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Nathalie Baye
" Je ne pense qu'au présent "

On s'est arrêté sur dix dates. On aurait pu en choisir vingt. Depardieu, Truffaut, Spielberg, Johnny et Laura bien sûr, et son amour des planches, où elle revient dans Hiver, de Jon Fosse...
Quand Mlle Baye se raconte, c'est encore mieux que du cinéma.


PAR Géraldine Catalano | RENCONTRES | 4 novembre 2009
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1964 Mon escapade en Amérique

Jeune fille, je voulais être danseuse classique. Mes parents, au bord du divorce, décidèrent de m'envoyer un an à New York pour travailler comme baby-sitter et suivre des cours dans une école de danse. À l'époque, c'était très gonflé ! Je suis partie quasiment sans un rond, avec un anglais ultramoyen. J'ai dû me trouver un appartement, une famille, dont je suis restée très proche, d'ailleurs. Aujourd'hui encore, je suis très reconnaissante à mes parents, à ma mère surtout, de m'avoir offert cette première bouffée d'indépendance dans une période de grand désarroi dans leur vie.

1971 Mes débuts sur les planches

C'était au théâtre de la Madeleine. La pièce s'appelait Galapagos, mes partenaires Bernard Blier et un certain Gérard Depardieu, qui était alors parfaitement inconnu. Après une dispute avec le metteur en scène, Bernard avait décidé de prendre les commandes lui-même. Au début, il était très dur, et comme Gérard faisait des trucs insensés pour me faire rigoler, il s'énervait souvent. Au deuxième fou rire, il m'a même menacée de me virer ! Par la suite, il est devenu adorable. La pièce n'a pas été un succès, mais elle m'a permis de découvrir le formidable acteur qu'est Gérard, avec qui j'ai tourné quatre films par la suite : il avait déjà une aisance, une invention impressionnantes. Notre amitié est née cette année-là.


1973 Truffaut et La Nuit américaine

Je garde de notre rencontre un souvenir à la fois très précis et très flou. Mon agent m'avait signalé que Truffaut cherchait une actrice pour tenir un rôle de scripte dans La Nuit américaine. À l'époque, je ne pensais qu'au théâtre, mais j'ai tenté ma chance. J'ai fait un premier essai, qui n'a pas convaincu Truffaut. Le lendemain, on a fait une seconde lecture et il m'a dit que c'était bon... Je me souviens être sortie comme un zombie de son bureau, tout près de la rue Marbeuf. J'ai retrouvé quelqu'un qui comptait beaucoup pour moi, et j'ai fondu en larmes. J'avais l'impression de vivre un truc fou.


1982 Le Retour de Martin Guerre, l'arrivée de Johnny...

Les paysages de l'Ariège, l'histoire, l'équipe, même ma coiffe très Mamie Nova, j'ai tout aimé du tournage de Martin Guerre ! [Rires.] C'est d'ailleurs durant la promo du film que Philippe Labro m'a proposé de faire un sketch avec Johnny, pour les besoins d'une émission de Maritie et Gilbert Carpentier. Je ne voulais pas. Johnny, c'était pas mon truc...
Mais Labro a insisté et j'ai fini par céder. Le jour dit, Johnny est arrivé avec une heure et demie de retard, ce qui m'a énervée. Et puis, j'ai vu un homme tout timide, entouré de types tous plus bronzés et blonds les uns que les autres. Je l'ai trouvé très touchant, mais il m'a fallu du temps avant de tomber amoureuse. La célébrité de Johnny m'est tombée dessus d'une manière très violente, et je ne l'ai pas bien vécu. Pendant longtemps, même après notre séparation, j'ai eu l'impression de ne plus m'appartenir.


1983 Le césar pour La Balance

Le plus étrange, c'est que j'ai commencé par refuser le film. J'avais des réticences par rapport au scénario. Trois semaines plus tard, Bob Swaim est revenu à l'assaut et j'ai dit oui. Le budget était moyen et on ne s'attendait pas à ce succès colossal. Idem pour J'ai épousé une ombre, de Robin Davis. J'avais même dit à Johnny : " Fuyons le pays, j'ai tourné le bide du siècle ! ", et le film a remporté un triomphe ! [Rires.] Quant aux César, j'en garde un souvenir très flou, mais cette fois-ci, je sais pourquoi. Je me sentais très bizarre durant la cérémonie : peu de temps plus tard, j'ai appris que j'étais enceinte...


1983 (encore) La naissance de Laura

Un moment magique, bien sûr, qui l'aurait été bien plus encore si un garde du corps n'avait pas été posté devant ma porte... J'avais peur qu'on me vole mon bébé, c'était à ce point-là !
La maternité rend la vie moins légère, mais tellement plus belle et plus riche. Mon métier n'a pas compliqué les choses, du moins je ne le crois pas. Un jour Laura m'a dit : " J'ai l'impression que tu as toujours été là ", ce qui m'a beaucoup rassurée.


1999 Vénus Beauté (institut)

La fin d'une période difficile. Un acteur qu'on n'appelle plus n'est plus rien... Je crois être assez vaillante, et très lucide sur ce métier, où il est impossible de se projeter vers l'avant. J'aime le passé, et je ne pense qu'au présent. Pendant mes années de creux, j'ai surnagé. Et puis il y a eu Un week-end sur deux, de Nicole Garcia, et bien sûr, Vénus Beauté, de Tonie Marshall. Le tournage n'a pas été simple. Nous étions nombreux, Tonie est une réalisatrice très anxieuse. Mais j'adore ce personnage et j'adore le film. Depuis, chaque fois que j'entre dans un salon d'esthétique, j'ai envie de rire !


2003 L'expérience Spielberg

Même quand, comme moi, on n'a jamais nourri de rêve américain, Hollywood est impressionnant. L'équipe de Arrête-moi si tu peux était colossale, mes partenaires [NDLR : Christopher Walken, Tom Hanks, Leonardo DiCaprio] des très très grands. Mais dans les moments de pure créativité, je peux vous assurer que Spielberg se montre comme les autres : il angoisse quand ça ne fonctionne pas, éclate de rire et vous prend dans ses bras quand il est heureux. Il est comme nous tous : un artisan.


2007 Mère abusive dans Mon fils à moi

Je ne connaissais pas le réalisateur [NDLR : Martial Fougeron] mais ce rôle d'une mère qui aime trop et mal m'a paru très fort. Il aurait pu m'effrayer, mais j'étais prête. Ce genre de femme dérangée existe, j'en ai parfois rencontré. Jouer ce genre de personnage, c'est aussi le dénoncer.


2009 Retour sur scène dans Hiver
Théâtre de l'Atelier jusqu'au 31 décembre 2009

J'ai commencé par le théâtre et ne l'ai jamais vraiment quitté. Cette pièce, je la trouve très étonnante, très riche malgré une intrigue ultra épurée. Jon Fosse n'est pas l'un des auteurs contemporains les plus joués au monde par hasard. Son texte, quasiment sans ponctuation, tout en silences et en non-dits, est un pied absolu pour un acteur. J'y suis allée sans aucun calcul, juste par désir, comme j'ai toujours fonctionné. Si j'ai le trac ? Bien sûr. Et tant mieux.

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