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L'église des artistes

Haut-lieu du romantisme français, l'Eglise Saint-Vincent de Paul accueille un intrigant trio. Le mardi 29 juin à 20h30, le violoniste Stéphane Tran Ngoc, le violoncelliste Mark Drobinsky et le pianiste Antoine Bouvy ressuscitent la riche tradition musicale de l'édifice parisien au travers d'un récital qui convie Bach, Beethoven, Mendelssohn et Liszt.

PAR Pierre-Carl Langlais | SUR SCÈNE | 11 juin 2010
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Sise au cœur du Xe arrondissement de Paris, l’église Saint Vincent de Paule fut l’un des centres officieux du romantisme français. Sous l’égide du mélomane abbé Bardin, elle accueillit Liszt et Chopin, introduisit Mendelssohn en France, cependant que Aristide Cavaillé-Colle y installait l’un de ses orgues mythiques.

Fidèle à cette tradition musicale, l’église continue de donner des concerts où art et foi se tendent la main. Le mardi 29 juin à 20h30 ses murs abriteront un intrigant récital de chambre. Un trio emmené par le violoniste Stéphane Tran Ngoc, le violoncelliste Mark Drobinsky et le pianiste Antoine Bouvy revisitera en musique l’illustre passé de cet édifice.

Deux pièces, non directement liées avec ces lieux, permettront de poser l’atmosphère. La lumineuse sonate pour viole de gambe en sol mineur BWV 1029 de Bach éclairera l’église de chaudes couleurs italianisantes. La sonate pour violon et piano « Le Printemps » de Beethoven est de son côté imprégnée d’une atmosphère non pas printanière (le surnom « printemps » fut en effet commis par un éditeur quelque peu philistin), mais rêveuse. C’est un peu la contrepartie mineure et nocturne, d’une sonate de Bach solaire.

Les deux œuvres suivantes dessineront tout un faisceau de réminiscence, où harmonies et lieux s’entremêlent dans de communs souvenirs.

Le trio Op. 49 de Mendelssohn a été composé en 1839. Sept ans plus tôt l’abbé Bardin organisait en présence du compositeur la création parisienne du Quatuor en la mineur Op. 13. De cette création, Mendelssohn avait gardé des souvenirs mitigés : « Au dernier morceau, mon voisin me tire la manche et me dit : - Il a cela dans une des symphonies. - Qui ? demandai-je assez inquiet. – Beethoven, l’auteur de ce quatuor, me répondit-il d’un ton important. Cela fut pour moi une douceur pleine d’amertume ». Ecrivant son trio, le Mendelssohn de 1839 devait certainement songer à son quatuor et à l’accueil qui lui avait été réservé. De telle sorte que, s’accordant avec leur environnement, les instrumentistes dévoileront à n'en pas douter certains mécanismes secrets de la création artistique.

La Vallée d’Oberman de Franz Liszt est l’une des pièces les plus connues des Années de pèlerinages. A la fin de sa vie, le compositeur hongrois en tire une transcription pour trio peu connue, Tristia S. 723. Déclinée en trois mouvements, cette œuvre déploie une élégiaque évocation du temps passé : la musique est la même mais dépouillée et approfondie par l’expérience et le regret. A noter que nous n’aurions ni Tristia, ni la Vallée d’Obermann sans l’intuition du père Bardin, qui dissuada le jeune Liszt d’entrer dans les ordres et d’abandonner, ce faisant, une carrière musicale: « l’abbé Bardin, assez amateur de musique, tint peut-être trop compte de ma petite célébrité précoce, en me conseillant de servir Dieu et l’Église dans ma profession d’artiste. »

Cet excellent programme sera animé par trois interprètes non moins excellents.

Violoniste de renommée internationale, Stéphane Tran Ngoc émerveille tout aussi bien les mélomanes de Paris (« une révélation, un bonheur », selon le Monde) que de Washington (d’après le Washington Post, « il a cette qualité magique où l'instrument devient une extension continue de l'esprit »). Sa gravure des Sonates pour violon seul d’Ysaÿe et sa création de la sonate pour violon et piano de Serge Gregg comptent parmi les références discographiques de ces vingt dernières années.

Sans conteste l’un des plus grands violoncellistes de notre temps, Mark Drobinsky suivit un itinéraire musical singulier. D’origine russe, il perfectionne son instrument auprès de Mstislav Rostropovitch. Nommé professeur de l’Institut de Gnessin il quitte néanmoins l’URSS dès 1974, et s’installe à Paris. Se passionnant aussi bien pour le répertoire classique que moderne il crée et interprète des œuvres de Milhaud, Mozart, Chostakovitch, Dutilleux, Biarent ou Schnittke. Constamment en tournée de part le monde, Drobinsky a collaboré avec Martha Argerich, Renaud Capuçon ou Lilya Zilberstein.

Le pianiste Antoine Bouvy complète cet admirable tableau harmonique. Ancien élève de Lazar Berman, il a développé un jeu subtilement romantique, aussi précis que libéral. Passant une partie de ses études à Riga, il joue un rôle-clé d’intermédiaire entre cultures française et lettone. Rôle que soulignent ses enregistrements réalisés pour la Radio Nationale de la Lettonie, ou la fondation du Trio Fractal, ensemble franco-letton créé en 2006. Également chef de chant, il s’est investi dans des productions vocales renommées, telles que les « Sept paroles du Christ » de Haydn dirigé par Laurence Equilbey.

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