Angela Gheorghiu : "L'opéra, ça se mérite"
Fin 2010, son Adrienne Lecouvreur aux côtés de Jonas Kaufmann a été l'événement de la saison au Covent Garden de Londres. Dans l'entretien qu'elle nous a accordé, la soprano revient sur ce triomphe. Mais elle se raconte aussi en toute franchise, avec passion et sans langue de bois...
Vous avez été connue du jour au lendemain, grâce à une Traviata triomphale donnée à Londres en 1994. N'était-ce pas trop d'un seul coup ?
— Non. Aussi étonnant que cela puisse paraître, c'était quelque chose que j'attendais. Inconnue à l'Ouest, j'avais déjà effectué une première carrière dans mon pays d'origine, la Roumanie. J'étais également encouragée par les gens qui voyaient en moi une future diva de la scène internationale. J'y croyais ! J'ai eu la chance de finir mes études au moment de la chute du régime Ceausescu. Le pays était quasiment plongé dans la guerre civile lorsque j'ai reçu un coup de téléphone libérateur : un engagement pour l'étranger. Ensuite, il y a eu cette fameuse Traviata de Londres.
Qu'est-ce qui vous a fait choisir le chemin de la musique ?
— Ma voix, tout simplement. À l'école, elle se démarquait de celle des autres enfants par sa puissance. J'étais née pour le chant. Née pour cette vie d'artiste. C'est aussi simple que cela.
Comment vos débuts se sont-ils passés ?
— On peut remonter très loin... Jusqu'à ma petite enfance, en Roumanie. Ma sœur et moi avions fait de la musique notre gagne-pain ; nous chantions dans les villages, à la demande. Je sentais déjà que j'avais un pouvoir extraordinaire sur le public et j'adorais voir les larmes dans les yeux de ceux qui m'écoutaient. J'entendais aussi des cantatrices à la radio et je les enregistrais pour les imiter. Le chant me libérait de tout. Je n'ai donc pas décidé de devenir chanteuse, je devais être chanteuse. Je n'ai jamais douté.
ANGELA GHEORGHIU
« J'ai conscience d'être un peu hors norme. Mais je ne fuis pas mon destin. J'ai appris à vivre avec moi-même »
« Jusqu'à aujourd'hui, j'ai eu la chance de mener ma carrière suivant mes propres règles. Depuis l'âge de dix-huit ans, je n'ai plus eu besoin de confier la responsabilité de ma technique vocale à qui que ce soit. Jamais »
« Je sais à l'avance si un rôle est pour moi ou non. J'essaie d'être sage, d'accepter mes limites. Je fais très attention aux rôles, aux plannings, à mes partenaires, au nombre de représentations : tout compte si l'on veut durer »
1965
Naissance à Adjud, en Roumanie
1992
Débuts sur une scène internationale (Covent Garden de Londres) dans le rôle de Zerline du Don Giovanni de Mozart
1994
Devient mondialement célèbre avec Violetta de La Traviata de Verdi sous la direction de Georg Solti au Covent Garden
Disponible en qualité CD (LossLess)
1996
Épouse Roberto Alagna
2001
Joue Tosca dans le film de Benoît Jacquot
Disponible en qualité CD (LossLess)
2004
Récital Puccini chez EMI
Disponible en qualité CD (LossLess)
2006
Violetta dans La Traviata au Met de New York [photo ci-dessous] et Tosca au Covent Garden de Londres
2011
Retour au Met de New York dans Roméo et Juliette de Gounod en mars
Disponible en qualité CD (LossLess)
au prix du format standard MP3
au Metropolitan Opera en 2009
Disponible en qualité CD (LossLess)
Adrienne Lecouvreur
« Je me demande si cette production n'est pas celle que j'ai eu le plus de plaisir à faire dans ma vie... »
GLAMOUR : Angela, Jonas et Adrienne
Angela Gheorghiu chantait à Londres sa première Adrienne Lecouvreur. Un spectacle de haut vol.
