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Une folle ronde européenne

Les Passions et leur chef, Jean-Marc Andrieu inaugurent joyeusement l'année par une série de variations autour du thème de la Follia. Intitulée « Folies d’hier et d’aujourd’hui », cette série donnera lieu à trois représentations : la création à Montauban le 31 janvier, et deux reprises à Paris le 1er février, et à Toulouse le 2 février.

PAR Pierre-Carl Langlais | SUR SCÈNE | 17 janvier 2010
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« Il n’y a pas de musique plus agréable que les variations des airs connus », notait le moraliste Joseph Joubert.

Le chef d’orchestre des Passions Jean-Marc Andrieu ne le contredirait pas. Son premier concert de l’année 2010 déploie en effet une série de variations sur le thème de la Follia. C’est là l’un des aboutissements d’une sixième saison, notamment marquée par une interprétation mémorable des Lamentations de Jean Gilles.

Intitulée « Folies d’hier et d’aujourd’hui », cette série donnera lieu à trois représentations. La création mondiale aura en effet lieu au théâtre de Montauban, le dimanche 31 janvier à 18h. Une édition parisienne prendra place le lundi 1er février à l’Archipel à 20h30, et une édition toulousaine à la Chapelle Sainte-Anne, le mardi 2 février.

Qu’est-ce que la follia ? Un thème musical réparti sur huit mesures, qui apparaît au Portugal au début du XVe siècle. Associant un rythme marqué, et une structure harmonique simple, ce thème se prêtait à toutes sortes de variations. Des Libro primo d'intavolatura di chitarone de Kapsberger (1604), à la Rhapsodie espagnole de Franz Liszt, il séduisit plus de cent-cinquante compositeurs. Aussi bien l’honnête homme du siècle de Louis XIV que le mélomane des Lumières eurent constamment à l’esprit ce lointain ancêtre des « tubes ».

Si la fortune de ce motif s’étendit sur près de deux siècles et demi, l’épicentre de sa popularité se situe au début du XVIIIe siècle. Faisant face à de multiples recompositions artistiques et sociales, les musiciens du premier XVIIIe siècle renouent en effet avec le passé. En s’appropriant la Follia, ils cherchent à ressusciter qui la renaissance italienne, qui le siècle d’or espagnol, qui le grand siècle français. De ce temps musical troublé, Jean-Marc Andrieu possède une connaissance intime, qu’illustre ses interprétations de Jean Gilles, de Campra, ou de Levens. Dans un entretien accordé à Qobuz en septembre dernier, il mettait d'ailleurs en évidence son souci de recréer une temporalité musicale : « J’essaie en effet de faire voyager l’auditeur dans le temps, au travers d’œuvres qui appartiennent à des problématiques historiques précises ».

Servies par des interprètes idoines, les « Folies d’hier et d’aujourd’hui » dépeindront un vivant tableau musical de l’Europe des Lumières naissantes, de la Frühaufklarung. Le violoniste Flavio Losco inaugurera cette série de variation par la sonate pour violon « la Follia » d’Arcangelo Corelli (1700) — une œuvre empreinte d’une élégante solennité bien dans l’esprit du siècle d’or espagnol. Traversée par une mélancolie cristalline, quasi racinienne, les Folies d’Espagne de Marin Marais (1701) seront interprétées par Etienne Mangot.

Les deux dernières variations, « La Follia » de Vivaldi (1705), philosophique et méditative, et le Concerto grosso n°6 de Francesco Geminiani (1726), ample et optimiste, seront quant à elles arrangées pour flûte à bec, cordes et basses continues par Jean-Marc Andrieu. Fidèle à l’esprit d’improvisation qui anime ces variations, le chef d’orchestre des Passions en donnera une lecture personnelle, nourrie par son expérience de flûtiste.

Cette série pourrait s’arrêter là : que dire encore de ces huit mesures ? En guise de conclusion, les Passions interpréteront pourtant une variation composée en… 2010. Répondant à l’invitation de Jean-Marc Andrieu, le compositeur Thierry Huillet a en effet élaboré un ouvrage de commande. Écrite pour des instruments anciens, mais conçue dans un esprit moderne, cette ultime Follia soulève des interrogations universelles : le thème de la follia dépend-il exclusivement des structures sociales et mentales propres aux temps des Lumières ? Ou, au contraire constitue-t-il un motif universel ? Thierry Huillet prend, sans ambages, parti pour la seconde alternative : « L’abolition du décalage temporel est une belle idée artistique et philosophique ». On ne saurait mieux dire…

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