Les légendes du piano (II)
Neuf maîtres vus par...
Les grands pianistes d'aujourd'hui marquent pour toujours les jeunes qui les ont approchés.
À la nouvelle génération de prendre la parole à son tour : voici leurs témoignages.
PAR Classica |
RENCONTRES |
18 mars 2010
Lire Les Légendes du piano (I)
DANIEL BARENBOIM
Par Claire-Marie Le Guay
Par Claire-Marie Le Guay
«Daniel Barenboim est un musicien unique : immense pianiste, magnifique chef d'orchestre, extraordinaire chambriste, admirable directeur d'opéra, homme politique engagé... Il faut souligner la richesse de son répertoire, unique de nos jours. Chez lui, l'intelligence musicale et architecturale est toujours présente. Le son, la construction et le moindre détail font sens. Travailler avec lui, c'est entrevoir une dimension musicale infinie et maîtrisée. L'écouter, c'est grandir avec lui. Avec générosité, et pour le bonheur des jeunes musiciens, il sait se rendre disponible pour écouter, connaître et guider. Cela a été le cas pour moi lorsque, après m'avoir entendue en récital à la radio, il a organisé une audition, point de départ de notre rencontre. Il transmet des clefs, autant de réponses que de questions qui en découlent. Par exemple ? Commencer une œuvre en ayant conscience de la fin de cette œuvre et du chemin que l'on veut construire pour y parvenir. Ou jouer la première note comme un objet que l'on mettrait dans une pièce vide. Ou encore penser que son bras est un archet et phraser avec cet archet comme le ferait un instrumentiste à cordes. Pour nous tous, Daniel Barenboim est l'exemple de celui qui ne connaît pas de frontière entre la vie et la scène, ni entre lui et la musique, ni entre les êtres qui partagent avec lui l'art qui fait sa vie.»
☛ ACTUALITÉ C.-M Le Guay
■ le 3 avril 2010 à Paris (Athénée)
■ les 17 et 18 avril à Boulogne-sur-Mer
Œuvres pour piano de Sofia Gubaïdulina
("CHOC" de Classica - lire la critique)
Écouter et télécharger (Disponible en qualité CD / LossLess)
MARIA JOAO PIRES
Par Shani Diluka
«Piano fermé, Maria Joao Pires pose d'abord les questions existentielles à chaque pianiste, de manière orientale et spirituelle, mais aussi socratique, où finalement le lien musical est étroitement lié au lien spirituel. Avec elle, tout est improvisation. Il m'est arrivé de monter une œuvre dans la nuit pour répondre à une demande précise pour le lendemain. Mais la richesse de Maria Joao, c'est aussi ce lien essentiel entre la musique et les arts, privilégiant les rencontres avec des comédiens, des écrivains... rencontres qu'elle prolonge dans sa fondation à Belgais, développant ainsi le paradoxe entre l'instant et l'éternel. On ressent d'ailleurs ces éléments dans ses interprétations de Chopin ou dans cette pureté brute, presque hiératique, qu'elle apporte à Mozart. Elle vit l'éphémère mais ne s'y emprisonne pas. Ce sont donc d'inestimables secrets qu'elle nous transmet, où finalement être interprète devient philosophique.»
☛ ACTUALITÉ S. Diluka
■ le 19 mars à Saint-Cosme
■ le 1er avril à Nanterre (Maison de la musique)
ALFRED BRENDEL
Par Nicholas Angelich
«Comme tous les grands pianistes, Alfred Brendel est un tissu de paradoxes, qu'on ne peut pas réduire d'une phrase ou d'un mot. Ce n'est pas qu'un pianiste "intellectuel". De toute façon, un artiste ne joue pas qu'avec la tête ou qu'avec le cœur. Ça n'existe pas ! En concert, il faisait preuve d'une conscience harmonique profonde et d'une sensibilité qui lui permettait de faire sonner son piano tour à tour comme un chanteur, un quatuor à cordes ou un orchestre entier. Comme le chef d'orchestre Wilhelm Furtwängler, il était capable de rendre la structure vivante, presque palpable. Je me souviens notamment d'une Sonate "Hammerklavier" à Paris, extraordinaire de transparence et de densité musicale. Alfred Brendel a enregistré trois fois les sonates de Beethoven dans sa vie parce qu'il ressentait le besoin intérieur très fort de dévoiler un nouvel aspect de ce monument, qui lui apparaissait plus juste avec le temps et l'expérience. L'étendue de sa culture et de sa curiosité va bien au-delà de la musique. On dit parfois qu'il a beaucoup "trafiqué" les pianos (comme l'ont fait avant lui Horowitz et Michelangeli) et il avoue avec humour avoir beaucoup usé la patience de ses techniciens. Ce n'était pas un caprice de sa part, mais une recherche inlassable de la réalisation la plus authentique possible de ce qu'il voulait obtenir et qui était le résultat d'une longue et profonde réflexion. Il cherche comme un archéologue ce que le compositeur a voulu dire, en exprimant tous ses affects, mais sans affectation.»
