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L'Etoile au Grand Théâtre de Genève

Jérôme Savary est resté calme.

PAR Nicolas d'Estienne d'Orves | MON ŒIL | 19 janvier 2010
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Classica

Franchement, j'étais inquiet. L'Étoile d'Emmanuel Chabrier fait partie de ces joyaux secrets qu'on n'a pas envie de partager avec n'importe qui. La savoir aux mains de Jérôme Savary, fût-ce dans le très sérieux Grand Théâtre de Genève, était une perspective assez douteuse. Le metteur en scène allait-il nous livrer son usuel cocktail de potacheries graveleuses, livret dévoyé et autres loches en poires ? Aux vues de ses dernières performances à l'Opéra-Comique, c'était à craindre. Eh bien non ; (presque) pas du tout.

Bien sûr, Savary n'a pas pu lutter contre son vieux fond de bateleur, mettant son grain de sel sur le livret déjanté de cet étrange opéra bouffe. On trouve çà et là des gadgets plus ou moins utiles. Ainsi des maillots de football siglés Zidane ou une épaisse allusion au sort zurichois de Roman Polanski.

Mais les folies "savaryennes" ont aussi leurs bons côtés, et certains clins d'œil sont parfois des plus poétiques. Témoin le tableau de ces moines cueillant des fleurs des champs pendant l'air tragicomique de la "Chartreuse verte". Bref, pour servir L'Étoile, Savary s'est souvenu qu'il est homme de théâtre et a muselé ses travers, nous offrant un spectacle drôle et malin, magnifié par les extravagants décors et costumes d'Ezio Toffolutti: poupées cubistes, jouets géants, perspectives biseautées, citations picturales, son travail est d'un grand raffinement. Tout aussi raffinée est la direction de Jean-Yves Ossonce, qui adore cette musique. À la tête de l'Orchestre de la Suisse romande, le chef français dissèque presque trop la partition, oubliant parfois que ce n'est pas une symphonie, mais un opéra, ce qui n'est pas toujours aisé pour les chanteurs. Ainsi Marie-Claude Chappuis, contrainte çà et là de parler le rôle de Lazuli plutôt que de le chanter. Ses partenaires, tous francophones, campent avec finesse des rôles aux noms d'oiseaux : Tapioca (Fabrice Farina), Laoula (Sophie Graf), Aloès (Blandine Staskiewicz).

Enfin, last but not least, Jean-Paul Fouchécourt incarne un princier Ouf Ier. Une fois de plus, ce remarquable ténor montre qu'il est à l'aise partout. Aussi bon dans le drame que la bouffonnerie, il est l'un des rares héritiers d'une tradition du chant français qui, de Hugues Cuénod à Jean Giraudeau, est fondée sur le bien-dire et l'intelligence musicale. Chapeau !

Nicolas d'Estienne d'Orves est écrivain, journaliste au Figaro et au Figaro Magazine.



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