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Le retour d'Alain Lombard ?

Avec Faust de Gounod à l'Opéra de Paris, le chef d'orchestre Alain Lombard fait son grand retour en France, lui qui a tant apporté à la vie musicale de son pays. De Strasbourg à Bordeaux, l'ancien assistant de Leonard Bernstein et Herbert von Karajan revient sur son parcours exceptionnel et les belles aventures de la musique qu'il a vécues.

PAR Gérard Mannoni | RENCONTRES | 7 septembre 2011
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Classica

LES BELLES AVENTURES DE LA MUSIQUE

 

ALAIN LOMBARD








« Je n'aime pas répéter, mais j'aime faire de beaux concerts, et quand
on ne répète pas, il n'y a pas
de beaux concerts. »

« L'expérience vous apprend à déceler les moments où l'orchestre
a besoin de vous. »

« Avec les grands chanteurs, il n'y a
jamais de problème. Il n'y en a
qu'avec ceux qui pensent être grands
mais qui ne le sont pas. »







1940
Naissance à Paris

1963
Débuts américains avec Hérodiade de Massenet

1966
Médaille d'or au concours Mitropoulos. Assistant de Bernstein à New York.

1972
Directeur musical de l'Orchestre Philharmonique de Strasbourg

1988
Directeur musical de l'Orchestre National de Bordeaux-Aquitaine, puis du Grand Théâtre (1990)

1995
Départ précipité de Bordeaux.

1999
Prend la direction de l'Orchestre de la Suisse italienne.

2011
Retour à l'Opéra de Paris avec Faust






ACTUALITÉ




FAUST à l’affiche de l’Opéra Bastille
22 & 28 septembre 2011
1er, 4, 7, 10, 13, 16, 19, 22 & 25 octobre 2011
Nouvelle production dirigée par Alain Lombard, dans une mise en scène de Jean-Louis Martinoty, avec Roberto Alagna, Inva Mula et Paul Gay dans les principaux rôles.
Renseignements : www.operadeparis.fr

En septembre, vous dirigez Faust de Gounod à l'Opéra de Paris. Cet opéra est le premier que vous ayez dirigé dans votre carrière. C'est un peu un retour aux sources...
— Je suis heureux de revenir à l'Opéra avec Faust. C'est un très grand plaisir. Je sais que l'orchestre est formidable et je me réjouis beaucoup de travailler avec lui. La distribution est idéale et Jean-Louis Martinoty est un metteur en scène très brillant et intelligent. Ce qui me fascine, c'est tout ce que je découvre de nouveau et de différent à faire avec une partition que je pratique depuis si longtemps.

Vous avez trouvé votre voie très tôt puisque vous avez dirigé vos premiers concerts à onze ans. Comment est née cette carrière précoce qui s'est ensuite développée sur plusieurs continents ?
— J'ai toujours voulu être chef d'orchestre. J'en ai eu la révélation à six ans à un concert de Paul Kletzki où m'avait invité une de mes tantes. En l'entendant et en le voyant, j'ai su que je voulais faire ça moi aussi. À cette époque, je ne vivais pas dans un milieu musical. Je n'avais déjà plus mes parents et j'étais élevé par ma grand-mère. À huit ans, j'ai commencé par apprendre le piano et le violon, puis le solfège, l'harmonie, le contrepoint et la fugue avec la compositrice et enseignante Suzanne Demarquez. J'avais une dizaine d'années quand je suis entré au Conservatoire de Paris dans la classe de Gaston Poulet. Mais j'étais encore très loin du métier de chef d'orchestre quand j'ai commencé à prendre la baguette environ un an après, deux ou trois fois par an, avec l'Orchestre Pasdeloup.

Quand les choses sérieuses ont-elles commencé ?
— Après mon bac, quand j'ai travaillé avec Ferenc Fricsay chaque fois qu'il venait diriger les Concerts Lamoureux à Paris. Je trouvais ce chef hors du commun. Je suis allé le voir. Je n'avais pas d'argent mais je lui ai demandé s'il pouvait me donner des conseils. Il a très gentiment accepté. Pendant plusieurs années, nous avons travaillé à chacun de ses passages Salle Pleyel. Il m'apprenait surtout comment résoudre des problèmes techniques, m'expliquait comment battre, écouter tel ou tel détail. C'était très différent mais complémentaire de ce que j'avais appris avec Gaston Poulet, qui était un très bon musicien mais d'une école un peu ancienne. Fricsay, lui, était très moderne, il avait une technique très nouvelle. Michel Glotz, alors directeur artistique chez Pathé-Marconi, m'a ensuite permis d'aborder la vraie carrière professionnelle en me faisant diriger une représentation-audition de Faust à l'Opéra de Lyon. C'était mon premier opéra, mais le directeur de l'Opéra de Lyon m'a engagé de 1961 à 1965, d'abord comme chef assistant puis comme chef principal. Ce fut l'occasion d'un premier contact avec tous les grands chanteurs français de l'époque, Régine Crespin, Ernest Blanc, Suzanne Sarroca.

