Natalie Dessay
L’anti-diva assoluta

Classica Répertoire

Par Sylvain Fort | CLASSICA | PORTRAITS | 28 avril 2009
 

Elle triomphe partout, s’affiche jusque sur les bus new-yorkais. La Natalie Dessay d’aujourd’hui n’est plus seulement un phénomène vocal, c’est aussi une bête de scène : une vraie artiste, en somme.


Postures et tapage médiatique nous permettent-ils encore d’entendre Natalie Dessay ? Derrière les déclarations-chocs, il faut retrouver les racines et la rareté de son art, la complexité de son devenir et l’humilité que masquent parfois ses provocations. Il faut surtout se donner une chance de ne pas passer à côté de ce qui est, par-delà les émois et les commentaires, la singularité de cette artiste ennemie du compromis : sa foi dans la puissance unique, contagieuse, ravageuse, de l’opéra. La voici, en huit chapitres...


La technique, clef de lecture

NATALIE DESSAY


1965
Naissance à Lyon

1990
Lauréate du Concours international de Vienne

1992
Débuts triomphaux à l’Opéra-Bastille dans Les Contes d’Hoffmann

1993
Passe un an en troupe à l’Opéra de Vienne

1994
Débuts au Met dans Arabella

1995
Lakmé à l’Opéra-Comique

1997
Débuts à Salzbourg dans le rôle de la Reine de la nuit

1998
Première Somnambule à Lausanne

2002
Lucie de Lammermooor, version française de l’opéra de Donizetti, à Lyon

2002-2004
Retrait de la scène. Ablation d’un pseudo-kyste en juillet 2002 sur la corde gauche, puis d’un polype en novembre 2004, après un retour passager sur scène.

2006
Retour à l’Opéra-Bastille dans Lucia di Lammermoor

2007
Triomphe dans Lucia di Lammermoor au Met



SUR SCÈNE

29 mai 2009 : Natalie Dessay donnera un concert le au Théâtre national de Toulouse ; elle y chantera Michel Legrand — un projet enregistré par Virgin.
3 juillet au 29 août 2009 : sa première Traviata à Santa Fe (Nouveau-Mexique)
14 et 18 septembre 2009 : elle chantera le Requiem de Brahms à la Salle Pleyel sous la direction de Chung ( 2009)
31 octobre au 29 novembre 2009 : revient enfin sur scène à l’Opéra de Paris (Bastille), dans Musette de La Bohème
● et du 25 janvier au 23 février 2010 dans La Somnambule.
2010 : Est annoncée une reprise de La Fille du régiment, dans la production de Laurent Pelly


La reine de la grosse pomme


New York, c’est sa deuxième maison. Elle a d’ailleurs investi, il y a un peu plus d’un an, dans un appartement non loin du Lincoln Center. C’est que, depuis ses Lucia, le directeur du Metropolitan Opera, Peter Gelb, a fait de Dessay sa championne :


affichée sur tous les bus et les murs de Manhattan avec ce slogan « You’d be mad to miss it » (« Vous seriez fou de manquer ça »), Natalie, en costume sanguinolent de Lucia, est l’icône du « nouveau » Met et la star de la « Big Apple » en cet automne 2007.


Lors de l’opening night de la saison, cette même Lucia, mise en scène par Mary Zimmerman, ébahit les foules de Times Square devant les écrans géants retransmettant l’événement en direct.
Quelques mois plus tard, sa Fille du régiment mise en scène par Laurent Pelly part du Met pour voyager dans le monde entier. Idem pour sa Somnambule, le 21 mars 2009, annoncée par sept pages dans le New Yorker. Et pareil pour Hamlet de Thomas l’an prochain.

Ceux qui rateraient Dessay dans « ses » spectacles peuvent se rattraper dans les autres séances de cinéma du Met, puisque, comme sa consœur Fleming, Natalie s’y fait reporter à l’entracte, explorant les coulisses, interviewant et improvisant dans la meilleure tradition américaine.



