Chopin et Pleyel
Entre Chopin et Camille Pleyel, ce fut une amitié de toute une vie. Tous deux, grands virtuoses, se respectaient comme artistes. Et Chopin fut toujours fidèle aux pianos de Pleyel. Il les appréciait à tel point qu'il s'en faisait envoyer plusieurs chaque été à Nohant, le lieu magique de ses amours avec George Sand.
« Quand je me sens en verve et assez fort pour trouver mon propre son à moi, il me faut un piano de Pleyel. »
Ces mots de Chopin en disent long sur son admiration pour le concertiste virtuose et facteur de pianos Camille Pleyel (fils d'Ignace Pleyel, compositeur, pianiste, éditeur de musique et fondateur des pianos Pleyel). Leur amitié débuta en 1831, au moment où Chopin arriva de sa Pologne natale, et dura jusqu’à la mort du compositeur.
La salle n’est pas pleine mais le public, les critiques et les musiciens présents sentent qu’ils viennent de vivre un grand moment : leurs aspirations romantiques ont trouvé leur incarnation dans le jeu de Chopin. Le redouté critique musical Fétis fait l’éloge du concert dans La Revue musicale : « Voici un jeune homme qui, s’abandonnant à ses impressions naturelles et ne prenant point de modèle, a trouvé, sinon un renouvellement complet de la musique de piano, au moins une partie de ce qu’on cherche en vain depuis longtemps : une abondance d’idées originales dont le type ne se trouve nulle part. »
L’amitié de Chopin et de Camille Pleyel ne cessera pas. Celui dont le compositeur disait : « Il n’y a plus aujourd’hui qu’un homme qui sache jouer Mozart, c’est Pleyel, et quand il veut bien exécuter une sonate à quatre mains, je prends une leçon » devient son fournisseur exclusif, et en retour le musicien donnera tous ses concerts publics parisiens dans les salons Pleyel, jusqu’au dernier, le 16 février 1848.
À la même époque, Chopin rencontre un compatriote, le prince Radziwill, qui le convie à une soirée du baron James de Rothschild. Le succès est cette fois immédiat, Chopin devient le musicien le plus recherché, les élèves et les propositions de concerts affluent.
LE CADEAU DE « PAPA PLEYEL »
Chopin aimait tellement les pianos Pleyel que, durant les sept étés qu'il passa avec George Sand à Nohant, de 1839 à 1846, dans la propriété de celle-ci, il se faisait chaque fois envoyer un ou deux instruments jusqu'en terre berrichonne. Nohant fut pour Chopin une véritable oasis : dans cette magnifique demeure acquise en 1793 par la mère de George Sand, il trouvait des conditions idéales pour créer. « Je ne suis pas fait pour la vie à la campagne, écrivait-il à sa famille le 16 juillet 1845, mais l'air pur est une jouissance pour moi. » C'est là qu'il composa la majorité de ses chefs-d'œuvre : les 2e et 3e Sonates, la Barcarolle, la Berceuse, les dernières grandes Polonaises ont vu le jour à Nohant. D'ailleurs, après la rupture avec George Sand en 1847, privé de ces mois de paix estivale, il ne composera presque plus.
Ce que Chopin aimait dans les pianos Pleyel, c'est qu'ils lui donnaient la plus parfaite adéquation entre les moyens d'expression de l'instrument et les œuvres qu'il avait en projet. On sait que Beethoven se plaignait des possibilités limitées des pianos de son époque, leur reprochant de ne pas pouvoir rendre avec assez de force et de précision ses idées musicales. Chopin (et il est peut-être en cela le premier compositeur moderne) fut toute sa vie attentif aux progrès de la facture instrumentale, et il n'hésita pas, par exemple, à reprendre certaines de ses compositions pour tenir compte des derniers perfectionnements apportés aux pianos. La correspondance qu'il échangeait de Nohant avec Camille Pleyel montre d'ailleurs qu'il était intraitable sur la qualité des instruments qu'il demandait, son humeur et le ton de ses lettres variant d'un été à l'autre selon que le piano arrivé de Paris lui convenait ou pas...
« Quand on a pour vocation la musique, la perfection doit être permanente... »
(Ignaz Pleyel, 1757-1831)
À LIRE
Une histoire tournée vers l'avenir
par Arnaud Marion
Editions de La Martinière
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Texte de Jean-Yves Patte
Piano : Yves Henry
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À lire sur Frédéric Chopin
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