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Sir John Barbirolli Discoportrait

Un chef cosmopolite, inoubliable dans le répertoire "fin de siècle".

PAR Francis Drésel | LE DISCOPORTRAIT | 1 juillet 2010
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Classica



Né à Londres le 2 décembre 1899 dans une famille de musiciens, Giovanni Battista Barbirolli, d'ascendance italienne du côté paternel et française par sa mère, se destinait d'abord au violoncelle et fut le soliste de la deuxième exécution du Concerto d'Edward Elgar, l'un de ses compositeurs favoris (coffret de 5 CD EMI). C'est aussi sa Symphonie n° 2 qu'il apprit en un temps record pour remplacer Thomas Beecham à la tête du London Symphony Orchestra lors d'un concert de 1927 qui consacra ses dons de chef et le fit remarquer par HMV (EMI), son fidèle éditeur à l'exception de quelques gravures Pye à la fin des années 1950.

Le coffret de 10 CD "Sir John Barbirolli - The Great EMI Recordings" qui vient de sortir pour le quarantième anniversaire de sa disparition rappelle une autre longue histoire, celle, pendant vingt-sept ans — de 1943 à 1970 —, de l'Orchestre Hallé de Manchester et de son directeur musical, surnommé affectueusement "JB"...
Auparavant, Barbirolli avait notamment été nommé successeur de Toscanini au Philharmonique de New York, de 1937 à 1942 !


Aux États-Unis comme à Londres, il devint très vite l'un des accompagnateurs préférés des plus illustres solistes : Rubinstein (Concertos de Chopin et Concerto n° 1 de Tchaïkovski), Horowitz (stupéfiant "live" du Concerto n° 3 de Rachmaninov), Schnabel (Mozart), Milstein (Bruch), Kreisler, Elman, Heifetz, Piatigorsky... Le coffret EMI reflète l'originalité de son répertoire, rejoignant ses origines diverses : en plus de la musique anglaise (Elgar bien sûr, mais aussi Bax, Delius, Butterworth ou Vaughan Williams, dont il créa les 7e et 8e Symphonies), Barbirolli se fit le défenseur de la musique française (Ravel et Debussy, alors méconnus au Royaume-Uni) et signa des versions de référence de deux sommets de l'art lyrique italien, Madame Butterfly de Puccini en 1966 (avec Renata Scotto) et Otello de Verdi deux ans plus tard (Jones, McCracken, Fischer-Dieskau), à la création duquel son père et son grand-père avaient participé en 1887 !



Une prédilection tardive pour Mahler


Il servit aussi la musique nordique, avec une intégrale Sibelius notoire, mais moins le "grand répertoire" germanique, hormis un cycle Brahms à Vienne, auquel on peut préférer les deux Concertos pour piano gravés à Londres en 1967 avec le jeune Barenboim.


Barbirolli est longtemps resté réticent à la musique de Mahler, même s'il donna dès 1931 les Kindertotenlieder (qu'il allait superbement graver, ainsi que d'autres cycles, avec Janet Baker en 1967-1969). C'est en 1952, sous l'influence d'un critique musical, que Barbirolli se mit à étudier avec passion sa Symphonie n° 9. Il put ainsi diriger cette symphonie à partir de février 1954, mais c'est la Symphonie n° 1 qu'il enregistra d'abord, en 1957 (Pye-Nixa).


Barbirolli s'est imposé comme un des meilleurs médiateurs de Mahler du moment, intégrant peu à peu à son répertoire toutes ses symphonies, sauf la Huitième. En studio, il a réussi à la tête du New Philharmonia d'admirables Cinquième et Sixième. Une autre Sixième d'exception se trouve chez Testament (Berlin 1966), deux ans après une fascinante Neuvième avec le même Philharmonique de Berlin... et première gravure d'une symphonie de Mahler par cet orchestre (EMI) !


Grâce au "live", on peut "compléter" par une Symphonie n° 3 à Berlin encore (1969), ou à Manchester deux mois plus tard, une Quatrième avec l'Orchestre de la BBC à Prague (1967) et une Septième remontant à 1960 (BBC "Legends"), sans oublier une Symphonie "Résurrection" quelque peu testamentaire à Stuttgart le 5 avril 1970 (EMI). La veille de sa disparition, survenue le 29 juillet 1970, il répétait encore des pages de ce compositeur...

Francis Drésel

Retrouvez les Discoportraits chaque soir à 23 h sur Radio Classique



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