Piotr Anderszewski, un pianiste sur la route
Un double CD et un film de Bruno Monsaingeon : Piotr Anderszewski fait l’actualité ce mois-ci. Rencontre.
Quel souvenir avez-vous aujourd’hui de ce récital donné à Carnegie Hall en 2008 et qui paraît aujourd’hui ?
— Bon et mauvais. Le stress était énorme car c’était mon premier disque
«live». Il y avait ce soir-là la pression du disque, plus celle du concert, le tout dans une salle mythique. C’était éprouvant, mais j’en suis très
satisfait. Pour moi, l’idée de faire un disque «live» est de capter un événement et non une interprétation «idéale». La difficulté du métier
de pianiste vient de l’adaptation aux choses. S’adapter à un piano, à une salle, à ses propres humeurs. Le public n’est pas censé savoir quel est votre état au moment du concert. Il ne sait pas qu’on a fait ses valises, qu’on a pris l’avion, qu’on doit aussi parfois gérer les décalages horaires, etc. Et pourtant mon métier est de faire rêver les gens. Même si plus on aime une chose, plus on souffre. Ne jouer que par plaisir ou juste pour soi serait être amateur. Je dis cela sans critique. Mais jouer pour les autres est un don de soi.
Piotr Anderszewski at Carnegie Hall
Bach, Bartók, Schumann, Janácek, Beethoven
(2 CD Virgin Classics)
Écouter et télécharger
« Piotr Anderszewski, voyageur intranquille »,
un film de Bruno Monsaingeon (DVD Medici Arts)
Sortie le 18 juin 2009
Diffusion sur Arte le 15 juin 2009
On retrouve dans ce récital l’Opus 110 de Beethoven que vous avez déjà enregistré. Votre vision a t-elle changé ?
— L’interprétation, au fond, n’a pas changé. Je n’ai pas eu de révélation majeure par rapport à ce que je faisais il y a dix ans. Je pense que les choses ont juste mûri ; ça s’est arrondi. Mais vous savez, je joue de moins en moins Beethoven. Ça me fatigue. Ce n’est pas une critique, mais je suis peut-être trop vieux ! C’est une musique si abstraite, une musique d’idées. Mon rêve serait d’arriver sur scène et de jouer une des dernières sonates de Beethoven sans toucher le piano, mais cela n’est
pas encore possible ! Traduire sa pensée avec le piano est quelque chose de très compliquée.
Et Bach ?
— Je ne connais pas Bach. Je ne sais pas comment le jouer, je me débrouille. Je me suis renseigné sur les baroqueux et je fais ma propre cuisine avec cela. Il y a des musiques où l’on a compris la chose, sans vouloir être prétentieux : on sent qu’on a atteint quelque chose d’essentiel. Avec Bach, on est convaincu de quelque chose, mais ça pourrait aussi être le contraire. Il y a toutes sortes de possibilités : c’est ça qui est extraordinaire avec cette musique. Elle est éternelle, c’est une structure ouverte.
Comment choisissez-vous les œuvres que vous allez jouer ?
— C’est difficile. Mon répertoire n’est pas grand, je ne joue que des œuvres où je peux, en temps qu’interprète, apporter quelque chose de nouveau. Sans vouloir être novateur, mais plutôt en étant moi-même. Trouver ce qui vous touche au plus profond dans cette œuvre, c’est unique. Je veux en ce moment enregistrer Schumann.
On attend un deuxième film sur vous par Bruno
Monsaingeon. Pouvez-vous nous en parlez ?
— Le film est un autre mode d’expression, c’est une exigence. Celui-ci est une forme de «roadmovie», ça se passe dans un train, car j’avais fait
une série de concerts en Pologne et en Hongrie en louant un wagon. On y avait installé un piano et Bruno Monsaingeon a filmé mes méditations,
pensées ou paradoxes avec amour. C’est un réalisateur qui adore la musique et ses musiciens. Il ne fait que les choses par amour. ◆
À télécharger en haute qualité
À lire sur Piotr Anderszewski
-
Robert Schumann Humoreske, op.20 - Études, op.56 - Chants de l'Aube, op.133
-
Piotr Anderszewski, romantique absolu
-
Piotr Anderszewski Voyageur intranquille
-
Piotr Anderszewski at Carnegie Hall (Bach : Partita n° 2 - Schumann : Carnaval de Vienne - Beethoven : Sonate n°31 - Janácek : Dans les brumes - Bartók : Trois chants populaires hongrois)
À lire sur Virgin Classics
-
Les meilleures prises de son (juin 2010)
-
Ce qu'on sait (ou pas) de Gabriel Fauré
-
3 raisons d'aller voir "La Belle Hélène" à Montpellier
-
Cencic est Farnace
À lire dans la rubrique Classique
Fil d'actualités
-
00:05Qobuz | l'Amérique à bord du Soul Train
-
hier
-
hier
-
hier
-
hierQobuz | Sauguet et le théâtre (4)
-
hier
-
hierQobuz | Un Cosma symphonique au Châtelet
-
hier
-
jeu.
-
mer.L'Express Styles | Le dancefloor mélancolique de We Have Band
-
mer.L'Express Styles | Les "Old Ideas" de Leonard Cohen, le gentleman chanteur
-
mer.
-
mer.L'Express Styles | Embarquement immédiat en Limousine
-
mer.
-
mer.
-
mer.
-
mer.
-
mer.
-
mar.
-
mar.
-
mar.
-
mar.
-
mar.
-
lun.Qobuz | Les Mosaïques vont aux Champs
-
lun.Qobuz | Petrenko: musique russe à Pleyel
-
lun.Qobuz | Paavo Berglund est mort
-
lun.Qobuz | QIBUZ / Lundi 30 janvier 2012
-
lun.Qobuz | Voix sans parole
-
dim.
-
dim.

