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Cendrillon à l'Opéra-Comique

Marc Minkowski et Benjamin Lazar montent Cendrillon, la version lyrique du conte de Perrault que Massenet composa pour l'inauguration de la Salle Favart. À ne pas manquer. Du 5 au 15 mars 2011 à l'Opéra-Comique.

PAR Gérard Mannoni | SUR SCÈNE | 3 mars 2011
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Classica

CENDRILLON ET LA FÉE ÉLECTRICITÉ

Marginale mais passionnante, la Cendrillon de Massenet revient Salle Favart, où elle fut créée en 1899. Le librettiste Henri Cain, alors directeur de l'Opéra-Comique, s'était inspiré du conte de Perrault pour cette commande faite au compositeur, qui s'était déjà illustré dans le merveilleux et le fantastique, alors à la mode, avec notamment Esclarmonde. Le livret est dans l'ensemble fidèle au conte et la musique, aussi franche que complexe, alternant humour et profondeur, fait de cette partition l'opéra-féerie le plus accompli.

Au pupitre de cette nouvelle production, Mark Minkowski en parle en amoureux passionné : " Un chef-d'œuvre absolu et méconnu de la musique française ! Comparable à Carmen, Manon, Faust. Massenet a conçu une œuvre lyrique presque impossible à définir, une mosaïque entre Mucha et Lalique, incroyablement "pré-Pelléas", avec du Ravel et du Tchaïkovski en fusion. L'orchestration est d'un raffinement incroyable, avec une telle émotion, de tels contrastes ! " Il souligne aussi que l'écriture vocale est bien caractérisée pour chaque personnage " pour que ce soit un livre d'images sonore ", avec un choix de voix de femmes clairement défini, du colorature lyrico-dramatique de la fée au contralto de Madame de La Haltière, en passant par le soprano central de Cendrillon et le mezzo du Prince. Celui-ci " est un vrai rôle de travesti, comme le Pelléas de Maeterlinck que jouait Sarah Bernhardt, mais aussi dramatique, sanguin, sensuel que Charlotte ".


LUCIOLES, PAPILLONS

Pour son travail de mise en scène, Benjamin Lazar n'a pas manqué non plus de sources d'inspiration : " C'est d'abord une œuvre où le XIXe siècle regarde le passé des XVIIIe et XVIIe siècles : Molière y est omniprésent. Le costume des deux sœurs ressemble beaucoup à celui du Bourgeois gentilhomme : on y trouve également des médecins et des maîtres à danser. Quelle belle définition de l'opéra comme lieu du merveilleux, comme dans l'Encyclopédie de Diderot, où le mot "merveilleux" est associé au mot "opéra" !"

L'Exposition universelle de 1900 allait par ailleurs donner la vedette à l'électricité, qui était déjà la grande nouveauté de l'Opéra-Comique, tout juste reconstruit et inauguré. " Elle y remplaçait le gaz, moins malléable pour les effets de lumière. D'ailleurs, si chez Perrault les animaux magiques de la fée sont des crapauds et des lézards, chez Massenet ce sont des lucioles, des phalènes, des papillons, un univers de miroitement, de légèreté, la fée étant à l'évidence une incarnation de cette nouvelle lumière. Mais l'électricité est féerique et inquiétante, car elle n'est plus une lumière créée à la maison. Elle vient d'un lointain mystérieux. D'ailleurs, la fin n'est pas optimiste comme chez Rossini. C'est plutôt une espèce de rupture, dans une tonalité douce-amère."

Cendrillon va-t-elle enfin connaître le destin qu'elle espère et mérite ?



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