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Manuel Legris
Adieu à l'Opéra de Paris

Le 15 mai, l’Étoile de l’Opéra de Paris fera ses adieux, avant de diriger, en 2010, le Ballet de l’Opéra de Vienne.

PAR Jérémie Rousseau | SUR SCÈNE | 6 mai 2009
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Classica

Êtes-vous triste ?
— Pas du tout ! Ce sont des adieux officiels, mais pas à la scène. Je continuerai à danser, même si j’ai envie maintenant non plus de m’occuper de moi, mais des autres.

Le couperet fatidique des quarante-deux ans est tout de même un peu terrible, non ?
— C’est surtout ridicule. Car tous les danseurs sont différents : certains, à trente-cinq ans, sont déjà « cuits » – pardonnez-moi l’expression – alors que d’autres connaissent une seconde jeunesse. Personnellement, je me sens mieux maintenant qu’il y a cinq ans ; la technique étant toujours là, je peux reprendre sans problème les grands classiques. Certes, l’envie n’est plus aussi forte. C’est comme si le corps nous disait : «Tu as fait ce rôle pendant vingt ans, passe à autre chose. »

Quel regard portez-vous sur ces années passées à l’Opéra ?
— Un bilan extrêmement positif. Cette maison est fascinante en ce qu’elle nous apporte les plus grands chorégraphes à domicile. J’ai été extrêmement gâté, et j’ai pu trouver un équilibre idéal entre classique et contemporain. Comme on m’a toujours laissé danser à l’extérieur, chaque expérience nouvelle a stimulé mon engagement ici.

Fait rarissime à l’Opéra, vous avez été nommé Étoile par Rudolf Noureev sans passer par l’échelon de premier danseur : comment jugez-vous cela aujourd’hui ?
— J’avais vingt-deux ans, et je me suis senti un peu l’instrument, le «pion» de quelques géants nommés Béjart et Noureev. Mais être nommé tôt donne une liberté, et je trouve dommage de nommer les danseurs tard. Quand on est sûr de la valeur d’un artiste, il ne faut pas le laisser tomber. C’est un peu ce que je sens à l’Opéra ces derniers temps, où l’on ne pousse plus les danseurs jusqu’au bout. On leur donne beaucoup de rôles, puis on en prend d’autres, qu’on pousse à nouveau, etc. La chance avec Rudolf Noureev, c’est que tout allait dans une ascension, nous savions que nous n’allions pas être lachés en cours de route.

On devine là le futur directeur de ballet. Quels seront vos choix à l’Opéra de Vienne ?
— Il y aura une ouverture, pas à pas, sur le contemporain, car le répertoire et le public sont assez conservateurs. Même si je suis sans cesse à l’affût de jeunes chorégraphes, Jiri Kylian, John Neumeier, Mats Ek, William Forsythe restent des créateurs incontournables. Je les ferai venir à Vienne car il est vraiment capital pour les danseurs d’une compagnie d’être confrontés à des maîtres de cette trempe.

Auriez-vous aimé prendre la direction du Ballet de l’Opéra de Paris ?
— Non. Pas maintenant en tout cas, car je suis trop impliqué. J’ai besoin de prendre l’air.

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