À PARAÎTRE

Chez Virgin :

En CD : « Scènes de la folie » (compilation)
En DVD : Pelléas et Mélisande de Debussy enregistré à Vienne dans une mise en scène de Laurent Pelly (Stéphane Degout, Laurent Naouri, Bertrand de Billy) puis La Somnambule de Bellini captée ce mois-ci au Metropolitan Opera (Juan Diego Flórez, Michele Pertusi, Evelino Pido), dans une mise en scène de Mary Zimmerman




C’est Emmanuelle Haïm (voir l’entretien ci-après) qui le dit : Natalie Dessay obtient sans effort apparent des résultats que d’autres, en peinant, n’obtiennent pas. Evidence oubliée : Dessay est d’abord et avant tout un phénomène vocal. En quoi se distingue-t-elle ? Le suraigu ? D’autres l’ont aussi. La virtuosité dans la vocalise ? D’autres y parviennent. Non, ce qui la distingue, c’est d’abord ce souffle infini, et ce timbre qui semble flotter sur des ressources d’air inépuisables. C’est, dès lors, cette ligne vocale docile, souple, capable de tous les modelés et de tous les phrasés. Et puis c’est cette rondeur de la voix. Où d’autres conquièrent l’aigu et la virtuosité au prix de stridences, Dessay conserve lumière et homogénéité. Le suraigu fuse comme un rayon laser, la vocalise ose toutes les dynamiques et la projection sonore vient vous cueillir au fond de la salle. Seuls les doctes se demanderont si c’est là l’école française, allemande ou italienne. La vérité, c’est que cette technique est singulière, comme consubstantielle à son corps de contorsionniste et à ses résonances propres. Etrangement, le punch scénique de la chanteuse est enté sur cette technique toute de détente et de profondeur : le corps a faim de jeu et de drame, l’émission vocale appelle l’élégie.


Dans le miroir

Natalie Dessay ne déteste pas parler d’elle-même, fût-ce pour se livrer à de spectaculaires autocritiques. C’est comme si elle ne voulait pas laisser à d’autres qu’elle le soin de souligner ses limites et ses carences. Elle aura parlé de tout : de son physique, qu’elle n’aime pas, de sa voix, qu’elle n’aime pas, de son répertoire naturel, qu’elle n’aime pas... Mais aussi du théâtre, de Kleiber, de Pelly, de ses attentes, de ses espérances, de ses polypes, de ses enfants, de ses crises existentielles. Phénomène vocal, Dessay est aussi un phénomène médiatique. Moyennant quoi elle oblitère largement tout ce qu’on peut dire ou penser d’elle, puisqu’elle fait à la fois les questions et les réponses sur son art, sa personne, sa carrière, etc. Et que de paradoxes ! Elle a cette manière de se haïr physiquement tout en entretenant un érotisme scénique évident, de cultiver sa gouaille de petite bonne femme tout en tenant des propos d’un snobisme admirable sur la musique de variétés (qu’elle méprise), les metteurs en scène (qu’elle dédaigne), les chefs-d’œuvre adulés du grand public mais point assez bons pour elle (elle daube sur le rôle de Gilda), de chanter Offenbach tout en clamant son amour presque exclusif pour Bach, de jouer Madame Tout-le-monde chez Fogiel aux côtés d’une actrice de films X pour y demander un piano dans chaque classe et afficher des moues de grande dame. Sale gosse et bonne élève, anticonformiste et ordinaire, terre-à-terre et décalée, transparente et indéfinissable, talon rouge et grand public, consacrée et tourmentée, séduisante et exaspérante, elle a trouvé le meilleur moyen d’être une vraie diva contemporaine : être une anti-diva assoluta. Natalie Dessay ne serait-elle pas un peu... dandy ?


La crise, heure des choix

La façon dont Natalie Dessay est devenue chanteuse relève presque de l’absence de choix. Si toutes les théâtreuses de province avec un brin de voix avaient ce parcours, cela se saurait ! Chez elle, il y a un don, que le travail fait fructifier. Les témoignages concordent sur ses jeunes années : on l’écoutait et on tombait par terre. Ce don peut embarrasser lorsqu’il s’agit de choisir, de dessiner son cheminement au lieu de laisser le talent le tracer pour soi. Crise veut dire choix.

La déchirure survint alors qu’elle enregistrait avec Plasson : premier polype, opéré en 2002. Après une brève reprise, deuxième crise : un kyste, opéré en 2004. Années de silence partiel, de rechutes, ouvrant la boîte de Pandore d’interrogations existentielles. Fut exclue d’emblée l’idée que ces pathologies pussent tenir à une technique trop précaire ou à un agenda trop chargé. On s’en tint au psychologique : l’éloignement des enfants, le questionnement sur les choix de carrière, la pression alimentaient une détresse psychique dont la voix fut le révélateur.

Sans doute il y eut de cela. Mais il y eut surtout le prix payé pour une tentative toujours plus audible de grossir la voix pour la préparer à des emplois plus lourds. Les années précédant les problèmes avaient été marquées par des refus : la Reine de la Nuit, Olympia, l’opérette faisaient l’objet d’un rejet croissant et radical, au profit de tentatives de plus en plus avancées dans le bel canto (Amina, Lucie) et le répertoire de caractère.