C'est l'événement lyrique de la saison. Voir et entendre Angela Gheorghiu et Jonas Kaufmann, le couple le plus glamour du moment, a fait courir le monde entier au Covent Garden, et les six représentations d'Adrienne Lecouvreur affichent complet. C'est en novembre 2004, à Londres déjà, et dans La Rondine de Puccini, que Gheorghiu et Kaufmann se sont rencontrés. Depuis, ils se sont retrouvés dans La Traviata (New York 2006, Scala 2007 et Munich 2009) et ont enregistré, à Rome à l'été 2008, la grande version moderne de Madame Butterfly.
Disponible en qualité CD (LossLess)
Ce 4 décembre 2010, au Royal Opera, l'ambiance est électrique. De nombreux Français ont fait le voyage, pas sûrs de revoir le spectacle dans la même distribution lorsque ses coproducteurs (les Opéras de Barcelone, Vienne, San Francisco et Paris) le reprendront : on sait d'ores et déjà que Jonas Kaufmann ne participera à aucune des quatre reprises annoncées !
Absent de Covent Garden depuis 1906, l'opéra de Francesco Cilea est de ces ouvrages fragiles qui peuvent au mieux ennuyer, au pire s'effondrer en l'absence d'une diva pour le porter. Si Maria Callas l'a ignorée, Magda Olivero, Montserrat Caballé, Raina Kabaïvanska ou Mirella Freni ont passionnément défendu cette grande amoureuse, tragédienne au verbe haut et lointaine cousine de Tosca dont les mots doivent savoir fouetter et griffer.
Scéniquement plus sage que les prime donne qui ont marqué le rôle, Angela Gheorghiu trouve ses meilleurs moments dans les passages élégiaques — les duos avec Maurizio ou encore l'air final "Poveri fiori". La soprano sculpte les sons avec un soin maniaque et campe une Adrienne frémissante, plus vulnérable sûrement que ses devancières mais avec une personnalité infiniment plus marquée que n'importe quelle titulaire actuelle (Micaela Carosi ou Maria Guleghina, par exemple). Olga Borodina incarne la redoutable Princesse de Bouillon.
Face à elles, Jonas Kaufmann offre un rayonnement vocal incomparable à Maurice de Saxe : la musique prime chez ce ténor princier qui phrase et nuance à s'en délecter et lance des aigus claironnants. Triomphe. Et puis le comédien est engagé : Kaufmann est de ceux qui jouent "juste", emportant de sa fougue les pudeurs naturelles de sa partenaire.
Attentif au théâtre, le chef Mark Elder veille à l'équilibre général d'un plateau où chacun trouve sa place, dans la polyphonie sans failles réglée par David McVicar. Un spectacle "en costumes" d'un goût exquis, sans une once de boursouflure ni de vulgarité, où le décor astucieux de Charles Edwards — régal pour l'œil — résout en virtuose les quelques écueils pirandelliens de la pièce.
Comment est née votre voix de chanteuse lyrique ?
— J'ai eu la chance de rencontrer, à quatorze ans, une femme extraordinaire, Mia Barbu, qui m'a révélé les secrets de l'opéra. Cette professeur de chant, aujourd'hui disparue, m'a permis d'exploiter et de canaliser mes capacités vocales. Elle m'a enseigné la respiration et le bel canto. Au-delà de la simple technique vocale, elle m'a aussi appris comment me déplacer, comment parler, quels airs écouter... Elle a suivi une partie de ma carrière, j'étais un peu sa création. Elle a toujours eu peur de dérégler ma voix et me demandait de ne chanter ni trop fort, ni trop haut. Certains rôles m'y obligent, mais j'ai gardé, il me semble, une certaine prudence. À l'opéra, pour durer, il ne faut pas prendre de risques inconsidérés.
Vous êtes entrée en 1984 à l'Académie de musique de Bucarest. Un parcours classique, en somme.
— Pas tant que ça. La vie était intense : chaque soir, j'assistais à une représentation d'opéra, à un concert, j'allais au théâtre ou au cinéma... Mon badge d'étudiante, dont j'étais extrêmement fière, m'ouvrait toutes les portes. Ces années m'ont aussi appris les devoirs d'un apprentissage exigeant, et j'en mesure encore aujourd'hui toute l'importance. À vingt ans, on souhaite faire la fête, se distraire, on pense à l'amour, pas à l'avenir. Pourtant, sans discipline et sans de bons professeurs, on n'arrive à rien.
