
"Cum grano salis, première"
En ce début d'automne, les réjouissances commencent avec Alexandre Tharaud (VIRGIN) qui fait revivre l'ambiance du Boeuf sur le toit, lieu mythique des années folles parisiennes. Entre dix-sept et vingt-quatre heures, on avait le choix entre dix choses passionnantes, il n'y avait pas assez de vingt heures par jour pour tout ce qui s'offrait, notait Jean Wiener. Une belle découverte aussi que ce mystérieux compositeur italien, Agostino Steffani, grâce à cette extraordinaire découvreuse qu'est Cecilia Bartoli. Son album, Mission (DECCA), regorge d'airs tendres ou virtuoses d'une beauté à couper le souffle. Marc Minkowski signe une superbe intégrale des Symphonies de Schubert (NAÏVE) avec ses Musiciens du Louvre-Grenoble. Sa direction est souple, enthousiaste et juvénile. Une aubaine à écouter sans modération, surtout les premières symphonies, rarement jouées en concert, tellement empreintes des influences bénéfiques des frères Haydn (le jeune Schubert révérait particulièrement Michael) et de Mozart.
Autre bonne surprise avec ce double CD consacré à Stefan Zweig le musicien (DGG). Une belle entrée en matière pour ceux qui veulent entrer dans l'univers singulier du grand auteur allemand. Calez-vous bien au creux d'un confortable fauteuil en lisant Le Monde d'hier, livre essentiel de Zweig pour bien comprendre les mécanismes du déclin de l'occident après 1914, tout en écoutant sur Qobuz cet album qui suit les passions musicales de l'écrivain, même si le choix des interprétations est discutable puisqu'il manque son grand ami Bruno Walter. Affaire de label sans doute...
Cum grano salis disaient les Romains. Le sel met du goût dans nos aliments, il peut aussi conserver, brûler. Dans un sens métaphorique il peut être le sel de l'esprit; mettre du sel dans la conversation. Tu mets ton grain de sel partout ! me disait mon père. Je vais donc continuer en le mettant au service de l'univers de l'actualité du disque, virtuel en ce qui nous concerne. Souligner les nouveautés marquantes, les rééditions bienvenues, dénoncer les impostures et les disques inutiles d'une manière évidemment totalement subjective, voilà qui alimentera une sorte de baromètre des émotions que j'ai envie de partager avec vous.
Dans la morosité qui est la nôtre il est tout de même réjouissant de constater l'éternel printemps de l'enregistrement. Sur le plan de l'édition, le domaine classique se porte plutôt bien, vu l'impressionnante quantité de nouveautés qui tombent quotidiennement sur votre site préféré.

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