En décembre dernier, Jürgen Flimm, 67 ans, directeur artistique du Festival depuis 2007, a annoncé qu’il préférait dès 2010 aller prendre la direction de la Staatsoper de Berlin. À Salzbourg, Karajan fut directeur 34 ans, Gérard Mortier a « tenu » 10 ans, ses deux successeurs 5 ans. Le festival le plus cher du monde se cherche donc un nouveau directeur artistique pour une mue nécessaire. L’essoufflement du système s’est produit à la fin des années 1970 : sclérose de la production scénique, décès successifs des piliers (Böhm en 1981, Jean-Pierre Ponnelle en 1988, Karajan en 1989), coût délirant des billets, il a bien fallu changer de ton. La nomination de Gérard Mortier fut la réponse parfaite. Salzbourg reprit le rang de premier festival du monde en matière d’intérêt culturel. Peter Ruzicka, de 2001 à 2006, a cherché à se distinguer par le « populaire » : une Turandot exécrable, par exemple, mais aussi une Traviata devenue légendaire. L’intégrale des œuvres scéniques de Mozart pour les 250 ans du compositeur fut un tour de force avant tout. Que restait-il pour son successeur ?
Jürgen Flimm a choisi des thématiques (« Le côté nocturne de la raison », « Car l’amour est aussi fort que la mort ») pas toujours lisibles. Quelques réussites (Don Giovanni mis en scène par Claus Guth), de vrais ratés (Der Freischütz), une ouverture en tous sens avec des inédits locaux, mais aussi l’impression qu’on monte les spectacles pour les vedettes du moment (le couple Villazon-Netrebko, aussi vite défait que monté) plus que pour des raisons philosophiques. Le problème des chefs demeure toutefois récurrent. Symptôme : fin avril, seul le Fidelio concertant de Barenboim est complet sur Internet ! Certes, la crise est là, mais le public élitiste qui est revenu se rassurer à Salzbourg est-il mûr pour une reprise d’Armida de Haydn, ou pour quatre Al gran sole de Nono ? On ne l’effrayera pas en tout cas avec des créations lyriques, toujours aussi rares : Cronaca del Luogo de Berio remonte à 1999, L’Upupa de Henze à 2003. Mais aussi, comment gérer la commande quand les directeurs ne durent guère ?
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