Rêviez-vous déjà de la scène ?
— Je ne rêvais pas, c'était déjà une réalité à l'époque : j'ai toujours beaucoup chanté, même pendant mes années d'étudiante. Je menais une sorte de double vie. Je travaillais d'arrache-pied à mes études, et en même temps j'ai fait de nombreux concerts, des shows à la radio où à la télévision. [On peut la voir sur Internet interpréter des airs de Vivaldi en... 1987 - Ndlr.] J'ai aussi enregistré des disques. J'ai même chanté devant Mikhaïl Gorbatchev ! J'avais déjà tous les grands airs à mon répertoire, Traviata, Butterfly, Louise, Faust, Anna Bolena... J'étais payée pour chanter dans certains spectacles, ce qui me garantissait... le minimum pour survivre. J'ai tout fait pour être indépendante dès l'âge de dix-huit ans, je ne voulais plus dépendre de ma famille. Les conditions de vie, pour nous tous, étaient les pires possibles. Bref, je n'étais pas vraiment communiste !
Où en est l'Académie de musique de Bucarest aujourd'hui ?
— La formation y est toujours aussi complète : une apprentie chanteuse doit étudier l'harmonie, le contrepoint, l'histoire de la musique, le théâtre, la danse, les langues, etc. Certains professeurs ont changé, mais l'école est toujours aussi exigeante, heureusement.
Comment vit-on aujourd'hui en Roumanie ?
— Vous me posez la question vingt ans après la Révolution ! Bien sûr, tout est très différent. La situation était terrible en 1990. Aujourd'hui, nous faisons partie de l'Union européenne et le pays ressemble à beaucoup d'autres, avec des riches et des pauvres. Avant, tout le monde était pauvre...
Comment avez-vous vécu les débats, en France, autour de la Roumanie et du "problème" des Roms ?
— Quelle catastrophe pour les relations entre nos deux pays ! Ce qui s'est passé l'été dernier est tout à fait anormal. Comment peut-on, au XXIe siècle, engager un pareil débat, tenir des propos comme ceux qui ont été tenus ? Chez les Roms, comme partout, il y a des bons et des moins bons. Il faut les respecter. Et ne pas faire non plus l'amalgame entre eux et les Roumains.
Les Roumains vous fêtent comme jamais. Vous venez d'être faite "étoile de la Roumanie", la plus haute distinction du pays, et docteur honoris causa de l'université de Iasi, la deuxième plus grande université de Roumanie...
— Je me rends bien compte de l'honneur qui m'a été ainsi rendu, c'est une forme de consécration ; j'étais très touchée, très émue. Nous avons fêté cela au Théâtre national à Bucarest le 30 décembre avec mes collègues chanteurs, acteurs et musiciens. Il y a eu de nombreuses surprises ; on a reçu des messages du monde entier.
Cela marque-t-il votre retour au pays ?
— Mais non, je n'ai jamais quitté la Roumanie ! Roberto Alagna est venu vivre ici avec moi, il a même sa maison, il y vient quand il veut. Je suis souvent à Bucarest, c'est pour cela que je n'ai jamais perdu le contact avec mes amis d'enfance. Nous sommes restés très soudés. Ils sont aujourd'hui pour la plupart à l'Opéra, ils ont fait carrière en Roumanie. Et il y a aujourd'hui une nouvelle génération d'étudiants qui vient me demander conseil ou me solliciter pour faire l'ambassadrice à droite et à gauche, trouver des auditions à l'étranger.
Avez-vous envisagé de donner des master classes ?
— Je ne l'ai pas fait jusqu'à présent, mais j'y pense désormais. À la mémoire de Georg Solti, qui aurait eu cent ans en 2012, on m'a demandé d'en donner en Toscane l'an prochain. J'ai hâte de voir ce que cela peut donner, comment vont réagir les jeunes chanteurs à mes conseils. La chose la plus importante, lorsqu'on est étudiant, est de rencontrer le bon professeur au bon moment : tout le monde n'a pas cette chance.
Qu'en est-il du public ?
— C'est un peu la même chose. Pour aimer l'art lyrique, il faut s'investir, avoir de la curiosité, de la volonté. C'est un art accessible à tous, mais qui reste élitiste. L'opéra, ça se mérite.
