Ce soir le Philharmonique de Berlin explore les années 1894 à 1899 en direct
Entre 1894 et 1899, l'Europe découvre le Prélude à l'après-midi d'un faune et la Nuit transfigurée, deux ouvrages fondateurs de la modernité musicale
Le concert retransmis en vidéo et audio haute définition de la Philharmonie de Berlin (le miracle de la Salle de concerts numérique !) ce soir jeudi 16 février à 20h propose quatre œuvres écrites dans un mouchoir de poche, de 1894 à 99. Quatre ouvrages, pourtant, radicalement différents dans leur portée historique. Ainsi, le Prélude à l’après-midi d’un faune de Debussy qui débute le concert est-il souvent considéré comme l’acte de naissance de la musique du XXe siècle, alors que Le Rouet d’or de Dvorak, deux ans plus tard, évolue encore dans le monde romantique de la fin du XIXe siècle. C'est là un sombre poème symphonique "à l'ancienne", reprenant le conte de Cendrillon mais dans une vision autrement macabre et sanglante, d’une intense beauté - le plus abouti de Dvorak.
Encore deux ou trois ans, on arrive en 1899 avec La Nuit transfigurée de Schönberg, l’un de ses grands chefs-d’œuvre de l’avant-dodécaphonique. Cela dit, la version pour orchestre à cordes (plutôt que l’original pour sextuor) dut attendre 1917, sans compter une révision en 1943 – preuve que le compositeur tenait son œuvre, pourtant postromantique, dans une certaine estime. A moins qu’il n’ait compris que le public n’avait pas forcément toujours envie d’entendre des séries en concert.
Les Variations Enigma de Elgar n’ont pas fini de faire couler de l’encre et de la salive depuis leur composition, la même année que La Nuit transfigurée : 1899. L’énigme tient dans le fait que l’œuvre tourne autour d’un thème qui n’est jamais entendu, comme si une sorte de vide étroit entre les notes entendues pouvait le contenir. Les observateurs s’arrachent les cheveux depuis 110 ans pour essayer de découvrir le secret qu’Elgar a emporté dans la tombe. Il semblerait que c’est un thème connu, mais ni God Save the Queen, ni la Pathétique de Beethoven ni plusieurs chansons populaires à cette époque ne font l’affaire – cela dit Menuhin, alors Président de la Société Elgar, déclara qu’il s’agissait en fait de Rule Britannia lors d’un concert de 1984 où il dirigeait les Variations, mais Elgar lui-même avait nié qu’il s’agissait de ce chant patriotique. Reste encore à faire concorder les deux morceaux…
Il semble évident que Simon Rattle a souhaité là mettre en parallèle la création musicale en Europe au cours d’une époque très resserrée, et souligner ainsi l’état d’évolution – ou même de révolution – des esprits et des avant-gardes.
La saison 2011-2012 de l'Orchestre Philharmonique de Berlin
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