La Méditerranée sacrée de Joël Suhubiette
Méditerranée sacrée : ainsi s'intitule le nouveau projet de Joël Suhubiette et de sa formation le Chœur de chambre les éléments. Cette fédération de chants sacrés grecs, hébreux, araméens, arabes et latins deviendra un disque à la fin de l'année. Avant cela, ses interprètes le représenteront à trois reprises : le 22 avril à Perpignan et les 8 et 9 novembre à Toulouse.
Joël Suhubiette possède ce don rare d’être actuel par anticipation. Conçu dès 2009, son programme « Méditerranée sacrée » paraît aujourd’hui plus présent que jamais. De la Place Tahrir à Benghazi en passant par l’Italie, l’Espagne et la Grèce en crise, l’espace méditerranéen revient en force sur l’agenda politique et culturel mondial. Longtemps séparées, rives nord et rives sud se rapprochent et redécouvrent une communauté de destin longtemps refoulée. Tout cela, nous pouvons le lire chaque jour dans les journaux. Nous pouvons aussi le déceler, le sentir tout au long du voyage musical proposé par le directeur du Chœur de chambre les éléments
A la fin de l'année, « Mediterranée sacrée » deviendra un disque, édité par l’Empreinte digitale et distribué par Abeille musique. Avant cela, Joël Suhubiette et les Éléments donneront ce programme à trois reprises.
D’abord le 22 avril à Perpignan, sur les bords de la grande bleue, dans le cadre du Festival de Musique Sacrée de Perpignan. Membre du réseau « World Sacred Music » et initiateur de l’Observatoire citoyen Euro méditerranéen des média, ce Festival est emprunt d’un idéal humaniste de dialogue des cultures et des religions. A ce titre, il ne pouvait être que sensible à la géographie musicale de Suhubiette.
Ensuite les 8 et 9 novembre à Toulouse à la chapelle de l’Hôtel-Dieu. Les Éléments et l’Ensemble Jacques Moderne connaissent bien cet édifice à l’acoustique réputée : ils y ont déjà enregistré le disque de septembre, avec la complicité technique du Groupe de Musique Expérimentale d’Albi (centre national de création musicale).
Ceci annoncé, appesantissons-nous un peu sur le programme. A la « Mare Nostrum », close et orgueilleuse, Suhubiette préfère la Mer-Carrefour où hommes, cultures et marchandises se croisent, se côtoient et se lient. Son programme se chante en cinq langues — hébreu, arabe, araméen, latin et grec ancien — et court de l’antiquité à 2011, sans aucun schématisme ni a priori. Paradoxalement, les textes les plus anciens ont inspiré deux créations contemporaines, inédites. Né en 1965, le compositeur grec Alexandros Markeas a élaboré ses Trois fragments des bacchantes d’après Euripide. Les Lama sabqtani de Zad Moultaka, un collaborateur de longue date des Éléments, reprend une version araméenne des Sept dernière paroles du Christ en croix.
Si dans ces deux créations, le télescopage temporel est particulièrement saisissant (des contemporains mettant en musique des mots vieux de vingt à vingt-cinq siècles…), il est également perceptible dans les autres pièces de « Méditerranée sacrée ». Écrite à la charnière du XVIe et XVIIe siècle la Prière aux morts ou Kaddish de Salomone Rossi entremêle des textes de deux langues mortes, l’hébreu et l’araméen. Qu’ils soient italiens ou espagnols, les chants sacrés d’Antonio Lotti (Crucifixus à huit voix), Tomas Luis de Victoria (O vo omnes) et Carlo Gesualdo (Répons des ténèbres du samedi saint) revivifient le latin de la Vulgate de Saint Jérôme.
Hier, maintenant ; ici, ailleurs : tout se choque, s’entrechoque et se répond. La Méditerranée Sacrée énonce la possibilité et l’espoir d’un échange par-delà temps et lieu. Un idéal peut-être intemporel mais, surtout, et voilà que nous revenons à notre point de départ, terriblement actuel.
Festival de Musique Sacrée de Perpignan


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