Puisque crise il y eut, elle fut dans cette détermination à délaisser ses aires naturelles pour courir d’autres risques. Les quatre « années de galère » changèrent sa manière d’approcher ces rivages rêvés. Elle y mettrait un engagement dramatique démultiplié et une prudence vocale accrue. Là est née la Dessay que nous connaissons aujourd’hui : une bête de scène capable de tout incendier sur le théâtre, et une vocaliste beaucoup moins pyrotechnique. Le public de ses récitals ressort troublé par un engagement modéré et un ennui à peine masqué chez l’artiste, alors qu’à l’opéra elle conquiert et électrise. Le phénomène vocal s’est fait artiste consciente de ses limites et de son devenir, portant de salutaires fêlures. Elle aurait pu se consumer en quelques années, et elle prétendait s’en moquer : sa « crise » n’aura pas entamé ses ambitions mais lui aura sans doute donné envie de durer un peu plus, afin de toutes les assouvir.


La carrière : devenir ce qu’elle est

Sa carrière est fulgurante, mais non précoce. Elle remporte le concours « Voix Nouvelles » à vingt-quatre ans, en 1989, et le concours Mozart en 1990, à vingt-cinq ans. Pour une voix virtuose et stratosphérique, ce n’est pas particulièrement jeune. En cause, sans doute, la découverte un peu tardive de ses dons et de sa vocation. Mais à la clef, une humilité rare : découvrant sa voix, elle la met d’abord au service des Chœurs du Capitole. Puis, après son triomphe parisien dans Olympia, en 1992, elle rejoint la troupe de l’Opéra de Vienne. Comme guest star, certes, mais avec les astreintes et la routine (elle parla d’« esclavage »). À Vienne, elle aura vécu le quotidien d’un théâtre de répertoire, mais aussi chanté Zerbinetta, respiré Mozart, entendu Kleiber, appris Hofmannsthal — bref, touché du doigt cette mythologie dont un esprit comme le sien se nourrit, dût la réalité n’être pas toujours à la hauteur.

Suivirent, à un rythme soutenu, les étapes de la grande carrière : signature avec EMI (Mozart, toujours, ouvrira le bal), puis tournée des grandes scènes internationales dans un nombre limité de rôles qui à chaque fois lui valent de rafler la mise, notamment la Reine de la nuit (Aix, Salzbourg), Olympia (Vienne, Milan, New York). Parce que dans ces deux rôles elle démontre une inventivité, un culot que ne possèdent pas ses concurrentes, elle s’y retrouve quelque peu enfermée. Avec Amina et Zerbinette, mais aussi Lakmé, qu’elle grave avec Plasson, elle s’ouvre toutes les portes, et étouffe.

Cette carrière a des airs schizophrènes. Dessay triomphe dans des rôles qu’elle dit ne pas aimer. Sa performance inouïe dans Ophélie (à Barcelone et Paris) n’y change rien. Le public l’acclame, la critique l’encense, son rayonnement culmine, et la voici qui déroute en clamant son insatisfaction.

Elle aurait pu se perdre dans ces méandres. Succomber à sa crise vocale. Au contraire, à l’issue de sa période noire, elle opère un incroyable revival. Elle est ressortie de là fortifiée et plus sûre encore de ses envies. Très vite, elle reprend ses marques, multiplie les projets, impose partout ses nouveaux standards et sa nouvelle vocalité, avec une faim renouvelée. La voici dans Juliette, dans Manon, dans Lucia, fêtée, médiatique et engagée comme jamais dans ses personnages : depuis 2006, elle triomphe, écrasant la concurrence, convertissant les sceptiques. La rater ? Mais c’est impossible ! Elle est partout ! Elle qui avait surexposé son malaise ne surexpose pas cette victoire sur elle-même. Elle fonce, voilà tout.

Cette résurrection touche à une sorte d’horizon idéal : Mélisande à Vienne et Traviata au Festival de Santa Fe à l’été 2009 — de vrais rôles, non des mécaniques chantantes. Il y avait si longtemps qu’elle visait cela ! Toute sa carrière, avec ses hoquets, ses impasses, était tendue vers cette libération-là, qui en permettra peut-être d’autres. Pour cela, elle n’a pas emprunté de chemins de traverse. Malgré ses airs de ne pas y toucher, elle est restée au plus haut degré de la carrière officielle, avec grandes scènes, grands chefs, grands partenaires. Elle ne chante ni Nana Mouskouri, ni Aïda à Louxor. Tout lui vient de l’opéra, car sa conviction profonde est que l’on trouve dans l’opéra (de répertoire) des ressources qu’aucun autre art ne possède. Avec ses brûlures et ses excès, la carrière de Natalie Dessay — son « deviens ce que tu es » à elle — est exemplaire.


