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Vladimir Horowitz Discoportrait

Ce géant du piano est disparu il y a vingt ans.
Rétrospective discographique.

PAR Francis Drésel | LE DISCOPORTRAIT | 5 janvier 2010
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Classica

Si son style renvoie à une approche du piano désormais entrée dans la légende, Vladimir Horowitz (1903-1989) reste près de nous grâce à d'incessantes publications : une édition monumentale chez Sony-BMG, reprenant l'intégralité de son legs RCA et CBS (Complete Original Jacket Collection en coffret de 70 CD !), mais aussi de réelles "nouveautés" comme son ultime concert à Hambourg le 21 juin 1987, révélé l'an dernier par DG, ou des archives privées captées à Carnegie Hall entre 1945 et 1950, renouant avec — déjà — de précieux "Horowitz rediscovered".

En dépit de prises de son précaires, le premier des six volumes prévus nous offre un "chaînon manquant" dans son interprétation de la Sonate en si mineur (lire la critique) de Liszt, un live survolté du 21 mars 1949 s'inscrivant ainsi entre sa gravure magistrale du 12 novembre 1932 (en studio) et sa version un peu tardive de novembre 1976 (en public). Ces trois enregistrements sont représentatifs des grandes "périodes" de sa discographie.

Jusqu'à son premier retrait du concert, en 1936, c'est une période conquérante, pendant laquelle Horowitz quitte l'URSS (fin 1925) après de légendaires tournées, subjugue l'Europe occidentale et triomphe aux États-Unis (débuts le 12 janvier 1928 avec le Concerto n° 1 de Tchaïkovski dirigé par Beecham). À la suite de quelques rouleaux ("ses" Variations sur Carmen, dès janvier 1926), ce sont ses premières gravures pour HMV, généralement à Londres : fabuleux Schumann, Chopin et Liszt, Concerto n° 3 de Rachmaninov avec Coates...

Ultimes échos

De 1940 à son récital "d'adieux" du 25 février 19532e Rhapsodie hongroise de Liszt dévastatrice, Sonate D960 de Schubert, sidérante Messe noire (9e Sonate) de Scriabine — c'est sa grande période RCA, avec d'abord les deux concertos qu'il donne sous la direction de son beau-père, Arturo Toscanini : Concerto n° 2 de Brahms en mai 1940 et Premier de Tchaïkovski au mois de mai suivant. Un contrat d'exclusivité est signé en 1946, relayé en 1962 par l'autre "major" américaine, CBS.

Horowitz peut enregistrer chez lui et prépare avec minutie certains microsillons, en particulier un Scarlatti constitué de douze irrésistibles sonates au printemps 1964... au cours duquel il grave en fait six autres sonates, heureusement révélées par Sony trois ans après sa mort ! Mais il prépare aussi son deuxième retour, historique, à Carnegie Hall le 9 mai 1965 : Bach/Busoni (BWV 564), Schumann (Fantaisie, puis Rêverie en bis), Scriabine (de nouveau la Messe noire et quelques autres pages), Chopin et même Debussy (Serenade for the doll, encore un de ses bis favoris).

D'autres captations de concerts restent mémorables, comme son premier récital télévisé, le 1er février 1968, mais également l'un de ses plus sublimes enregistrements de studio, les Kreisleriana de Schumann le 1er décembre 1969, l'année même où il raréfie de nouveau ses apparitions.

En 1973, RCA reprend le flambeau et le suit dans ses concerts, exclusivement new-yorkais, y compris le 50e anniversaire de ses débuts américains, où il se remet au 3e Concerto de Rachmaninov, jusqu'à ses deux récitals londoniens de 1982.

C'est Deutsche Grammophon qui se charge des ultimes échos, quand Horowitz accepte plus volontiers de revenir en Europe, triomphant à Moscou en avril 1986. On doit aussi à la firme allemande la réalisation d'un quasi-caprice, le 23e Concerto de Mozart filmé à la Scala de Milan en mars 1987 avec un Carlo Maria Giulini quelque peu égaré au pupitre, qui permet cependant d'ajouter un sixième opus à son répertoire de concertos, aussi restreint qu'incontournable, du célèbre Empereur de Beethoven (New York, 26 avril 1952, sous la direction de Reiner) au Premier de Brahms au Concertgebouw d'Amsterdam avec Bruno Walter le 20 février 1936, sauvé en dépit d'une centaine de mesures manquantes...

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