• Être fidèle à la musique | 

Un grand disque Falla par Javier Perianes

Toute l'Espagne à travers Manuel de Falla et le pianiste espagnol Javier Perianes qui lui consacre son dernier disque. Rencontre.

PAR Stéphane Friédérich | RENCONTRES | 7 octobre 2011
Réagir
Classica

La notion d'école espagnole du piano signifie-t-elle quelque chose pour vous ?
— J'ai travaillé notamment avec Lucio Munos, Josep Colom, mon professeur, et rencontré Alicia de Larrocha et Joaquim Achucarro, entre autres, mais j'ai du mal à répondre à votre question. En effet, paradoxalement, c'est la musique française (Debussy et Ravel) que j'ai étudiée avec Josep Colom, puis Haydn et Beethoven avec Alicia de Larrocha. Qu'est-ce qui caractériserait leur style, leur technique et révélerait qu'ils sont espagnols ?

Faut-il être espagnol pour bien jouer la musique de votre pays ?
— Évidemment non. Je ne dirais pas la même chose de la musique russe. Mais, après tout, un pianiste russe pourrait vous faire la même réponse ! Mieux encore : imaginez le plus espagnol des musiciens espagnols, Manuel de Falla. Dans "En el Generalife", le premier mouvement des Nuits dans les jardins d'Espagne, il évoque la ville de Grenade sans jamais y être allé ! Comment est-ce possible ? En Espagne, on dit de Falla, qui résida plusieurs années en France, qu'il fut le plus grand compositeur espagnol... parmi les compositeurs français !

Comment définiriez-vous l'œuvre pour piano de Falla ?
— Il y a trois périodes de création différentes. La première est marquée par des pièces influencées par Chopin, Schumann et Grieg. La deuxième est celle des paysages, des danses, dont l'une provient par exemple de Cuba. La dernière période est celle de Pour le tombeau de Paul Dukas... La Fantaisie bétique est à mes yeux la pièce la plus fantastique de tout notre répertoire national, plus encore qu'Ibéria d'Albéniz. Elle représente "toute" l'Espagne. Mais elle symbolise aussi une rupture entre deux époques. Falla l'avait dédiée à Arthur Rubinstein. Celui-ci la joua en tournée aux États-Unis, mais plus par la suite. En réalité, il espérait que Falla allait lui offrir le même type de partition brillante que Stravinsky avec les Trois Pièces de Petrouchka. Mais il prétexta auprès de Falla qu'il se sentait mal à l'aise pour restituer toute la dimension du flamenco. Il est vrai toutefois que la Fantaisie bétique, pièce d'une difficulté incroyable, synthétise la culture populaire et la musique savante. Savez-vous que Falla essaya d'organiser un concours de flamenco ? Évidemment, il n'est pas nécessaire de connaître à fond toutes les règles du flamenco pour jouer sa musique. Mais il y a des accents sur les rythmes et les dissonances qu'il faut assimiler.

N'est-il pas étrange que Manuel de Falla, devenu dévot, ait composé des œuvres aussi sensuelles ?
— L'austérité et la sensualité sont les deux paramètres extrêmes qui coexistent dans la vie de Manuel de Falla. À la fin de sa vie, cet homme qui se rendait parfois tous les jours à l'église disait que L'Amour sorcier, partition provocatrice s'il en est, était "une musique du diable" ! Lui-même ne donnait pas de réponse à ce paradoxe de son existence.

Propos recueillis par Stéphane Friédérich

Votre avis

À découvrir autour de l'article

Fil d'actualités

Tous les Qobuz Studio Masters en promotion pendant 6 jours !

Jazz : Cap au Nord

Jusqu'au 30 juin, recevez un chèque remise de 25% pour tout achat de 25€ sur le label Naxos

Inscrivez-vous à nos newsletters