☛ ACTUALITÉ N. Angelich
■ le 13 mars à Paris (Théâtre des Champs-Élysées)
■ le 19 mars à Paris (Salle Pleyel)
■ le 30 avril à Perpignan
CHRISTIAN ZACHARIAS
Par Dana Ciocarlie
«Lorsque j'ai entendu Christian Zacharias pour la première fois (dans un programme Beethoven-Stockhausen), j'ai été immédiatement frappée par son jeu, son intelligence du phrasé — quelque chose de fulgurant. Puis j'ai eu le bonheur de pouvoir travailler avec lui. Quelle lumière ! Sa culture faramineuse et sa philosophie artistique vont bien au-delà de la musique. Son travail sur le son chez Schubert va très loin. Pour lui, la mélodie de Schubert est comme la face visible de l'iceberg, la partie la plus ample et étendue, que l'oreille ne perçoit pas d'emblée, tandis que l'harmonie serait sa partie immergée ; croyez-le ou non, mais cette image développe une spatialité dans sa musique tout à fait incroyable ! Au-delà de sa recherche de timbre, de poésie, au-delà de ce balancement étonnant entre son et silence, son jeu possède une vie interne exeptionnelle, un rythme parlant, ni statique ni envahissant. C'est une espèce de pulsation qui a son timing à elle et rend son jeu reconnaissable entre tous. Son art ouvre des perspectives, des horizons, des lignes de fuite qui se sont imprégnées en moi, pour porter peut-être leurs fruits dix ans plus tard...»
☛ ACTUALITÉ D. Ciocarlie
■ les 26 et 27 mars à Ivry-sur-Seine (Auditorium Artaud)
■ le 28 mars à Vendôme
■ le 4 avril à Perpignan
■ le 6 avril à Toulouse
LEON FLEISHER
Par Vanessa Wagner
«J'ai rencontré Leon Fleisher à l'Académie Ravel de Saint-Jean-de-Luz, j'avais dix-neuf ans et jouais la Fantaisie de Schumann, j'étais pleine de fougue et de passion mais je marchais à l'instinct. Je préparais des concours internationaux, j'étais dans le moule postconservatoire. Il m'a fait travailler à plusieurs reprises en canalisant mon jeu tout feu tout flamme, mais sans brimer ma nature, et m'a donné le conseil de ne pas passer de concours... que j'ai suivi à la lettre ! C'est un pédagogue comme il y en a peu, d'un charisme gigantesque, qui magnifie la pédagogie en un échange sublime. Je me rappelle m'être souvent dit qu'il pouvait transformer un bout de bois en musicien tellement sa présence aux côtés d'un élève suffisait à le transcender. Il transmet une grande humilité face à la partition, il déteste les jeux narcissiques, cabotins, les musiciens qui s'approprient la musique au lieu de la respecter. C'est un penseur, mais il évite l'écueil d'un jeu ou d'un enseignement purement intellectuel : tout est musique. Il m'a aussi beaucoup apporté par la vision "en hauteur" qu'il a du métier, lui qui a passé des moments difficiles. Il reste un modèle en tant que pianiste, musicien, un de ceux qui allient la pensée, l'analyse à un jeu sensible, vivant, émouvant, magnifique...»
☛ ACTUALITÉ V. Wagner
■ les 11 et 14 mars à Paris (Cité de la musique)
■ le 30 mars à Thionville (Théâtre)
■ le 15 avril à Paris (Opéra-Comique)
GRIGORY SOKOLOV
Par Alexandre Tharaud
«La première fois que je suis allé l'écouter en concert (à Toulouse), j'ai été frappé par le décalage entre sa forte présence scénique, sa corpulence massive et son jeu tout en finesse. J'ai cru voir un géant qui marchait sur des verres en cristal. Son répertoire est gigantesque, comme pour la plupart des Russes. Il possède un orchestre sous les doigts et en même temps une petite voix innocente qui semble venir de l'enfance. Il est capable de créer un rapport d'une grande intimité avec chaque auditeur, même dans une salle de 3 000 personnes, en allant chercher le son au fond de son ventre. Je me sens très différent de lui, mais c'est pourtant cette qualité que je recherche aussi. Sokolov me convainc totalement avec des options qui sont à l'opposé des miennes. Son jeu a une voix d'opéra, j'aime sa voix et par-dessus tout son timbre. Il fait chanter et parler le piano comme les grands pianistes du passé. La moindre note, le moindre contre-chant est timbré. Il a une technique qui n'appartient qu'à lui. Avec des hauteurs de poignets très différentes : quelquefois un poignet très haut à une main et très bas à l'autre... Cela donne des effets sidérants et des sonorités extraordinaires. Lorsqu'il salue, il a une main derrière le dos, comme un maître d'hôtel qui apporte un plat et disparaît silencieusement.»
