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Le Festival de Salzbourg : et demain ?

Festival de musique 2009 : du 25 juillet au 30 août.
Après des années fastueuses, le prestigieux Festival créé en 1920 peine à trouver sa voie depuis quelques étés.
Mise au point.

PAR Pierre Flinois | SUR SCÈNE | 16 juin 2009
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Classica


En décembre dernier, Jürgen Flimm, 67 ans, directeur artistique du Festival depuis 2007, a annoncé qu'il préférait dès 2010 aller prendre la direction de la Staatsoper de Berlin. À Salzbourg, Karajan fut directeur 34 ans, Gérard Mortier a « tenu » 10 ans, ses deux successeurs 5 ans. Le festival le plus cher du monde se cherche donc un nouveau directeur artistique pour une mue nécessaire. L'essoufflement du système s'est produit à la fin des années 1970 : sclérose de la production scénique, décès successifs des piliers (Böhm en 1981, Jean-Pierre Ponnelle en 1988, Karajan en 1989), coût délirant des billets, il a bien fallu changer de ton. La nomination de Gérard Mortier fut la réponse parfaite. Salzbourg reprit le rang de premier festival du monde en matière d'intérêt culturel. Peter Ruzicka, de 2001 à 2006, a cherché à se distinguer par le « populaire » : une Turandot exécrable, par exemple, mais aussi une Traviata devenue légendaire. L'intégrale des œuvres scéniques de Mozart pour les 250 ans du compositeur fut un tour de force avant tout. Que restait-il pour son successeur ?

ÉDITION 2009
Guide pratique


OPÉRAS
Sept à l'affiche cet été du 25 juillet au 30 août 2009 :
Lieu :
Grosses Festspielhaus
Theodora de Haendel (Bolton/ Loy)
Moïse et Pharaon de Rossini (Muti/Flimm)
Fidelio de Beethoven (Barenboim, version de concert)
Lieu :
Haus für Mozart
Cosi fan tutte de Mozart (Fischer/Guth)
Les Noces de Figaro (Harding/Guth)
Lieu :
Manège des Rochers
Al gran sole carico d'amore de Nono
Armida de Haydn (Bolton/Christoph)


CONCERTS
Le Philharmonique de Vienne jouera à 5 reprises, celui de Berlin une fois (avec Rattle), aux côtés d'autres phalanges invitées.
Nombreux programmes de musique de chambre (Uchida, Capuçon, Montero, Bell...), des “Liederabend” (Goerne/Fray, Petibon/Manoff, Kozena/Ushida, Netrebko/Barenboim, Florez/Scalera...), des “Mozart Matinee”, des “Liszt-Szenen”, un “Kontinent Varèse”, des récitals d'Argerich, Freire, Lang Lang, Pollini...
Places entre 25 et 370 € environ.
Rens. : www.salzburgerfestspiele.at www.salzburg.info
Par tél. : 0811 60 10 60 (appel tarif local)
Mail : vacances@austria.info

Jürgen Flimm a choisi des thématiques (« Le côté nocturne de la raison », « Car l'amour est aussi fort que la mort ») pas toujours lisibles. Quelques réussites (Don Giovanni mis en scène par Claus Guth), de vrais ratés (Der Freischütz), une ouverture en tous sens avec des inédits locaux, mais aussi l'impression qu'on monte les spectacles pour les vedettes du moment (le couple Villazon-Netrebko, aussi vite défait que monté) plus que pour des raisons philosophiques. Le problème des chefs demeure toutefois récurrent. Symptôme : fin avril, seul le Fidelio concertant de Barenboim est complet sur Internet ! Certes, la crise est là, mais le public élitiste qui est revenu se rassurer à Salzbourg est-il mûr pour une reprise d'Armida de Haydn, ou pour quatre Al gran sole de Nono ? On ne l'effrayera pas en tout cas avec des créations lyriques, toujours aussi rares : Cronaca del Luogo de Berio remonte à 1999, L'Upupa de Henze à 2003. Mais aussi, comment gérer la commande quand les directeurs ne durent guère ?

Côté production, réduction drastique des ambitions (4 nouvelles productions, 2 reprises), et des noms qu'on croise aussi partout ailleurs : Guth, qui continue son exploration des grands Mozart, Loy, Mitchell, Flimm lui-même. Ce qui n'empêche pas la politique de la nouveauté à tout crin, sans s'appuyer sur un fond de répertoire solide et vendu d'avance, défaut universel aujourd'hui.

Certes, il est loin le temps où l'on allait à Salzbourg (lire l'article) pour voir et revoir L'Enlèvement de Strehler de 1965 à 1975, Les Noces de Ponnelle qui tinrent de 1972 à 1980, ou sa Flûte répétée de 1979 à 1985. Seules Les Noces de Guth sont un des spectacles de référence récents (photo ci-dessus).
Et les distributions ne sont pas plus ébouriffantes. De grands noms, mais cela fait longtemps qu'il n'y a plus rien de ces équipes qui firent le renom du festival cinquante ans durant. Voyez la distribution du Moïse de Rossini cet été !

Quel sens donner aujourd'hui à un festival de prestige, quel public lui attacher, comment le distinguer de l'industrie du disque, quasi moribonde ?
Voilà ce qui attend réponse, d'urgence.

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