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Eric Le Sage Plongée profonde dans Schumann

Entretien avec le pianiste Eric Le Sage qui est maître d'œuvre d'une belle intégrale Schumann en 19 CD chez Alpha Production.

PAR Stéphane Friédérich | RENCONTRES | 17 décembre 2010
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Pensiez-vous dès le départ réaliser une intégrale Schumann ?
— Oui, j’aime la plongée en profondeur dans l’univers des compositeurs. Chez Schumann, c’est passionnant et enrichissant. On y parcourt le Journal intime de toute une vie, sans aucune pièce négligeable. Celles que l’on qualifiera de mineures sont émouvantes en raison des failles qu’elles révèlent.

Comment jugez-vous l’évolution de l’écriture de Schumann ?
— L’œuvre est le miroir de l’âme du compositeur. Il a composé les trois quarts de sa musique pour piano en une décennie, entre 1829 et 1839. On y découvre la passion, la générosité, l’exubérance de l’homme jeune, mais aussi le gouffre noir de celui qui, déjà, combat ses démons. Il y a des diamants solitaires, quelques quatre-mains puis, vers la fin de sa vie, un retour vers le contrepoint, celui de Bach. Dans les dernières pièces, peut-être les plus émouvantes, l’énergie vitale disparaît progressivement. L’univers poétique y transparaît, à fleur de peau.

Comment s’est organisé l’enregistrement des 19 CD ?
— J’ai planifié mon travail selon un «plan quinquennal». J’ai commencé par les œuvres que je connaissais le mieux et laissé les autres mûrir. J’ai tout joué en concert plusieurs fois afin d’éviter le risque d’une intégrale «encyclopédique» un peu aseptisée. Certaines pièces réclament une longue maturation comme la Sonate n° 3, les Geistervariationen, l’Humoresque ou la Fantaisie.

Quelle est votre méthode de travail ?
— Je n’annote pas grand-chose sur les partitions, sauf quelques indications pour la musique de chambre. J’apprends l’œuvre par cœur, puis je la délaisse et la reprends à plusieurs reprises, et cela sur de longues périodes. Un travail inconscient, mystérieux s’organise autour d’une dizaine d’œuvres.

Quelle est la part de la pédagogie dans l’oeuvre de Schumann ?
— Oubliez les Scènes d’enfants, qui sont si difficiles ! L’Album de la jeunesse est formidable. On y apprend beaucoup de figures musicales. Les conseils que Schumann adresse aux jeunes musiciens sont très judicieux.

Quels sont les interprètes du passé qui vous ont marqué dans ce répertoire ?
— Vladimir Horowitz dans les Kreisleriana, Yves Nat, Vladimir Sofronitzki et Sviatoslav Richter dans les Études op. 3, mais aussi Emil Gilels dans les Klavierstücke op. 32, puis Wilhelm Kempff dans les Scènes de la forêt, Clara Haskil interprétant les {Variations Abegg}… Maria Curcio, mon professeur, m’avait raconté qu’Artur Schnabel était mort juste avant de commencer un grand cycle consacré à Schumann. J’aurais adoré l’entendre.

Propos recueillis par Stéphane Friédérich


Voir tous les volumes de l'intégrale Schumann par Eric Le Sage chez Alpha

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