Juliette Binoche
"Dix mots qui me racontent"
Sans peur, sans chichis, et surtout sans frontières... Alors qu'elle boucle au théâtre Marigny, à Paris, la tournée mondiale de son spectacle de danse, In-I, la plus risque-tout de nos actrices décline les préceptes, les joies et les ombres de sa vie d'artiste.
Certaines reçoivent en coup de vent sur le sofa d'un palace, entre deux bouchées de club sandwich à 50 €. Juliette Binoche, elle, préfère donner rendez-vous dans son pavillon de Vaucresson. Elle a raison. L'endroit est très beau, avec ses lourds fauteuils de velours rouge, sa décoration aux parfums du Maroc, ses étagères pliant sous le poids des livres d'art et des CD de musique classique. L'actrice a surtout peu de temps. Dans quelques heures, son avion doit s'envoler pour New York, où l'attendent une série de représentations de In-I, le spectacle qu'elle a créé l'an dernier avec le chorégraphe danseur britannique Akram Khan. Tant pis pour le thé à la menthe, les velours et les préludes de Bach. Tant mieux pour l'interview, qui débutera sur la banquette arrière d'un taxi pour finir, deux heures plus tard, dans la cafétéria de l'aéroport de Roissy. Une gorgée de coca, un dernier éclat de rire, et la voilà partie.
MES FILMS
1984 : Premier grand rôle et première collaboration avec André Téchiné : Rendez-vous
1988 : La reconnaissance internationale avec L'insoutenable légèreté de l'être de Philip Kaufman, avec Daniel Day Lewis
1993 : Dans Trois couleurs. Bleu de Krzysztof Kieslowski
1993 : Elle obtient l'oscar du meilleur second rôle pour Le Patient anglais d'Anthony Minghella
2000 : Dans Code inconnu, avec le réalisateur autrichien Michael Haneke, avec qui elle tournera Caché en 2005
2008 : Entre Jérémie Renier et Charles Berling, dans L'Heure d'été d'Olivier Assayas
MON UNIVERS
Mon prochain voyage
« Les montagnes de Chine. Je suis fascinée par ce pays.»
Ma mode
« Les robes d'Alber Elbaz pour Lanvin, les escarpins signés Prada, toujours chics, toujours très confortables, et les boucles d'oreilles Cartier.»
Mes dessins
« Portrait à l'encre réalisé par l'actrice issu de son recueil Portrait in-Eyes »
Mes livres
« Les Aphorismes, de Tchouang Tseu, et L'éternité n'est pas de trop de François Cheng »
Mon idole
« Bourvil, le seul acteur qui nous fait hurler de rire, mes enfants et moi. »
La danse
Pour un acteur, le rapport au corps est fondamental. Comment ne pas jouer avec lui ? Dans nos sociétés occidentales, on le dissocie de l'esprit, à tort, je crois. Les Asiatiques, eux, ne se sont jamais octroyé ce droit. En me lançant dans l'aventure d'In-I, j'ai fait preuve d'inconscience et d'un peu de bravoure. Et pourtant, je n'ai pas eu le trac : je ne suis pas danseuse, je n'avais donc rien à perdre ! Danser est une épreuve incroyablement exigeante. Au début, je manquais d'air, de confiance, j'avais mal... J'ai d'ailleurs été blessée six mois après un choc au pied avec Akram en dansant le tango. Mais le corps est plutôt bien fait. Si on l'écoute, il se transforme de manière incroyable.
Mon ordinateur
Il est ma deuxième maison. J'ai choisi de travailler à l'étranger car je n'avais pas envie de m'enfermer dans mon pays. À force de voyager, j'arrive à me sentir chez moi partout. Sans mes enfants, j'aurais une vie certainement moins casanière. Dans mes valises, j'emporte toujours les huiles essentielles de Solvarome, des livres, quelques calligraphies de mon maître chinois et, bien sûr mon ordinateur. Grâce à lui, où que je sois, je peux écouter de la musique, classer mes photos, chatter avec mes enfants. C'est comme si ma vie privée voyageait avec moi.
Le vide Je l'ai connu...
C'était à l'époque où je tournais Caché [sorti en 2005], de Michael Haneke. J'étais perdue, comme dans un désert. Je n'avais envie de rien. Le moindre effort, jouer, sortir, cuisiner, m'était devenu impossible. Je pense que j'étais en dépression. La seule chose qui m'a fait tenir, cette année-là, c'est la présence de mes enfants.
La désobéissance
Pour moi, elle est nécessaire. Quand je sens qu'un cinéaste anticipe trop sur mon jeu, qu'il me bride, j'aime bien provoquer un petit séisme pour créer une nouvelle dynamique sur le plateau. Je préfère me montrer brutale plutôt que de m'endormir. Ne pas rester à Hollywood après l'oscar [pour Le Patient anglais, d'Anthony Minghella, en 1997], rentrer en France pour tourner Alice et Martin avec André [Téchiné], ça aussi, c'était sans doute une forme de désobéissance. Je voulais dire merci à André d'avoir cru en moi pour Rendez-vous, mais j'avais aussi un peu peur du modèle très rigide de Hollywood. Je suis prête à risquer ma carrière plutôt que d'entrer dans un moule. Je n'ai jamais joué le jeu de Hollywood. Cette année, d'ailleurs, je n'y ai pas mis les pieds.