À la même époque, vous avez fait une expérience plutôt singulière...
— En 1962, j'ai dirigé L'Opéra d'Aran de Gilbert Bécaud au Théâtre des Champs-Élysées, en alternance avec Georges Prêtre et Serge Baudo. Nous avons eu un vrai succès critique mais le public n'a pas suivi. Mais c'était important pour moi, cela me permettait de vivre et de me faire connaître. Plus important encore fut le concert que donna à Paris Charles Munch avec l'Orchestre de Boston. J'y ai découvert un monde totalement nouveau et j'ai alors décidé d'aller travailler aux États-Unis.

Comment s'est passée votre découverte du Nouveau Monde ?
— Grâce à Régine Crespin, j'ai d'abord dirigé à New York l'American Opera Society. J'en ai profité pour aller écouter tous les grands orchestres américains, Chicago, Philadelphie, New York. Ce furent autant de révélations. En 1965, mon contrat à Lyon a pris fin et je me suis présenté au concours Mitropoulos à New York l'année suivante. Je l'ai remporté et je suis alors devenu assistant de Leonard Bernstein au Philharmonique de New York pendant trois ans. Bernstein est l'un des personnages les plus humains, les plus attachants que j'aie jamais rencontré. Rien ne m'a jamais autant ému que ses interprétations de Mahler. Michel Glotz m'a aussi présenté à Karajan, qui m'a demandé de venir avec lui à Salzbourg. Là, c'était un autre monde que celui des grands orchestres américains, une occasion fabuleuse de me perfectionner au contact de cet immense chef. Karajan était la quintessence du chef d'orchestre tel que je le rêvais. Il répétait comme il fallait, sans perdre de temps, sans crier, d'une extrême courtoisie avec ses musiciens. C'était le bonheur absolu.

Les années qui suivent sont alors très riches dans tous les domaines. Quels souvenirs en gardez-vous ?
— Après le concours Mitropoulos, je suis aussi devenu directeur musical du Philharmonique de Miami de 1967 à 1975. En 1967, le directeur du Metropolitan Opera de New York m'a demandé de devenir un des chefs du théâtre. Là, il fallait servir le grand répertoire traditionnel, Faust, La Bohème, Carmen, Roméo et Juliette, et avec les plus grands chanteurs ! L'Aïda "normale" était avec Leontyne Price, Rita Gorr, Franco Corelli, Robert Merrill, Cesare Siepi. Vous imaginez les distributions ! Avec ces gens-là, on apprend en permanence. Je me rappelle qu'un jour où je travaillais Faust avec Placido Domingo, Mirella Freni et Cesare Siepi, ce dernier m'a dit en arrivant sur l'air du Veau d'or : "Là, ce doit être cruel." Je ne l'oublierai jamais.

Puis vous êtes rentré en France au moment où la vie musicale en région connaissait des bouleversements sans précédent. Que s'est-il passé ?
— C'est Marcel Landowski, qui était alors directeur de la musique au ministère des Affaires culturelles et qui faisait un travail formidable, qui m'a proposé en 1972 de diriger l'Orchestre de Strasbourg. J'ai accepté. Puis le maire de Strasbourg, Pierre Pfimlin, m'a demandé de prendre la direction du tout nouvel Opéra du Rhin qui regroupait les Opéras de Strasbourg, Colmar et Mulhouse. Il fallait produire des spectacles de très haut niveau. L'orchestre en était capable, la technique du théâtre aussi, très forte et très organisée. J'ai eu la chance énorme de commencer alors une longue collaboration avec le grand metteur en scène Jean-Pierre Ponnelle et aussi les plus grands chanteurs. J'ai d'ailleurs fait débuter Nicolas Joel, l'actuel directeur de l'Opéra de Paris, en lui confiant sa première mise en scène, rien moins que le Ring de Wagner ! Un très grand succès. Tous ces artistes ont donné à l'Opéra du Rhin un vrai niveau international

Après dix ans passés à Strasbourg, vous allez vivre ce que vous considérez comme les plus belles années de votre carrière.
— D'abord je me suis retrouvé de 1981 à 1983 à l'Opéra de Paris comme responsable de la musique dans une direction collective. Rétrospectivement, je pense que ce n'était pas ma place. L'Opéra de Paris est une machine de 1 500 à 2 000 personnes. Je suis fait pour des structures plus réduites, plus humaines. J'aime connaître les gens avec qui je travaille. C'est impossible à l'Opéra de Paris. J'ai alors dirigé un peu partout dans le monde pendant quelques années. Et un jour, en 1988, le maire de Bordeaux, Jacques Chaban-Delmas, m'a convoqué pour me proposer de prendre la direction de l'Orchestre de Bordeaux. Il me donnait carte blanche. C'est ce qui m'a convaincu. L'orchestre était bon mais il manquait de grands chefs de pupitre. Les musiciens m'ont autorisé à en recruter une quinzaine de niveau international. Bordeaux est ainsi devenu en quelques années, grâce à un travail de fou, l'une des toutes meilleures formations françaises, avec un énorme répertoire, une vaste discographie. Il y avait six cents abonnés quand je suis arrivé, quatre mille quand je suis parti, plus dix mille abonnés à l'Opéra, dont j'avais également la direction. Nous avons restauré le Grand Théâtre, rénové le Mai de Bordeaux dans toute la région. J'ai vécu là une aventure formidable dont la qualité était reconnue tant par le public que par la critique.

