Les miscellanées de monsieur Vian
De ses romans préférés aux Hommes de fer, d'Albert Camus à Merleau-Ponty, de ses voitures à ses pseudonymes, voici un aperçu de l'univers aussi riche que méconnu de ce touche-à-tout de génie, accompagné d'un condensé de ses livres et de ses chansons.
Lire l'article La comète Vian
Romans préférés
Adolphe de Benjamin Constant, La Colonie pénitentiaire de Franz Kafka, Gestes et opinions du docteur Faustroll, pataphysicien d'Alfred Jarry, Pylône de William Faulkner.
Tube
C'est Boris Vian qui, lors d'une réunion chez Philips, en 1957, a proposé de substituer au mot « saucisson », qui désignait alors un succès en variétés, celui de « tube ». Il s'est largement imposé depuis.
Camus
Lors d'une surprise-partie arrosée, organisée chez Boris Vian, rue du Faubourg-Poissonnière, le 12 décembre 1946, à laquelle participaient aussi Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, Maurice Merleau-Ponty et Albert Camus faillirent en venir aux mains... Objet de la querelle : l'article Le Yogi et le prolétaire signé par Merleau-Ponty...
Voitures successivement possédées par Boris Vian
Duchesse de Bovouard
Boris Vian fut le conseiller de Simone de Beauvoir lorsqu'elle se constitua sa discothèque de jazz.
L'Arrache-cœur
Les premiers titres prévus pour L'Arrache-cœur étaient Les Fillettes de la reine et Maman Gâteau...
Ascenseur pour l'échafaud
Sans Boris Vian, Miles Davis n'aurait peut-être jamais fait la musique d'Ascenseur pour l'échafaud. C'est Vian qui a aidé Louis Malle à convaincre le trompettiste. Directeur artistique adjoint de Philips, l'écrivain assiste à la mémorable séance d'enregistrement du 4 décembre 1957, au studio du Poste parisien. Jeanne Moreau accueille les musiciens dans un bar improvisé et les images du film défilent pendant les prises. « Un fragment de peau se détacha à un moment de la lèvre de Miles pour se coincer dans l'embouchure. Pareil à ces peintres qui doivent parfois au hasard la qualité plastique de leur pâte, Miles accueillit volontiers ce nouvel élément d'un jeu "inouï" », se souviendra Vian.
Principaux pseudonymes
Hugo Hachebuisson (en hommage à Hugo Hackenbush, personnage de Groucho Marx dans Un Jour aux courses), Bison Ravi (anagramme de Boris Vian), Agénor Bouillon, S. Culape, Adolphe Schmürz, Boriso Viana, Gédéon Molle...
On est toujours trop bon avec les femmes
Tel était le titre du brûlot que Boris Vian et Raymond Queneau devaient écrire sous le pseudonyme commun de Michel Presle.
Son œuvre de traducteur
La Dame du lac et Le Grand sommeil de Raymond Chandler, Les Femmes s'en balancent de Peter Cheyney, Le Bluffeur de James Cain, Mademoiselle Julie d'August Strindberg, L'Homme au bras d'or de Nelson Algren, Tout smouales étaient les borogoves de Lewis Padgett, Le Veldt dans la nursery de Ray Bradbury...
Trois opéras
Vian a écrit trois opéras : Le Chevalier de neige (musique de Georges Delerue), Fiesta (musique de Darius Milhaud) et Arne Saknussem ou Une regrettable histoire (musique de Georges Delerue).
L'Horrore et Le Figarrot
Boris Vian fut le précurseur — peu connu — des détournements de presse. En 1953, il se lance dans un projet de revue de SF : Mars ou crève. En 1955, sa pièce Dernière heure donne lieu à quantité de revues d'anticipation, dont les unes décorent le théâtre de l'Amiral : Le Monde renversé, Lune matin, L'Horrore, Il scie Paris, Combat douteux, Le Parisien délibéré, Le Figarrot et l'inénarrable Franche Démence. Vian s'en donne à cœur joie dans les titres : « Encore les robots assassins », « Les champigons lunaires sont dégeulasses » ou, assez prémonitoire : « La banque de France dépose son bilan à la Caisse d'épargne »... Vian, serait-il l'inspirateur du groupe Jalons, connu pour ses célèbres pastiches (Le Monstre et autres Loup-Garou Magazine) ?