L'infidélité
Elle aussi est nécessaire. Je crois être quelqu'un de fidèle. J'ai le même agent aux Etats-Unis depuis le début, je n'en ai eu que deux ici, en France, j'ai tourné plusieurs fois avec certains cinéastes... Mais ce métier est fait de fidélité et d'infidélité. La raideur n'encourage pas la création.
Ma mémoire
Je n'apprends pas mes textes par cœur. Je les lis, les relis, jusqu'à ce qu'ils prennent racine en moi. J'ai une mémoire étrange, à la fois profonde et ultrasélective. Je vis tellement dans l'instant présent qu'il m'arrive de zapper le nom de mes anciens partenaires de cinéma, le titre de mes films, ou ceux auxquels j'ai renoncé. Un jour, Steven Spielberg m'a rappelé que j'avais refusé de tourner avec lui Indiana Jones et la dernière croisade. J'avais complètement oublié ! En revanche, je retiens toujours les mauvais souvenirs de mes tournages. J'ai par exemple vécu une engueulade mémorable avec Amos Gitai sur le tournage de Désengagement. Il nous a fallu trois heures de discussion pour nous réconcilier, mais le lendemain, on a tourné la scène qui avait engendré le conflit et c'était formidable.
Le bio
C'est à 11 ans, quand je suis partie habiter dans le Loir-et-Cher avec ma famille, que j'ai découvert qu'on pouvait se mettre autre chose sous la dent que les plats industriels dont on nous gavait dans les années 1960 et 1970. Aujourd'hui, chez moi, on mange bio, même si mes enfants s'en plaignent un peu ! [Sourire]. Ce n'est pas une religion, juste un état d'esprit.
Le rire
J'ai une grande joie de vivre. Avec mes enfants, j'adore rigoler, même s'il leur arrive aussi de se faire, engueuler. En tant qu'actrice, je ne me dis jamais : "Tiens, il faudrait que je fasse un film drôle." Cela marche au feeling avec le metteur en scène, avec l'histoire et le personnage. J'ai adoré tourner pour Danièle Thompson [Décalage horaire, en 2002], qui est quelqu'un de très doué, de très fin. Au cinéma, je souris plus souvent que je ne ris. Trop de volonté tue l'effet comique et, la plupart du temps, les ficelles sont vraiment trop grosses. Par exemple, avant de tourner Coup de foudre à Rhode Island, avec Steve Carell, j'ai vu 40 ans, toujours puceau, dans lequel il jouait. J'étais effondrée ! [Rires]. Je me suis demandé comment j'allais pouvoir travailler avec un acteur avec qui j'avais si peu d'atomes crochus. Et en fait, on s'est très bien entendus.
La critique
Je me souviens d'une mauvaise critique dans Télérama, juste après Rendez-vous. Le journaliste avait écrit que je ne serais jamais Romy Schneider. Je n'avais pas compris... Pourquoi comparer ? Je n'ai jamais cherché à copier qui que ce soit. Quand on a démarré le spectacle avec Akram, les journalistes anglais ont été durs. Il était assommé ; moi, simplement surprise. Un peu blessée aussi, forcément. Mais les critiques britanniques sont réputés pour ne pas être tendres. Avec le recul, j'ai compris que cette férocité en disait plus long sur eux que sur nous : il faut une certaine innocence pour découvrir un nouveau spectacle.
Le calme
J'aspire au calme, mais ces derniers temps, on ne peut pas dire que j'en ai beaucoup joui. Dans quelques mois, si tout va bien... Cette seule année, je suis allée en Corée, au Japon, en Chine, puis en Italie, pour tourner le film d'Abbas Kiarostami Copie conforme. Me voilà en route pour ma dernière étape, New York, avant de rentrer chez moi, à Paris. La vie d'une actrice est tellement particulière...
Fil d'actualités
-
21:44L'Express Styles | Coup de cœur pour Malia
-
20:29L'Express Styles | Alan Stivell : un "Best of" pour les 40 ans de son concert à L’Olympia
-
18:03Qobuz | Devy Erlih est mort
-
17:04
-
15:21
-
11:54Qobuz | János Sebestyén est mort
-
09:49
-
06:36
-
00:05Qobuz | Spécial Henri Sauguet (1)
-
hier
-
hier
-
hierQobuz | Maria João Pires, à la française
-
hierQobuz | Madonna chic et M.I.A. choc
-
hier
-
lun.
-
lun.
-
lun.
-
lun.
-
lun.Qobuz | QIBUZ / Lundi 6 février 2012
-
lun.Qobuz | Nuage indé
-
dim.Qobuz | Leema Acoustics Elements
-
dim.
-
dim.
-
dim.Qobuz | Tu chantes, Charles ?
-
sam.Qobuz | l'Amérique à bord du Soul Train
-
ven.
-
ven.
-
jeu.
-
jeu.Qobuz | Sauguet et le théâtre (4)
-
jeu.


