Bach, source de paix : entretien avec David Grimal
Le violoniste David Grimal retrouve Bach pour un second enregistrement de ses Sonates et partitas.
Pourquoi enregistrer une même œuvre pour la seconde fois ?
— La première fois, c’était presque une folie, de l’inconscience. D’ailleurs, l’enregistrement fut réalisé d’une seule traite, en concert (Transart). J’avais besoin de faire le point. Donc, plutôt que de faire une psychanalyse, je me suis demandé : « Pourquoi ne pas enregistrer Bach ? » Le disque publié, j’ignore d’ailleurs si ce sera efficace ! [Rires.] Bach est incontestablement l’occasion d’un retour sur soi, sur un plan personnel mais aussi artistique – on se demande ce que signifie la musique – et bien sûr comme instrumentiste, car c’est diablement difficile. C’est une véritable cure, une gymnastique. Bach écrit comme il respire. J’ai l’impression de me ressourcer chaque fois que je le joue.
Avant d’entrer en studio, avez-vous des références en tête ?
— Non, je n’écoute rien. C’est peut-être une erreur, car après tout il y a certainement de bonnes idées chez mes prédécesseurs. Mais pourquoi
les leur chiper ? Je dois avouer que j’ai entendu récemment une version de Nathan Milstein que je ne connaissais pas, l’une de ses premières,
je pense, celle de 1956, que j’ai trouvée absolument magnifique – même si je ne joue pas du tout ainsi. Milstein est un très grand, au service
uniquement de la musique.
Quel type d’instrument utilisez-vous ?
— Je joue sur un Stradivarius de 1710, mais la question de l’instrument, des cordes et de l’archet s’est posée. C’est donc une version de synthèse de cette tradition « milsteinienne » du grand violon, mais auquel j’ai retiré le vibrato et bien d’autres choses… D’un autre côté, la
réalité est qu’on joue aujourd’hui dans de grandes salles, parfois de plus de 2 000 places, donc si je joue sur un violon baroque, il n’y a
pas assez de puissance même si c’est très beau et le public va devoir tendre l’oreille. J’utilise un archet classique, de François-Xavier Tourte, qui parle plus qu’il ne chante. Pour cette musique rhétorique, c’est idéal. Le Stradivarius est contemporain de Bach, il l’est même quasiment des œuvres, et il est monté avec des cordes en acier. J’ai privilégié la liberté
de jeu que j’obtiens avec l’acier plutôt que d’utiliser le boyau, qui ne tient pas la note. Cela m’a permis d’avoir peu de montage, de favoriser
une ligne naturelle tout en étant libéré des contingences et d’éviter de passer la moitié de l’enregistrement à changer les cordes.
L’écoute de Bach se distingue par l’évidence de ses proportions…
— L’univers est en proportion, donc une œuvre existe à travers ce savoir-faire et cette combinaison de symétries, à la fois semblables et différentes. Par exemple, il n’y a pas de thème chez Bach qui ne soit harmonique. Ainsi, j’ai travaillé l’intonation dans cette œuvre : l’organisation des sons à travers un système harmonique, précédé en cela par les « baroqueux ». Il faut faire sonner l’instrument, faire ressortir
les couleurs avec le plus de naturel possible. Le vrai tempérament, c’est peut-être d’être en accord parfait avec cette musique, d’atteindre cette paix à la fois simple, terrestre et céleste. Une célébration de la vie.
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