☛ ACTUALITÉ A. Tharaud
■ le 30 mars à Nancy (Salle Poirel)
■ le 7 avril à Paris (Théâtre des Champs-Élysées)
■ le 29 avril à Istres (Théâtre de l'Olivier)
■ le 30 avril à Draguignan (Théâtre)
RADU LUPU
Par Philippe Cassard
«À une époque dominée par l'apparence, le matraquage médiatique et le jeunisme, Radu Lupu représente une sorte de d'ovni bienfaisant. Que ce grand pianiste, dans la vie si modeste, généreux et ironique, vénéré par toute la corporation des musiciens, refuse depuis dix-sept ans d'enregistrer la moindre note de musique, relève d'une démarche unique en son genre qui devrait nous rendre attentifs au message qu'il nous adresse a contrario. Pas d'interview, pas de site Internet ni de DVD, pas de photo récente, peu de concerts et de récitals en vérité (une cinquantaine par saison) auxquels n'assistent donc qu'une poignée de privilégiés de par le monde. Cette indépendance chèrement acquise, on la retrouve dans les déambulations poétiques mouvantes, imprévisibles, que sont devenues au fil des ans, loin des studios d'enregistrement, les interprétations en concert de Radu Lupu : toujours plus libres et intensément incarnées, ses sonates de Schubert ; d'une stupéfiante beauté et ô combien sensuels, ses Préludes de Debussy ; pleines de fantaisie et orchestrales, ses sonates de Beethoven ; venus du plus lointain de la mémoire, murmurés comme dans un souffle, ses Intermezzi de Brahms. Cependant, jamais l'enracinement dans la partition ne peut être pris en défaut. Et à chaque fois, une prise de parole essentielle, salvatrice, une part de la vérité de notre métier, le sens d'une quête inlassable qui ne trouve sa raison d'être que sur scène et nulle part ailleurs, si ce n'est chez soi, au travail.»
☛ ACTUALITÉ P. Cassard
■ le 30 mars à Paris (Athénée)
■ Radio : diffusion de la 200e de "Notes de traducteur"
sur France Musique le 31 mars à 9 h
Brahms : Œuvres pour piano
Écouter et télécharger (Disponible en qualité CD / LossLess)
MURRAY PERAHIA
Par Bertrand Chamayou
«Auprès du grand public, Murray Perahia a plutôt la réputation — justifiée — d'un pianiste sensible. Toutefois, ayant eu la chance de le rencontrer et de travailler avec lui (même s'il se défend de donner des cours), j'ai été frappé de découvrir qu'il aborde la musique de façon assez... cérébrale. Il se refuse à parler de doigtés, de toucher, de sonorité et d'articulations, et ne se réfère qu'à l'analyse "schenkerienne" de l'œuvre, du nom de ce théoricien viennois de la fin du XIXe siècle. Autrement dit, Perahia envisage toute partition à partir de son plan harmonique ; comme si l'on pouvait en compresser tout le schéma, la résumer en quelques accords ou moments harmoniques clés, lesquels dicteront la construction, le phrasé et les tensions dramatiques de cette pièce. C'est fascinant. Personnellement, j'ai horreur de deux extrêmes : tant le pianiste qui, sous prétexte d'apporter sa personnalité, va volontairement transgresser l'esprit d'un compositeur, ou à l'inverse la sécheresse totale sous prétexte de respect et de rigueur. Il faut avoir une approche intelligente sans s'enfermer. Opter pour un discours organique et sensible, intégré, digéré, à partir de l'analyse de la paritition. Chez Murray Perahia, l'alliance de rigueur intellectuelle absolue et de sensibilité extrême est stupéfiante, et ces qualités sont rarement alliées à un tel niveau. C'est un modèle qui m'a marqué de façon décisive.»