Vous avez toujours chanté un peu de variété. Est-ce un moyen d'amener un nouveau public à découvrir votre voix ?
— Oh ! non, pas du tout ! Les chansons, c'est aussi "Angela qui chante" : c'est la même voix, la même personne qui s'exprime et qui a travaillé le morceau avec tout le sérieux possible. Quand j'ai chanté Les Vieux amants de Brel, par exemple, je ne crois pas avoir vendu mon âme au diable. J'y ai mis tout mon cœur — et toute ma voix.
Pourriez-vous chanter du rock ?
— Mais oui ! Pourquoi pas ? Je connais bien Sting, par exemple, il a beaucoup de talent. Je vous assure que ses chansons n'ont rien de facile ni de superficiel.
Avez-vous des projets de création ?
— J'ai adoré faire Marius et Fanny avec Vladimir Cosma, bien qu'au départ personne n'ait voulu que je m'investisse dans ce projet... Finalement, j'ai collaboré à chaque note, à chaque idée, c'était passionnant. J'étudie actuellement une proposition de Daniel Catan, le compositeur mexicain qui a écrit Il Postino pour Placido Domingo. Je n'ai pas encore donné mon feu vert. J'ai aussi une autre proposition venant d'Italie. Je vais voir, j'attends. J'aimerais quelque chose d'idéal pour ma voix ; cela m'est égal, de toute façon, d'ajouter une ligne sur mon CV avec une création.
N'êtes-vous tentée par de nouvelles expériences ?
— Je ne suis pas faite pour les concours, les records, la course au "toujours plus".
Placido Domingo est un peu comme cela, non ?
— Il n'est pas le seul, loin de là ! Et alors ? J'aime l'artiste, le chanteur, l'homme, l'ami. J'ai beaucoup d'admiration pour lui.
Est-il un modèle pour vous ?
— Un "modèle" ? Certainement pas ! Il ne faut pas avoir de modèle quand on est artiste ! Ne jamais copier qui que ce soit. Chaque personne est différente, chaque chemin est unique. Bien sûr, on peut écouter les collègues, connaître les grandes figures du passé, mais pas pour les copier, simplement pour se faire une meilleure idée se soi-même.
Vous écoutez vos consœurs ?
— J'ai l'impression que vous êtes sceptique... D'abord, je crois avoir chez moi, en disque, toutes les versions possibles des opéras que j'aime. C'est fondamental. Ensuite, oui, j'adore aller entendre les collègues. Et vice-versa. Aujourd'hui, la situation est très détendue entre les chanteurs, il n'existe pas de jalousie, ni de compétition stérile. Renée Fleming ? J'ai vu son dernier spectacle au Met à New York et elle est venue me voir en Traviata... Même chose avec Anna Netrebko, Cecilia Bartoli ou Natalie Dessay.
Avec Placido Domingo, vous venez d'enregistrer Fedora [ci-contre]. Pourquoi cette œuvre rare de Giordano ?
— L'idée était de pouvoir nous retrouver, Placido et moi. Nous voulions le faire depuis longtemps. Dans Fedora, j'aime beaucoup la musique, qui semble limpide mais qui est très difficile. Dans le rôle-titre, l'ambitus est très grand, tout doit être très précis, surtout pour un disque. Il a été réalisé en studio entre Bruxelles et New York, pour les parties de Placido.
Dans le genre vériste, vous venez de chanter le rôle-titre d'Adrienne Lecouvreur de Cilea au Covent Garden de Londres aux côtés de Jonas Kaufmann [lire ci-contre l'article de Jérémie Rousseau].
— Je viens justement de voir la captation de François Roussillon, qui paraîtra dans quelques mois en DVD. Que dire ? Je me demande si ce n'est pas la production que j'ai eu le plus de plaisir à faire dans ma vie... Voilà une héroïne très complexe, intense, subtile, que j'adore interpréter. J'ai en outre adoré la production de David McVicar, mes partenaires, Jonas Kaufmann, le chœur. Et puis, c'est aussi Covent Garden...
Que représente ce lieu pour vous ?