Regrettez-vous cette période et la façon dont elle s'est terminée ?
— Cette belle aventure a pris fin en 1995 sur la décision d'Alain Juppé, le nouveau maire de la ville. Ce fut psychologiquement difficile à surmonter. Depuis, je continue à diriger un peu partout dans le monde, avec quelques belles fidélités comme celle qui me lie à l'Orchestre de la Suisse italienne, une excellente formation.

Aimez-vous répéter ?
— Pas du tout, mais j'aime faire de beaux concerts, et quand on ne répète pas, il n'y a pas de beaux concerts. Pour les pièces de répertoire, l'expérience vous apprend à déceler les moments où l'orchestre a besoin de vous. Il est inutile de l'assommer avec des répétitions fastidieuses et inutiles. Mais si vous jouez la Musique pour cordes, percussion et célesta de Bartok, il faut répéter comme un fou car les musiciens ont besoin d'être rassurés, sécurisés.

Vous avez travaillé avec les plus grands chanteurs d'une époque mythique. Était-ce facile ?
— Avec les grands chanteurs, on n'a jamais de problème. Il n'y en a qu'avec ceux qui pensent être des grands mais qui ne le sont pas. Les vrais grands sont ouverts à toute proposition musicale nouvelle pour eux. Il y a un échange, des explications, chacun apporte sa pierre à l'édifice. Mais il ne faut pas les gêner, il faut aussi leur laisser leur liberté.

L'Asie est très à la mode. Vous avez fait récemment une tournée en Chine avec l'Orchestre des Pays de la Loire. Quel souvenir en gardez-vous ?
— Nous avons eu un succès fou là-bas. L'orchestre jouait un programme entièrement français. Quand j'étais allé en Chine avec l'Orchestre de la Suisse romande, le public ne connaissait pas encore grand-chose. Par exemple, les gens applaudissaient au milieu des mouvements. C'était un peu bizarre. Cette fois-ci, pas du tout. On voyait que le public avait beaucoup appris, qu'il connaissait ce répertoire. Une évolution qui s'est faite à une vitesse fascinante.

Le disque a tenu dès le départ une part importante dans votre carrière. Qu'en retenez-vous ?
— Le disque est passionnant. J'adore ça. Je trouve extraordinaire de pouvoir demander à certains musiciens, à des chanteurs, de prendre des risques qu'on ne peut prendre au concert. C'est une discipline énorme, une épreuve de vérité. Enregistrer un disque rend humble.

Vous dirigez un répertoire extrêmement varié. Qu'évitez-vous cependant, et reste-il une partition que vous rêvez d'aborder ?
— Je ne suis pas en phase avec le bel canto. J'aime beaucoup l'écouter mais je ne sais pas bien le faire. Par ailleurs, hormis Mozart, où pour moi Karajan reste inégalable, on ne peut plus aborder la musique ancienne et le baroque comme avant. Il faut les laisser aux spécialistes, dont certains sont excellents. Un rêve non réalisé ? La Missa Solemnis de Beethoven. Je l'ai programmée plusieurs fois mais, par une sorte de malédiction, ça n'a jamais abouti !

Propos recueillis par Gérard Mannoni

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Votre avis

Note des internautes : 01234

Publié par XIAN (294 messages) il y a 8 mois
01234 Bonjour Monsieur Mannoni !
Lecteur régulier des chroniques que vous publiez sur les divers sites où vous intervenez, je prends la liberté après lecture de ces pages consacrées à un grand chef français hélas trop oublié, de vous remercier pour la publication de cet entretien qui a le mérite de restituer de façon détaillée au lecteur la carrière de ce chef.
Une question, cependant, en vous remerciant par avance pour votre réponse : Il semble étrange qu'Alain Lombard n'évoque à aucun moment la période 2001-2003 (sauf erreur) où il a exercé les fonctions de directeur artistique de l’Orchestre Symphonique Royal de Séville.
Serait-ce une période qui ne lui laisse pas de bons souvenirs et qu'il ne tenait pas à évoquer, ou simplement un oubli ?
Au regard du détail de sa carrière qu'il évoque dans cet entretien, il serait peut-être bon de mentionner cette période.
Bien cordialement.

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