☛ ACTUALITÉ B. Chamayou
■ le 2 mars à Aix (Grand-Théâtre de Provence)
■ le 5 mars à Annecy
■ le 7 mars à Paris (Châtelet)
■ le 21 avril à Paris (Salle Pleyel)
César Franck : Œuvres pour piano
Écouter et télécharger (Disponible en qualité CD / LossLess)
ALDO CICCOLINI
Par Pascal Amoyel
«Un soir d'été dans une petite église. Je m'installe sur un siège avec un certain malaise. Ce malaise, je le connais bien, c'est celui de l'étudiant que je suis alors, empli d'un savoir encore trop récent. Du coup, mais je m'en rendrai compte bien plus tard, il ne reste pas même un interstice pour se frayer un chemin jusqu'à soi-même. Puis débute le concert, et c'est le choc. Un choc presque paradoxal, non celui d'un "plus" mais celui d'un "moins", provenant de la plus intime confidence. La vérité, la simplicité de l'interprétation émanent bien d'une autre source que de celle du savoir, comme de la source elle-même. Ce n'est plus le grand Aldo Ciccolini qui joue, mais juste la musique qui passe à travers lui, sans entrave. Sa grandeur, c'est de n'être plus "là". Son respect inouï du texte n'est ni une soumission servile ni un but en soi, mais la conséquence de cette transparence, vivante et fluctuante, en relation avec l'instant. Le son n'est pas beau pour lui-même, il est porté par un sens profond et mystérieux, comme essentiel pour notre condition d'être humain, et je me dis alors : "Voilà, c'est comme ça que j'aimerais jouer..." Dans une interview, Aldo Ciccolini propose une définition du "maître" à travers le récit d'un chirurgien comparant le corps à un temple. Ciccolini est un maître d'abord parce qu'il rend l'auditeur maître lui-même, le faisant retourner à son essence, à son écoute. La véritable humilité qui ressort de ses interprétations ne provient pas d'un objectif, mais de "ce qui reste" lorsque la liberté n'est pas entravée. Au fond, l'interprète tout comme l'enseignant ne transmet rien, il ne fait que révéler. Peut-être révéler le silence derrière la musique, silence qui nous constitue, dont nous sommes issus. La musique n'est pas un rêve, c'est la beauté de la réalité la plus crue...»
☛ ACTUALITÉ P. Amoyel
■ le 13 mars à Autun
■ les 16 et 17 mars à Talence
■ le 20 mars à Trappes
■ le 22 mars à Rueil-Malmaison
Télécharger en haute fidélité Daniel Barenboim sur Qobuz.com
Télécharger en haute fidélité Maria Joao Pires sur Qobuz.com
Télécharger en haute fidélité Alfred Brendel sur Qobuz.com
Télécharger en haute fidélité Christian Zacharias sur Qobuz.com
Télécharger en haute fidélité Leon Fleisher sur Qobuz.com
Télécharger en haute fidélité Grigory Sokolov sur Qobuz.com
Télécharger en haute fidélité Radu Lupu sur Qobuz.com
Télécharger en haute fidélité Murray Perahia sur Qobuz.com
Télécharger en haute fidélité Aldo Ciccolini sur Qobuz.com
Fil d'actualités
-
00:05Qobuz | Sur les traces d'Amalia...
-
hier
-
hierQobuz | Alexander le Bienheureux
-
hier
-
jeu.
-
jeu.Qobuz | Archie birthday !
-
mer.
-
mer.
-
mer.
-
mer.Qobuz | La Roque d'Anthéron au sommet
-
mer.
-
mer.Qobuz | Parlez-vous Françaix ?
-
mar.
-
mar.Qobuz | Bee Gees aphones
-
lun.Qobuz | Une pause Café-Qobuz à Musicora
-
lun.
-
lun.Qobuz | Teodora Gheorghiu en récital
-
lun.
-
lun.
-
lun.
-
lun.Qobuz | QIBUZ / Lundi 21 mai 2012
-
lun.L'Express | Robin Gibb, le chanteur des Bee Gees, est mort
-
lun.L'Express Styles | Coup de cœur pour Nick Waterhouse
-
lun.Qobuz | L’âme à deux
-
dim.L'Express Styles | "Shape Shifter", le 36e album de Santana !
-
dim.L'Express Styles | Le crooner Richard Hawley signe son grand retour
-
dim.
-
dim.
-
dim.Qobuz | Rose algérienne
-
dim.L'Express Styles | 2 choses à savoir sur "MA" de Ariane Moffatt