Inventeur du rock'n'roll en France ?
En 1956, Vian produit pour Philips, avec son complice Henri Salvador, un disque quatre titres parodiant les futurs classiques du rock'n'roll, grâce aux nouveautés rapportées des USA par Michel Legrand. Sous les pseudonymes d'Henry Cording, le « Elvis Presley français » (musique), et de Vernon Sinclair (textes), la farce leur permet de moquer la naïveté des textes avec des titres comme « Rock and Roll Mops », « Dis-moi que tu m'aimes, rock » et « Va te faire cuire un œuf, man ».
Le peintre
Boris Vian n'était pas seulement romancier, trompettiste ou auteur de chansons et d'opéras, organisateur de surprises-parties. À ses (rares) heures perdues, il s'est aussi adonné à la peinture. On ne connaît que cinq tableaux de lui, inspirés des surréalistes (De Chirico ou Dalí). Ils sont tous restés accrochés sur les murs de son appartement de la cité Véron, sauf Les Hommes de fer (voir ci-contre), une huile (60 x 40 cm), conservé dans une collection particulière.
Son Saint-Germain-des-Prés
<Il aura fallu attendre soixante ans pour lire enfin le fameux Manuel de Saint-Germain-des-Prés tel que l'avait conçu Boris Vian, en 1950. Pour la première fois, Le Livre de poche le publie avec les dessins originaux d'époque. Cette parodie de guide touristique constitue une mine d'informations sur un quartier que l'auteur de L'Écume des jours aurait sans doute peine à reconnaître aujourd'hui. Plongée dans ces lieux mythiques dont Boris Vian fut le « Prince ».
Le Tabou
La célébrissime (et minuscule) cave de la rue Dauphine, inaugurée le 11 avril 1947, fut l'épicentre de l'esprit Saint-Germain-des-Prés. Boris Vian — à la « trompinette » — était l'un de ses musiciens les plus réguliers, aux côtés de ses amis de l'orchestre Claude Abadie. Sartre, Camus, Gréco étaient d'assidus « troglodytes », comme la presse appelait alors ceux qui fréquentaient les caves...
Les Temps Modernes
En mai 1946, Vian propose au « Patron » — c'est ainsi qu'il surnommait Sartre — une chronique régulière pour Les Temps Modernes. Ce sera « La chronique du menteur », une goutte d'humour dans un océan existentialiste. Qu'on en juge par quelques titres : Comment meurent les grands de ce monde, Petit manuel d'anéantissement du militaire ou encore Un peu de critique littéraire...
La Rose Rouge
Située dans le sous-sol de la brasserie Lumina, rue de Rennes, ce cabaret accueillit plusieurs spectacles écrits par Boris Vian, dont Cinémassacre et Dernière heure. C'est le cinéma L'Arlequin qui est aujourd'hui situé à l'emplacement de La Rose Rouge.
Magasin d'Alain Vian
Le frère de Boris avait ouvert cette caverne d'Ali Baba en 1953. Boris y passait régulièrement pour s'amuser avec les instruments de musique étranges stockés par son frère. C'est là qu'il trouva, par exemple, la guitare-lyre italienne sur laquelle il jouait parfois chez lui, cité Véron.
Société d'encouragement pour l'industrie nationale
Dans cet austère immeuble, qu'on ne remarque guère entre Les Deux Magots et la rue Bonaparte, l'ancien centralien Boris Vian aimait répéter à la trompette et donner, à l'occasion, des conférences.
« Des danseurs existentialistes... ! »
Monsieur d'Dée, dit « hot d'Dée », fut l'un des plus célèbres danseurs de be-bop du Saint-Germain-des-Prés de l'après-guerre. Il se souvient de son ami Boris Vian.
