• Être fidèle à la musique | 

Les Arts Florissants : 30 ans déjà !

En 1979, sous l'égide d'un jeune américain nommé William Christie, une poignée d'instrumentistes rend au baroque français sa fraîcheur et son insolence. Trente ans après, Les Arts Florissants sont devenus une des vedettes de notre paysage musical. Souvenirs et éclairages de l'intéressé —devenu, depuis, français.

PAR Bertrand Dermoncourt et Jérémie Rousseau | PORTRAITS | 28 octobre 2009
Réagir
Classica



Sant' Alessio de Stefano Landi



Zampa de Herold



Les Indes Galantes de Rameau



Atys de Lully



La Flûte enchantée de Mozart



The Fairy Queen de Purcell
(Festival de Glyndebourne 2009)




1 ■ "M'amuser !"
« Mon but à la création des Arts florissants ? M'amuser. Et m'épanouir, avec la complicité de mes jeunes collègues. Si je n'avais aucun but à long terme sur le plan stratégique, nous avions créé une sorte de charte intellectuelle qui était de défendre les petits maîtres oubliés du répertoire français. Avant de nous lancer publiquement en 1979, nous nous étions donné presque un an de travail — c'était beaucoup pour ce petit concert de l'église Saint-Jean, rue de Grenelle. »

2 ■ « Mon cher "Sant'Alessio" »
« Bien avant ce Sant'Alessio mis en scène par Benjamin Lazar, l'ouvrage de Landi fut au programme de notre premier grand engagement à l'étranger, à Innsbruck, en août 1981 : le chœur y fut couronné de succès ! Pour en revenir à Benjamin, c'est un garçon bourré d'idées, qui a surtout l'intelligence de ne pas tomber dans le piège d'une routine à l'ancienne : il parvient à s'emparer d'un vocabulaire, d'une gestuelle, en les imprégnant de sa propre personnalité. » (Caen, 2007)

3 ■ Zampa de Hérold et les romantiques
« Comme tout le monde, j'aimerais aborder d'autres répertoires, mais ce sera pour une autre vie. Car j'aime énormément ce que je fais. J'aime mes deux siècles. Et je déteste les gens qui utilisent mon répertoire comme une sorte de tremplin vers d'autres, infiniment plus riches... Hum, quelle stupidité ! » (Opéra-Comique, 2008)

4 ■ Rameau et "Les Indes galantes
« Rameau, mais aussi Charpentier, furent les compositeurs qui nous tenaient le plus à cœur à la création des Arts florissants. Aucun musicien français des XVIIe et XVIIIe siècles n'était mis en valeur il y a trente-cinq ans ! L'écœurante production de Dardanus donnée à l'Opéra en 1976, de même que le travail d'incompréhension totale et de mutilation mené par les Jean-François Paillard et autre Paul Kuentz nous servaient de modèle de tout ce qu'il ne fallait pas faire ! » (Aix, 1990)

5 ■ Le phénomène Atys
« Jean-Marie Villégier, metteur en scène d'Atys, est sûrement l'artiste avec lequel j'ai le plus collaboré. On peut ne pas être d'accord avec son travail, mais c'est toujours le fruit d'une longue délibération tant sa connaissance du théâtre est profonde. Et il a une façon très agréable de travailler avec les chanteurs ; il peut donner un sens précis aux paroles et à la syntaxe. Lors de notre première rencontre à Avignon, au printemps 1986, nous avons joué ensemble, échangé... Et je lui ai laissé les livrets de Thésée, Atys et Bellérophon, sans savoir encore quelle tragédie de Lully nous allions monter ! » (Opéra-Comique, 1987)

6 ■ « Une parfaite grâce »
« Grâce à la spécialisation, les orchestres "modernes" ont énormément changé en une quinzaine d'années. À Edimbourg récemment, j'ai dirigé un grand orchestre moderne d'une justesse stylistique confondante, dont les musiciens savaient exactement quoi faire avec leur archet — au point que j'ai même été obligé de leur demander un peu de vibrato ! Pensez aussi à la mutation de la Philharmonie de Berlin. Toutefois... la musique baroque reste encore pour ces phalanges une langue étrangère : il n'y a jamais chez elles cette spontanéité et cette parfaite grâce qu'on trouve chez les ensembles totalement imbibés par cela. »

7 ■ Du sang neuf
« Ce qui a marqué les différentes époques des Arts florissants, ce sont peut-être d'abord les changements de personnel. En particulier au début, où le rythme était marqué par l'arrivée et le départ des équipes. Certains arrivaient et cinq ans après partaient. Il y a bien eu trois ou quatre changements importants. Et bien sûr, j'étais à chaque fois obligé de retravailler un son, une esthétique, une manière de voir les choses. »

8 ■ Good-bye Oncle Sam
« En arrivant en France en 1971, j'avais eu besoin d'interrompre un rythme au États-Unis — école, collège, université, hautes études, enseignement. Il y avait aussi le fait qu'à cette époque, aux États-Unis, la vie consistait à éviter d'aller au Vietnam : c'était la loterie. Cela a milité pour que je parte, et le seul endroit qui me paraissait intéressant était l'Europe et la France et son extraordinaire ouverture d'esprit d'alors. »

9 ■ Hip-Hop
« Chez les metteurs en scène, il y a toujours eu des brutes et des grands arrogants, et il faut les choisir avec la plus grande vigilance. Ne pas connaître le travail d'un metteur en scène avec qui l'on va travailler pendant deux mois serait vraiment très imprudent. Mais c'est un métier très difficile. Aussi ai-je un respect immense pour les Villégier, Carsen, McVicar, Vick — des grands à juste titre. Avec José Montalvo et Dominique Hervieux, pour Les Paladins de Rameau, ce fut merveilleux dès le départ, comme un été ensoleillé. » (Châtelet, 2004)

10 ■ "Rafraîchissant"
« Je dis avec fierté qu'en écoutant "mon" Mozart, c'est très rafraîchissant, non ? Pour moi, cette Flûte enchantée, avec la complicité de Robert Carsen, reste une authentique réussite. Nous arrivions à Mozart par ce que Mozart avait connu chronologiquement, c'est-à-dire par ses ancêtres. Et non pas par Wagner ou par Mahler, que sais-je... » (Aix, 1995)

 Lire aussi

Votre avis

À découvrir autour de l'article

Fil d'actualités

Tous les Qobuz Studio Masters en promotion pendant 6 jours !

Jazz : Cap au Nord

Jusqu'au 30 juin, recevez un chèque remise de 25% pour tout achat de 25€ sur le label Naxos

Inscrivez-vous à nos newsletters