Les Himalayas du répertoire

Parler de Natalie Dessay, c’est parler de son répertoire. Elle-même a focalisé le débat sur ce thème. Comment y échapper ?

Et pourtant, à y bien regarder, ce n’est pas un débat si compliqué. La jeune soprano colorature d’exception qui devient, avec le temps, soprano lyrique, cela s’est déjà vu, qu’on parle de Sutherland ou d’Anderson, de Gruberova ou de Popp. Pourquoi, dans le cas de Dessay, ce thème est-il à ce point dramatisé, faisant de chacun de ses choix un enjeu essentiel ? Après tout, les choix de Natalie Dessay s’intègrent dans un théâtre de répertoire assez classique, très XXe siècle, et sa vocalité fraie des territoires assez balisés. Et on ne sache pas qu’elle vise Isolde.

Non, l’enjeu du répertoire tient sans doute à ce que Natalie Dessay n’aborde pas les rôles en termes de répertoire ou de style (comme fait une Bartoli), mais comme des rencontres uniques, à chaque fois décisives du reste de sa carrière. Un peu comme un comédien aborde le Roi Lear ou le Prince de Hombourg : ni la technique, ni l’expérience, ni la renommée ne peuvent atténuer le choc de telles incarnations. Où d’autres voient dans le répertoire des passages obligés, Dessay voit des Himalayas. Dans un univers où l’on sait qu’après Pamina vient Gilda puis Violetta puis Tosca, etc., Dessay détraque les parcours préfabriqués, fait de chaque nouveau rôle une surprise et un défi. Même Bach est traité ainsi : lorsqu’elle en grava des cantates avec Emmanuelle Haïm, elle exprima mille révérences, quand d’autres chantent Bach comme demain ils chanteront Franz Lehar. En Haendel encore, elle espérait trouver la résipiscence à ses conflits intérieurs (ce qui peut-être est beaucoup lui demander). Pour nous qui assistons à ces empoignades successives, chaque rencontre devient un événement, suscite une attente, un espoir. Cessant d’être le registre usé des musiciens sans imagination, le répertoire redevient un champ de conquête et de combat — ne devrait-il pas en aller toujours ainsi ?


Brûler (sur) les planches

Elle commença au théâtre, et n’a cessé de l’invoquer comme son unique et primitive passion. Elle lui aura sacrifié son repos et sa voix naturelle. Mais il faut dire aussi que le théâtre selon Dessay, c’est un certain théâtre, mieux : une certaine idée du théâtre.

C’est le théâtre tragique, c’est le rite d’immolation, c’est le drame implacable. Le théâtre selon Dessay, c’est ce lieu où est permis l’affranchissement des pudeurs, l’aveu de tensions et d’abîmes que la vie ordinaire censure. Le théâtre selon Dessay se situe quelque part entre Eschyle et le Grand-Guignol. Cela tombe bien : l’opéra de répertoire est précisément cet entre-deux, avec ses élans immenses, ses affects exacerbés et ses ridicules que masquent des musiques sublimes. Ce qu’elle demande aux metteurs en scène, c’est de se mettre à ce niveau. De renoncer aux facilités du théâtre bourgeois pour rendre compte de ce qui, dans ces oeuvres, brûle et perdure. Frustrante recherche, toujours recommencée !

Si Natalie Dessay était restée comédienne, comme elle se fût ennuyée entre des Feydeau et des Tchekhov ! Il lui aurait fallu exclusivement Shakespeare (elle aurait voulu jouer Caliban, sans doute), Sophocle, Racine et Schiller. L’épilepsie et la violence sous-tendent son jeu et, côté comique, le délire de la commedia dell’arte. Dessay, c’est le théâtre en incandescence. Il est d’autant plus étonnant qu’elle invite les foules à aller à l’opéra, en déclarant que c’est « proche de la vie ». Il suffit de la voir en scène pour comprendre que c’est tout sauf la vie. Le théâtre, c’est le comble de cet artifice qui nous exhausse et nous galvanise. C’est la catharsis en action, et non « Loft Story ». Sur scène, Dessay ne cherche pas la complicité du public, même dans le registre comique. Elle n’est pas de celles qui achètent à vil prix la connivence (un regard en coin, un coup de coude). Plongée dans son univers, elle nous invite seulement à la regarder vivre ce qui ne peut se vivre ailleurs, et à voler quelques flammèches de son brasier. Dessay n’est pas une comédienne, c’est une tragédienne. Sans doute, actuellement, la seule.


