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Philippe Pierlot. Les feux de la Saint-Jean

Après un Magnificat remarqué, le gambiste et chef d'orchestre Philippe Pierlot a enregistré la Passion selon Saint Jean de Bach pour le label Mirare.

PAR Philippe Venturini | RENCONTRES | 26 juin 2011
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Classica

Quelle est la principale différence entre la Passion selon saint Jean et la Passion selon saint Matthieu, abstraction faite de la durée et de l'effectif ? La première serait-elle plus dramatique et la seconde plus contemplative ?
— Je ne crois pas car j'aurais tendance à considérer la Saint Jean plus intime. Je pense que la différence essentielle repose dans le texte. L'Évangile selon saint Jean reste plus concis, plus centré sur la figure du Christ alors que celui selon saint Matthieu se montre plus global. Mais on ne peut négliger l'intensité dramatique de ces Passions, même si Bach avait ordre de ne pas composer de la musique théâtrale, trop démonstrative.


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Pour vos précédents disques consacrés à Bach, vous avez retenu un effectif réduit. Avez-vous conservé la même configuration ?
— Oui, j'ai réuni un ensemble similaire à celui dont Bach devait disposer, avec quatre premiers violons et deux violoncelles. J'y ai inclus deux bassons et non un seul car la partition indique le pluriel en italien, et je confie la basse continue à un clavecin et à un orgue, conformément aux vœux de Bach. Le chœur se limite au quatuor de chanteurs solistes, auquel s'ajoute un quatuor de ripiénistes pour les ensembles. Mais avant tout, plus que la théorie ou l'histoire, c'est la pratique musicale qui a dicté ce choix. Il est toujours décevant de ne percevoir qu'une ligne, les trompettes par exemple dans le Magnificat, d'une musique aussi richement polyphonique. Le simple chœur introductif superpose tant de couches qu'il serait vraiment dommage de n'en distinguer qu'une seule.

Mais cet allégement de l'effectif, s'il clarifie naturellement la texture, ne risque-t-il pas d'amoindrir la puissance de la musique ?
— Non, je pense qu'un chanteur soliste dispose d'un pouvoir expressif supérieur à un quatuor. Contrairement à une idée reçue, quatre chanteurs ne permettent pas un volume sonore quatre fois supérieur à un seul. Et puis la complexité et l'exigence de la musique de Bach demandent plutôt un chanteur, voire deux, par pupitre. On a aujourd'hui tendance à idéaliser le passé, à croire que les habitants de Leipzig venaient écouter religieusement ces Passions. Comment cela sonnait-il ? Est-ce que tout le monde entendait bien ? Il est impossible de le savoir...

Vous évoquiez la recommandation faite à Bach de ne pas composer une musique trop théâtrale. Ne peut-on pourtant pas considérer ces Passions comme des opéras sacrés ?
— La forme et le langage sont identiques, c'est incontestable. Et Bach montre une volonté évidente de dramatiser le texte dans les airs.

Comment choisit-on alors l'Évangéliste ?
— C'est une partie très délicate car le ténor doit naturellement présenter les faits, suivre le récit avec une relative neutralité, mais il ne peut pas non plus rester indifférent. Il doit faire partager aux auditeurs les sentiments des personnages réunis dans ce drame.

Propos recueillis par Philippe Venturini

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