— J'y sens une atmosphère très particulière. Le son de la salle, déjà, est parfait pour ma voix. Et j'y ai de nombreux souvenirs : savez-vous que c'est le seul lieu où j'aie fait une audition ! Je repense souvent à ce moment très particulier, à ma découverte des lieux. C'était il y a presque vingt ans : aujourd'hui, je fais un peu partie des murs. Je connais tout le monde là-bas : les machinistes, les choristes, les membres de l'orchestre ; pour certains d'entre eux, je suis un peu un enfant de la maison. Et puis c'est là que j'ai rencontré Roberto Alagna sur scène, que j'ai connu Placido Domingo... À Covent Garden, j'ai l'impression d'être chez moi ; on me demande ce que je souhaite faire et les projets se montent ainsi. La saison prochaine, j'y reprendrai Tosca, "ma" Tosca !
Adrienne Lecouvreur est une coproduction. Allez-vous être de la reprise parisienne ?
— Non. À San Francisco et à Vienne, oui.
Qu'allez vous chanter à Paris ? Mireille ?
— Jamais de la vie ! Aucune chance. J'aime certaines pages, mais l'œuvre ne tient pas. C'est non.
Pas d'autres projets ?
— Non... pas de sitôt. L'Opéra de Paris m'a bien proposé des choses, Francesca da Rimini, Norma, que je ne souhaite pas faire en ce moment. Je chanterai ailleurs, tant pis.
À Vienne ?
— Oui, je vais y faire tout mon répertoire : Adrienne, donc, et puis La Traviata, Tosca, Roméo et Juliette...
Et le Metropolitan Opera de New York ?
— Oh ! oui, c'est un peu ma seconde "maison". La saison prochaine, j'y chante Faust avec à nouveau Jonas Kaufmann. J'y fais aussi en mars Roméo et Juliette. J'en suis très heureuse, même si je n'aime pas trop la production.
Mais vous chantez quand même ?
— Oui. D'habitude, j'adore les productions new-yorkaises, La Traviata de Zeffirelli, L'Élixir d'amour, La Bohème. Il m'est arrivé d'annuler une production par désaccord avec le spectacle, mais cela n'arrivera plus.
Pourquoi ?
— Parce que désormais, je prends les devants : je ne m'engage vraiment que lorsque j'ai pu voir les décors, les costumes, et discuté avec le metteur en scène. Je ne veux plus annuler au dernier moment.
N'allez-vous pas trop loin ?
— Mais pourquoi ? Vis-à-vis du public, je suis responsable, et même plus que le directeur, non ? C'est moi qui suis sur scène, après tout.
Vous avez tout de même annulé, l'an passé, votre prise de rôle dans la Carmen du Met. Pour quelles raisons ?
— Je m'étais très fortement impliquée dans cette production. C'est moi qui avais proposé le metteur en scène Richard Eyre, avec qui j'avais fait La Traviata à Londres. Pour des raisons personnelles, j'ai ensuite annulé [pour ne pas avoir à chanter avec Roberto Alagna - Ndlr]. Je préfère laisser ce rôle aux mezzo-sopranos.
Vous ne reprendrez donc pas Carmen ?
— Je ne ferai pas une reprise d'un spectacle conçu pour moi et chanté par une autre, c'est certain. C'est peut-être le destin. Il faudrait désormais une proposition exceptionnelle pour que je chante Carmen sur scène. Mais je ne crois pas que cela arriva. Je dois faire très attention à mes rôles.
Quand ferez-vous Butterfly sur scène ?
— Hum... Pas encore.
Manon Lescaut ?
— J'y pense.
Salomé ?
— C'est un fantasme des directeurs d'opéra pour me voir nue, non ? ! Sérieusement, je m'intéresse à la version en français de 1907. J'ai mon idée sur ce rôle très sensuel.
Confirmez-vous le projet d'enregistrement d'Aïda pour EMI ?
— Oui, avec Jonas Kaufmann encore et Antonio Pappano à la direction. J'ai aussi un projet de récital avec des airs très sérieux. Et peut-être un disque Mozart.
Y a-t-il une œuvre que vous aimeriez faire ?
— Je pense parfois au Stabat Mater que je chantais au conservatoire.
