L'Ensemble Sagittarius en Chine Charpentier à Changzhou
Il n'y a pas que les grands orchestres à se rendre en Chine. De plus en plus d'ensembles baroques y vont et trouvent un public jeune et curieux. Dernier en date : Sagittarius.
"Nous avons besoin de tels concerts", confie un adolescent en jeans, blouson et baskets. Il avoue ne pas connaître ce répertoire baroque, se dit plus familier de Beethoven et Tchaïkovski mais écoute avec curiosité toutes sortes de musiques sur disque, à la radio ou via Internet. Un autre, à peine plus âgé, tient un discours similaire et souligne le besoin d'éducation.
Photos Sagittarius www.sagittarius.fr
ACTUALITÉS
■ Le disque Les Fontaines d'Israël de Schein (Hortus/Codaex) vient de paraître.
Concerts
■ 5 juin 2010 à Nyon (Suisse)
■ 26 juin à Sauveterre-de-Guyenne
■ 8 juillet à Mortagne-su-Gironde
■ 10 juillet à Bautiran
Que vont retenir ces Chinois venus entendre Schütz, Monteverdi ou Du Mont par l'ensemble Sagittarius ? Sans doute ignorent-ils autant le nom des compositeurs que celui de l'ensemble. Pourquoi sont-ils donc venus au Grand Théâtre de Changzhou (à 140 kilomètres au nord-ouest de Shanghaï), c'est-à-dire nulle part, dans un bâtiment ultramoderne posé au milieu d'une zone périphérique plantée de tours éclairées comme des arbres de Noël ? Cela restera un des secrets les mieux gardés de cette tournée dans ce pays fascinant.
Comment alors évaluer la réception des concerts ? Le public, incroyablement jeune, reste à peu près silencieux pendant que saint Pierre renie le Christ (Charpentier) ou que Sion se dit abandonnée (Johann Hermann Schein). Mais dès l'annonce de l'entracte, la salle où s'alignent des rangées de bambins prend des airs de cour de récréation. Rien de commun avec les réactions polies et respectueuses des Japonais. Les Chinois, eux, manifestent beaucoup plus bruyamment leur enthousiasme.
Mais ne soyons pas naïfs : les auditeurs n'ont pas dû retenir grand-chose du programme conçu par Michel Laplénie, le chef de Sagittarius, et ont vraisemblablement assimilé ses différentes étapes (et langues : allemand, italien, français) en un même tout. Mais il faut bien animer des salles, superbes, à l'acoustique de rêve, tout juste inaugurées. Il faut donc créer un public, le former et diversifier l'offre. Sagittarius partage ainsi l'affiche avec des orchestres symphoniques nationaux, mais aussi l'orchestre I Musici de Montréal, les pianistes Wilhem Latchoumia et Moreno Donadel. L'époque est manifestement à l'apprentissage culturel dans ce pays qui semble en perpétuelle effervescence, avide de découverte, impatient de savoir.
Le conservatoire de Wuhan, ville industrielle étalée le long du fleuve Yang-tseu-kiang jumelée avec Bordeaux, un des soutiens de Sagittarius, compte ainsi six mille étudiants, dont mille deux cents chanteurs. Là, les musiciens de Sagittarius auditionnent et prodiguent quelques conseils à de jeunes apprentis baroqueux qui confondent encore Haendel avec Puccini, chantent parfois de façon trop scolaire ou ne portent pas assez d'attention au sens du texte. Mais peu importe, cela s'apprend. Et ces jeunes apprendront vite. Vite semble en effet le tempo sur lequel le pays a choisi d'avancer, droit devant, sans consulter le rétroviseur, au risque de défigurer des villes où les notions d'urbanisme et d'harmonie semblent définitivement sacrifiées ou réservées à quelques monuments significatifs tels opéra, aéroport, siège de la télévision.