Comment avez-vous connu Boris Vian ?
― Mais tout le monde le connaissait à Saint-Germain-des-Prés ! J'étais étudiant aux Beaux-Arts et je vivais avec une jeune fille qui dansait avec moi. Je l'ai croisé au Lorientais, le club de Claude Luter, rue des Carmes, puis au Tabou, où il jouait de la trompette dans l'orchestre de Claude Abadie, et, enfin, au Club Saint-Germain. On avait l'impression d'appartenir à une grande famille. À l'époque, au milieu des concerts, il y avait des attractions, sous forme de chorégraphies. C'est là que j'intervenais. Ensuite nous sommes partis en tournée ensemble, sous l'égide du Hot Club de France. Mais son médecin a fini par obliger Boris Vian à renoncer à la trompette pour des raisons de santé. De temps en temps, il faisait quand même un petit chorus...
Dans son Manuel de Saint-Germain-des-Prés, Vian vous avait consacré une notice : « Un teint de jais, mince et souple, haut comme trois pommes. Il peut danser une heure sans donner un signe de fatigue. » Pourquoi ce livre n'est-il pas sorti de son vivant ?
― C'est Henri Pelletier, un personnage pittoresque du Saint-Germain-des-Prés de l'époque, surnommé « monsieur le ministre », qui en a suggéré l'idée à Boris. L'éditeur Toutain, qui possédait la collection des Guides Verts, a sauté sur l'occasion. Boris s'est mis au travail. Mais Toutain a fait faillite et le livre n'est jamais sorti. Ce n'est finalement qu'en 1974 que nous l'avons publié au Chêne, dans une version illustrée de photographies.
On a parfois le sentiment que le mythe de Saint-Germain-des-Prés a été inventé pour attirer les touristes...
― Déjà, à l'époque, on parlait de nous comme de « danseurs existentialistes » ! Il faudra qu'on m'explique ce qu'est un danseur existentialiste... Boris lui-même se moquait de ceux qu'il appelait les « pisse-copie », qui faisaient des reportages sensationnalistes dans la presse. Dès 1947, au Tabou, il y avait déjà des touristes américains et des curieux !
BIBLIO et AUDIO
Pour toute information concernant le cinquantenait Vian, consulter le site très complet de la Fond'action Vian : www.borisvian.org
À Lire
Tout Boris Vian en Livre de poche :
À noter que Le Livre de poche réédite, tout au long de l'année 2009, 33 titres de Boris Vian sous de magnifiques couvertures, dont une version illustrée du Manuel de Saint-Germain-des-Prés.
Boris Vian, le swing et le verbe par Nicole Bertolt et François Roulmann, 244 pages, Textuel, 49,90 €. Très beau livre riche en iconographie
Boris Vian, le sourire créateur par Valère-Marie Marchand, 400 pages et un CD L'Archipel, 23 €
Boris Vian « Si j'étais pohéteû » par Marc Lapprand et François Roulmann, 98 pages, Découvertes/Gallimard
Boris Vian, Je voudrais pas crever, poèmes illustrés par Loustal, Serge Clerc, Götting, etc., 82 pages, Les Allusifs, 22 €

La BD de Christian Cailleaux et Hervé Bourhis [Piscine Molitor-> http://www.qobuz.com/info/MAGAZINE-ART-DE-VIVRE/BD/Piscine-Molitor28870]
À Écouter
On n'est pas là pour se faire engueuler, triple CD avec de nouvelles interprétations des chansons de Boris Vian, par Philippe Katerine, Daniel Darc, Arielle Dombasle, Jean-Louis Murat, etc., Universal Music.
On n'est pas là pour se faire engueuler
Écouter et télécharger

lue par Arthur H
Audiolib
Durée : 7 heures
17 €
À voir
Vian v'là Boris, spectacle par le Théâtre de l'Eveil, en tournée pendant l'année 2009
teveil.neufblog.com
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