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Yehudi Menuhin joue Brahms

16 Seizième volet de notre série consacrée aux enregistrements légendaires.

PAR Jacques Bonnaure | LES ENREGISTREMENTS MYTHIQUES | 31 mars 2009
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Classica

Sir Yehudi, disparu il y a dix ans, fut un mythe, incontestablement le violoniste le plus célèbre du xxe siècle, bien au-delà du cercle des mélomanes. Une telle situation a toujours quelque chose de paradoxal et même de décevant. Car après tout il n'était pas plus « grand » que dix autres, mais c'est lui qui incarna la figure du violoniste inspiré et humaniste, une figure construite sur la durée, toujours nourrie et renouvelée.

Secrets de fabrication


« À 18 ans, j'ai eu la chance de rencontrer Yehudi Menuhin, avec qui j'ai eu aussi la chance de cultiver une amitié musicale très étroite dans les sept dernières années de sa vie. Une fois, il m'a parlé longuement du Concerto de Brahms, et nous avons passé beaucoup de temps à discuter des doigtés individuels et des cordes sur lesquelles certains passages doivent se jouer. Menuhin aimait les cordes graves du violon. Il les employait de préférence aux cordes aiguës autant qu'il le pouvait. J'ai adopté beaucoup de son savoir-faire — avec ses doigtés, qu'il a bien voulu me communiquer à l'époque et qui, pour une part, sont encore vivants dans mon interprétation actuelle. »

Le violoniste Vadim Repin

Fils d'une famille juive russe émigrée aux États-Unis, il perpétue par sa précocité la tradition très romantique du petit génie. Il se met au violon à 5 ans et, à 7 ans, il joue en concert la Symphonie espagnole de Lalo. Quelques années plus tard, la famille s'installe à Paris — centre culturel et cosmopolite pour quelque temps encore. C'est là qu'il rencontre George Enescu, qui devient son mentor. De violoniste, il devient musicien. Dès lors, sa carrière devient frénétiquement internationale. On le demande partout, au risque de casser une adolescence toujours fragile. Même la guerre ne freinera pas cette hyperactivité puisqu'il donne cinq cents concerts au profit de la Croix-Rouge.

Si Menuhin est devenu ce qu'il était, c'est grâce à sa mobilité, son omniprésence dans le monde entier, mais d'abord bien sûr par sa personnalité d'artiste. De ce point de vue, c'est un esprit moderne. En son temps, on attendait encore du violoniste de la prestidigitation (il en donnera !), du sentiment à fleur de peau, con molti portamenti e glissandi. Or, il sera l'un des premiers à renoncer à certains traits stylistiques et à fonder son expressivité sur la sonorité d'abord. Et dès les années 1930, le son Menuhin est particulièrement prenant et reconnaissable. Plus charnu que celui de l'école franco-belge, dont son maître, Louis Persinger, lui avait transmis l'héritage. Menuhin possède vraiment un timbre, comme une voix humaine.

Après une période un peu critique à la fin de la guerre, où il doit reprendre un second souffle après deux décades prodigieuses, il repart à la conquête du monde et de son répertoire, dénazifiant Wilhelm Furtwängler dès 1947 en jouant avec lui le Concerto de Brahms, participant à la grande aventure du Festival de Prades, où les meilleurs solistes du monde se réunissent chaque été au pied du Canigou et aux pieds de Pablo Casals, nourrissant patiemment une discographie pléthorique (on connaît de lui six enregistrements du Concerto de Brahms, six de celui de Mendelssohn, douze de celui de Beethoven, quatorze du Double Concerto de Bach...).