Que peut espérer dans l'immédiat un ensemble comme Sagittarius, spécialisé dans un baroque exigeant ? Pas de Haendel, de Vivaldi, ni même de Bach (ah ! si, un motet de l'oncle Johann Christoph) pour griser les foules ou faciliter le contact. D'où vient d'ailleurs l'idée de cette entreprise a priori hasardeuse ? Sagittarius doit sa venue en Chine au Beijing Forbidden City Concert Hall (salle de concert de la Cité interdite à Pékin) et à un contact privilégié avec un ami chinois qui étudia en France, notamment à Bordeaux, et fréquenta l'ensemble. Chaque saison, la salle organise une semaine de musique ancienne durant laquelle se sont déjà produites des formations tels le Concerto Köln, La Petite Bande ou Tafelmusik. Pour l'occasion, Michel Laplénie — qui a fondé Sagittarius en 1986 après avoir activement participé aux débuts des Arts florissants et de l'ensemble Clément Janequin — a choisi un beau programme européen concentré sur ce XVIIe siècle qui va si bien à ses musiciens.
Si le programme devait refléter l'activité du groupe, il devait aussi pouvoir voyager facilement. Il n'y aura donc pas de clavier, clavecin ou orgue pour la basse continue, mais un théorbe (Damien Pouvreau) et une basse de viole (Julia Giffrin). Et six chanteurs "pour la polyphonie" : deux sopranos (Sophie Landy, Sophie Pattey), un alto (Pierre Sciama), deux ténors (Christophe Lejeune, Olivier Fichet) et une basse (Nicolas Rouault).
On aurait tort d'assimiler les chanteurs à des gosiers : ce sont plutôt des ventres. La peur de manquer d'énergie les tracasse autant que la crainte de prendre froid. La tournée soumet, il est vrai, le musicien à de rudes contraintes. Des départs aux aurores, des heures passées dans les transports (car, train, avion), une forte amplitude thermique (près de 30° C à Shanghaï, -5° C à Pékin !), la nécessité de répéter avant chaque concert "pour cerner l'acoustique et obliger les musiciens à se concentrer après tous ces déplacements", précise Michel Laplénie.
Mais l'optimisme du public et la découverte d'un pays fascinant mais dur font vite oublier la fatigue ou la journée entière passée dans l'aéroport de Shanghaï à cause d'une tempête de neige paralysant celui de Pékin. Est-ce alors en Orient qu'il faudra aller chercher le futur public de la musique classique ? La Chine veut très manifestement inscrire la culture dans son développement. Elle vient ainsi de nommer Michel Plasson à la tête de l'Orchestre symphonique national de Chine et multiplie les invitations d'ensembles occidentaux. Manifestement, la flèche du Sagittarius, telle une boussole, indique la bonne direction. Pourquoi ne pas la suivre ?
Fil d'actualités
-
00:05Qobuz | Sur les traces d'Amalia...
-
hier
-
hierQobuz | Alexander le Bienheureux
-
hier
-
hier
-
jeu.Qobuz | Archie birthday !
-
mer.
-
mer.
-
mer.
-
mer.Qobuz | La Roque d'Anthéron au sommet
-
mer.
-
mer.Qobuz | Parlez-vous Françaix ?
-
mar.
-
mar.Qobuz | Bee Gees aphones
-
lun.Qobuz | Une pause Café-Qobuz à Musicora
-
lun.
-
lun.Qobuz | Teodora Gheorghiu en récital
-
lun.
-
lun.
-
lun.
-
lun.Qobuz | QIBUZ / Lundi 21 mai 2012
-
lun.L'Express | Robin Gibb, le chanteur des Bee Gees, est mort
-
lun.L'Express Styles | Coup de cœur pour Nick Waterhouse
-
lun.Qobuz | L’âme à deux
-
dim.L'Express Styles | "Shape Shifter", le 36e album de Santana !
-
dim.L'Express Styles | Le crooner Richard Hawley signe son grand retour
-
dim.
-
dim.
-
dim.Qobuz | Rose algérienne
-
dim.L'Express Styles | 2 choses à savoir sur "MA" de Ariane Moffatt







