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Gian Carlo Menotti de retour à l'Opéra

Un grand opéra, La Sainte de Bleecker Street, à Marseille (12 au 19 février 2010), deux opéras bouffes, "Amelia al ballo" et "Le Téléphone", à Tours (2 février) annoncent-ils le retour en grâce de Gian Carlo Menotti, compositeur étrange, célèbre et un peu marginal ?

PAR Gérard Mannoni | SUR SCÈNE | 4 février 2010
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Classica


Le compositeur qui aimait faire tourner les tables

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Né en 1911 en Italie, formé aux États-Unis, mort en 2007 à Monte-Carlo, Menotti a traversé la vie lyrique du XXe siècle en toute liberté, préférant les racines d'une tradition vériste teintée d'américanisme aux chemins plus hardis de la seconde école de Vienne. Également librettiste — y compris pour son ami Samuel Barber — et metteur en scène — Rolf Liebermann lui confia même La Bohème à Garnier en 1973 —, il avait fondé le Festival des Deux Mondes d'abord en Italie, à Spolète, en 1956 puis aux États-Unis en 1977.

Séduisant, inquiétant, il aimait faire tourner les tables et habitait à Spolète un palais historique plein de recoins sombres, de toiles de maîtres, d'éphèbes et certainement de fantômes.

Sa trentaine d'opéras — l'essentiel de son œuvre — est d'une fascinante diversité, comédie débridée dans Amelia va au bal, drame social quasi pamphlétaire dans La Sainte de Bleecker Street, peinture de mœurs dans Le Consul, dérives vers le paranormal avec Le Médium. Richesse et complexité d'une écriture orchestrale généreuse, ample expression vocale facilement émotionnelle : ses opéras sont écrits pour les chanteurs et non contre eux.

L'Opéra de Marseille, qui avait déjà remis à l'honneur sa Maria Golovine, confie à Stephen Medlaff La Sainte de Bleecker Street (voir la distribution), créée en 1954 à Broadway. Au-delà de l'anecdote mystique et sanglante d'un drame familial dans le quartier de Little Italy à Manhattan est illustré le thème très actuel de la difficulté d'intégration des populations immigrées. Voulant se fondre dans la civilisation de son pays d'accueil, pris au piège entre le mysticisme exacerbé de sa sœur Anina et son milieu familial ancré dans la tradition italienne, Michele en viendra à tuer la femme qu'il aime. Une musique flamboyante, incandescente, très théâtrale, se développe en nombreux airs, dialogues, ensembles, chœurs sacrés et profanes.

Contraste total avec les opéras bouffes montés par Éric Vigié à l'Opéra de Tours. Créé en 1937, premier opéra de Menotti, Amelia al ballo raconte de manière burlesque comment la belle Amelia élimine mari et amant, se servant du second pour envoyer le premier à l'hôpital, puis du commissaire de police pour expédier le second en prison, et parvient à ses fins : aller au bal le soir... avec le commissaire. Une musique tonique et colorée à l'Offenbach. Même veine pour Le Téléphone, créé en 1947 en lever de rideau au Médium. Amoureux de Lucy qui bavarde sans arrêt au téléphone avec ses copines, Ben, après de vaines tentatives pour lui parler, finit par l'appeler d'une cabine téléphonique pour la demander en mariage. Rôle orné pour Lucy, orchestration inventive, un petit chef-d'œuvre d'humour musical un tantinet misogyne. De quoi donner au public l'envie de redécouvrir d'autres partitions aussi fortes que le rigoureux Consul ou l'opulent Goya.

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