Alors le mythe s'élargit. Il devient chef d'orchestre. Avec l'Orchestre du Festival de Bath, qu'il a fondé, il réalise en particulier de fameux enregistrements des œuvres orchestrales de Bach et de Haendel, une intégrale des Symphonies de Schubert. Mais il s'intéresse aussi à d'autres traditions musicales. Il joue du jazz avec Stéphane Grappelli, de la musique indienne avec Ravi Shankar. Sa pratique du yoga en fait une sorte de bon maître, mélange de sage oriental et de philosophe stoïcien étendant sa bénédiction au monde entier, au-dessus des mêlées. À l'ère brejnévienne, il fait l'éloge des droits de l'homme devant un parterre d'officiels soviétiques, milite pour toutes les causes humanitaires et agit en faveur de Rostropovitch et du pianiste Estrella emprisonné en Uruguay. Artiste officiel de l'humanité, promoteur d'une pédagogie humaniste, partout fêté, partout décoré, anobli par Sa Gracieuse Majesté, il accomplit un long parcours sans faute. Mais c'était d'abord une voix violonistique inoubliable et inimitable (lire notre article Menuhin)



GUIDE D'ÉCOUTE

Avertissement : ces enregistrements historiques ont été restitués avec le plus grand soin, afin d'en préserver le naturel et la présence. Les bruits parasites résiduels sont inhérents aux supports et aux techniques de l'époque.


JOHANNES BRAHMS (1833-1897)

Concerto pour violon en ré majeur, op. 77
L'unique Concerto pour violon de Brahms peut s'entendre comme une grande symphonie avec soliste principal tant le rôle de l'orchestre y est important. Il fut créé en 1879.

1 Allegro non troppo
Le premier mouvement, fort développé, s'ouvre par une longue introduction orchestrale présentant successivement trois idées principales. Une brève transition de caractère assez dramatique mène à la brillantissime entrée du violon. Au contraire de nombreux concertos pour violon de l'époque, les traits de virtuosité, extrêmement techniques, ne rompent pas la continuité du discours et n'ont rien de démonstratif.



2 Adagio
Écrit dans la tonalité « pastorale » de fa majeur, ce mouvement lent a d'abord frustré les violonistes, car il s'ouvre sur un long solo... de hautbois, déroulant un thème serein et lyrique. Le soliste le reprend ensuite sous une forme variée.



3 Allegro giocoso, non troppo
Ici, le violon s'impose dès la première mesure avec un thème vigoureux et triomphant, au caractère tzigane bien marqué. La forme générale du mouvement est un rondo ce qui suppose l'alternance d'un « refrain » (le thème tzigane initial, lequel reviendra trois fois) et de « couplets ».




Danses hongroises (arr. Joseph Joachim)
Brahms n'avait rien de hongrois mais connaissait le répertoire magyar et composa 21 Danses hongroises (publiées en 1869 et 1880).

4 N° 1 en sol mineur (Allegro molto)
Il s'agit là d'une vigoureuse csardas.



5 N° 4 en si mineur (Poco sostenuto)
Plus développée en trois parties, cette pièce constitue un petit tableau contrasté de la Hongrie populaire.



6 N° 6 en si bémol majeur
Une des plus célèbres, avec ses brusques changements rythmiques, faisant alterner de sensuels alanguissements et un dynamisme échevelé.



7 N° 7 en la majeur
Danse trépidante et brève.




Trio pour piano, violon et violoncelle, op. 101
Composé en 1886, ce Trio est plus compact que les deux précédents. Brahms y atteint un équilibre parfait entre la rigueur formelle et l'expressivité.

8 Allegro vivace
Le premier mouvement se fonde sur l'opposition puissante entre un thème énergique et rythmique, et un autre, plus cantabile et de nature éperdument lyrique. Le mouvement est d'une haute tension dramatique.



9 Presto non assai
À la place du Scherzo, Brahms, comme souvent, introduit un intermezzo agréable et plein de fantaisie. L'épisode central est plus mystérieux avec ses pizzicati de cordes et ses idées cursives.



10 Andante grazioso
Fondé sur un rythme quelque peu déhanché dû à une sorte de mesure à 7 temps, ce nouvel intermède lyrique léger et agréable sonne comme un moment de détente. Un second thème, tout simple, renforce cette ambiance aimable.



11 Allegro molto
Retour à la tonalité principale avec un finale plus sombre et inquiet. Le second thème chromatique, possède également un côté farouche. Les idées secondaires ne nuisent cependant pas à l'unité de l'ensemble, en dépit de la variété des éléments qui le composent.



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