Sur quels critères choisissez-vous vos rôles ?
— Attention ! Je n'ai jamais appris un rôle pour rien. Je sais à l'avance si c'est pour moi ou non. Quand j'entends quelque chose de trop lourd, par exemple, je le sais immédiatement. C'est aussi simple que ça. Pas besoin de fatiguer mes cordes vocales pour m'en rendre compte. Je me connais très bien, j'ai du flair. Et j'essaie d'être sage, d'accepter mes limites. Je fais très attention aux rôles, aux plannings, à mes partenaires, au nombre de représentations : tout compte si l'on veut durer. Jusqu'à aujourd'hui, j'ai eu la chance de mener ma carrière suivant mes propres règles.
N'est-ce pas trop pesant ?
— Cela reste ma vie et je la mène comme je veux. Avoir une image publique ne me gêne pas. Je suis très féminine, j'aime m'habiller, me déguiser, me maquiller. Et le résultat peut plaire ou pas, cela m'est égal. Tout cela me vient naturellement, comme le chant. J'ai aussi conscience d'être un peu hors norme, c'est parfois pesant. Mais je ne fuis pas mon destin. J'ai appris à vivre avec moi-même. Parfois, j'oublie où je suis en me réveillant le matin. Mais je sais toujours le rôle que je dois chanter...
Comment vous préparez-vous ?
— J'aime m'y prendre à l'avance. La première étape est de voir la partition, de la lire, et de la sentir, même. C'est pour cela que j'aime les belles partitions, j'en fais même la collection. Il faut un contact physique, que je puisse l'annoter, la feuilleter où je veux, quand je veux. Je chante d'abord les notes et ensuite je lis le texte. Une fois que je sais les deux séparément, je mets le tout ensemble. Je ne fais jamais appel à un pianiste, un répétiteur ou un coach. Depuis l'âge de dix-huit ans, je n'en ai plus. Je n'ai plus eu besoin de confier la responsabilité de ma technique vocale à qui que ce soit. Jamais.
Vous travaillez seule, alors ?
— Oui, tout à fait seule. À l'époque où je chantais tout le temps avec Roberto Alagna, il ne découvrait mon travail qu'au moment des premières répétitions avec les autres collègues, sur scène. J'ai besoin d'un certain secret.
À propos de secret... Où en êtes-vous avec Roberto Alagna ?
— Nous sommes toujours mariés, mais vivons séparément désormais. J'entretiens de bonnes relations avec lui, nous nous parlons tous les jours et je ne souhaite en aucune manière lui causer du tort. Mais je ne chanterai plus avec lui, c'est mon choix. Nous l'avons assez fait. Cela dit, je souhaite à tous les couples de vivre la moitié de ce que nous avons pu vivre ensemble. Aujourd'hui, c'est chacun sa vie. Je reste très attachée à sa fille Ornella, que j'aime beaucoup.
Fil d'actualités
-
00:05Qobuz | Sur les traces d'Amalia...
-
hier
-
hierQobuz | Alexander le Bienheureux
-
hier
-
hier
-
jeu.Qobuz | Archie birthday !
-
mer.
-
mer.
-
mer.
-
mer.Qobuz | La Roque d'Anthéron au sommet
-
mer.
-
mer.Qobuz | Parlez-vous Françaix ?
-
mar.
-
mar.Qobuz | Bee Gees aphones
-
lun.Qobuz | Une pause Café-Qobuz à Musicora
-
lun.
-
lun.Qobuz | Teodora Gheorghiu en récital
-
lun.
-
lun.
-
lun.
-
lun.Qobuz | QIBUZ / Lundi 21 mai 2012
-
lun.L'Express | Robin Gibb, le chanteur des Bee Gees, est mort
-
lun.L'Express Styles | Coup de cœur pour Nick Waterhouse
-
lun.Qobuz | L’âme à deux
-
dim.L'Express Styles | "Shape Shifter", le 36e album de Santana !
-
dim.L'Express Styles | Le crooner Richard Hawley signe son grand retour
-
dim.
-
dim.
-
dim.Qobuz | Rose algérienne
-
dim.L'Express Styles | 2 choses à savoir sur "MA" de Ariane Moffatt







