des rôles muets chez Britten, si forts de sens.

Auréolé de son interprétation mémorable de Gandhi dans le Satyagraha de Phil Glass, le ténor Alan Oke en Aschenbach a marqué les esprits au point qu'on a pu écrire qu'il était — entre Pears et Langridge — son plus parfait interprète actuel.

On attend beaucoup aussi de la mise en scène de Yoshi Oida, naguère acteur de , auteur de trois essais sur l'acteur — successivement Flottant, Invisible et Rusé (Actes Sud). Controversé ou adulé, ce disciple de Peter Brook qui considère que « jouer c'est d'abord être un corps » a des chances de se montrer plus convaincant dans cet opéra fortement influencé par la chorégraphie, le et la musique balinaise, que Britten avait découverts durant son voyage à Bali en 1955, que dans son déconcertant Don Giovanni de Saint-Quentin. Cela ne peut manquer d'être fascinant, d'autant qu'on ne peut qu'attendre le meilleur du chef Martyn Brabbins, qui n'ignore rien des sortilèges orchestraux de Britten.



































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