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Jean-Luc Choplin, le dynamiteur

Jean-Luc Choplin a révolutionné la programmation du Châtelet, l'ouvrant à toutes les musiques. Et le succès est au rendez-vous.

PAR Jérémie Rousseau | RENCONTRES | 19 octobre 2011
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Classica

Vous signez votre sixième saison à la tête du Châtelet. Comment la définiriez-vous par rapport aux précédentes ?

— Nous poursuivons notre travail d'ouverture sur le monde, avec peut-être une présence plus marquée de l'Amérique latine, qu'on a moins entendue jusque-là au Châtelet. Le croisement des genres qui nous est cher nous vaudra un Orlando Paladino de Haydn revisité par le plasticien Nicolas Buffe et le chorégraphe algérien Kamel Ouali et un Couronnement de Poppée de Monteverdi façon pop. Par ailleurs, je tenais à monter Nixon in China de John Adams avec de grandes voix d'opéra et à en confier la mise en scène à un Chinois.

Quel bilan tirez-vous de vos cinq années parisiennes ?

— Je suis fier des paris que j'ai faits. Présenter Stephen Sondheim aux Parisiens n'était pas évident. Quand j'ai programmé Sweeney Todd, tout le monde me traitait de fou. J'ai réussi à déjouer le sort qui régnait sur les comédies musicales, dont on disait qu'elles ne marchaient pas en France. Cela n'était tout simplement pas la période, les gens n'étaient pas mûrs, pas habitués non plus à voir des œuvres en V.O. Là, tout le monde était prêt et on l'a bien fait : ce fut une bonne conjonction. Mais je suis également fier de Monkey, Journey to the West de Damon Albarn et très fier d'avoir renouvelé le public : 305 000 spectateurs par an dans une programmation très diversifiée. Notre public vient de tous les arrondissements de Paris et non plus exclusivement des quartiers chics du Sud et de l'Ouest.





Des déceptions ?

— J'ai été un peu déçu par Les Fées de Wagner, Emilio Sagi a loupé son coup sur cette œuvre qui me semblait un magnifique divertissement. Déçu aussi par Le Messie d'Oleg Kulik, alors que ses Vêpres de Monteverdi m'avaient enchanté. Les rencontres ne se déroulent pas toujours comme on le souhaite. Mais il faut avoir une ligne et la garder.


Quels projets faites-vous pour le Châtelet et vous-même ?

— À soixante-deux ans, je suis heureux de faire ce que je fais. Je construis actuellement la saison 2014-2015. Je travaille sur un gros projet africain, mais aussi sur Moïse et Aaron de Schönberg, sur une grande collaboration avec Valery Gergiev... et sur un ou deux projets de comédies musicales qui demandent du temps. J'ai demandé à Stephen Sondheim : "À quand une nouvelle pièce ?" Côté bâtiment, nous allons restaurer et nous réapproprier l'hôtel du Palais jouxtant le théâtre, pour son 150e anniversaire en octobre 2012. De nouveaux espaces publics communiqueront avec le grand foyer et le salon Nijinski et nous gagnerons quelques studios de répétition en plus. Un chantier colossal, fortement soutenu par la Ville de Paris qui nous verse une subvention annuelle de 18 millions d'euros pour un budget total de 26 millions.


Propos recueillis par Jérémie Rousseau

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