Le disque ou l’autre face

Le théâtre dont Natalie Dessay rêve, fait de lutte et de sentiments chauffés à blanc, elle ne l’a pas dans la voix. C’est pourquoi le disque est, la concernant, un miroir frustrant. Certes, il y eut les airs de Mozart, avec Fournillier puis Langrée, de très bons millésimes. Les airs français avec Plasson sont fort bien ouvragés, les Strauss avec Pappano calibrés parfaitement, mais sa Lucie de Lammermoor est un rendez-vous manqué. Désormais, ses plus saisissantes incarnations vont au DVD : Ophélie, Marie, Manon — toutes indispensables. Et le CD lui-même accueille ses performances les moins immédiatement théâtrales : les « Vocalises », d’un hédonisme précieux, sont de 1998. Le baroque y occupe une place croissante, sous la conduite d’Emmanuelle Haïm : Bach, Monteverdi, Haendel. Le disque permet à Dessay d’affirmer le fond de sa nature vocale, qui est calme et élégiaque. C’est, dès lors, une autre Dessay qu’on entend au disque. La Somnambule aura son DVD (capté à New York), mais a pu sortir d’abord en CD... précisément parce que la veine élégiaque y prédomine, parce que la vocalité pure y règne, et non le geste dramatique. Dessay est en train de constituer un legs discographique reflétant un autre visage que celui du théâtre — ôterait-elle là son masque parce qu’on ne la voit pas ?


Et après...

Elle le répète souvent : elle en a pour dix ans encore. Coquetterie ou angoisse ? Ces voix se fanent vite, et se taisent. Mais Dessay aurait pu se taire depuis longtemps déjà. Une intensité, un feu sacré l’ont relevée et augmentée. Ses fidélités (Haïm, Pelly...) la portent et la propulsent. Elle n’a pas encore livré toutes ses faces, exploré toutes ses profondeurs. Allons, il lui faudra bien vingt-cinq ans encore.



NATALIE DESSAY
en CD et DVD



 
Aux excellents récitals Mozart évoqués ci-contre (des airs de concert puis des airs d’opéras), il faut ajouter une Reine de la nuit idéale de légèreté, dans l’intégrale de Christie (Erato). Du même Mozart, on ne ratera ni le Mitridate de gala avec Bartoli et Rousset (Decca) ni la Messe en ut avec Langrée.
   
Des collaborations avec Haïm, on retiendra le crépusculaire Delirio de Haendel, un Trionfo del Tempo grisant, mais aussi le Lamento della Ninfa de Monteverdi, temps fort du disque « Lamenti ». N’oubliez pas, chez Haendel, sa Morgana mutine dans la luxueuse Alcina de Christie (Erato) !
   
Côté français, outre les deux récitals (avec Fournillier puis Plasson), son intégrale de Lakmé (Plasson toujours) est peu égalable — tout comme son Eurydice décapante avec Minkowski, disponible en CD et DVD. Dommage que la fameuse Olympia, tant et tant chantée, soit si sérieuse au disque (Nagano/Erato) et si sottement plombée, au DVD, par la mise en scène d’Erlo (Arthaus). Des lauriers, en revanche, pour les captations de Manon et d’Hamlet où « l’actrice qui chante » est au sommet. Si Dessay a beaucoup chanté Strauss, elle l’a peu servi au disque, hormis l’excellent récital Pappano et l’(étrange) intégrale d’Ariane à Naxos dirigée par un Sinopoli absent (DG). Raretés séduisantes : Le Rossignol de Stravinsky avec les forces de l’Opéra de Paris et le récital « Vocalises », avec ses Granados, Glière, Proch, Alabiev...
 
Enfin, côté bel canto, outre la Lucie d’un soir (DVD Arthaus), une Somnambule assez réussie et une Fille du régiment aussi hilarante qu’indispensable (avec l’ami Pelly), procurez-vous le récital d’airs d’opéras italiens (Pido) pour le DVD bonus de son édition luxe : la folie de sa Lucia new-yorkaise (2007) est phénoménale. Et faites-vous une idée définitive du phénomène avec « Dessay, le miracle d’une voix », diva anti-diva dans tous ses états, un DVD à consommer sans modération.
Sauf mention contraire, toutes parutions chez Virgin Classics ou EMI.

 

Toute l'actualité classique avec
Pour contacter la rédaction de Qobuz, écrivez-nous à
Pour envoyer vos infos concerts, écrivez-nous à
PUBLICITÉ