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Rafael Kubelik. Discoportrait

Poésie et lyrisme ont toujours guidé Rafael Kubelik, chef rebelle au "star-system" comme à l'appropriation excessive des œuvres.

PAR Francis Drésel | LE DISCOPORTRAIT | 26 octobre 2011
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Classica

Fils de l'illustre violoniste Jan Kubelik, le futur directeur musical de l'Orchestre symphonique de la Radio bavaroise est né près de Prague le lendemain de l'attentat de Sarajevo. Il dirige le Philharmonique tchèque dès 1934 et succède en 1942 à Václav Talich, qui privilégie le théâtre lyrique. Rafael Kubelik a lui-même dirigé auparavant l'Opéra de Brno, triomphant notamment dans Les Troyens, opéra fétiche auquel cet admirateur de Berlioz (sa Symphonie fantastique de 1981 à Munich — Orfeo d'or) reviendra par exemple à Covent Garden (qu'il dirige de 1955 à 1958) avec Jon Vickers (Testament). Mais ses premières gravures sont destinées aux musiciens partageant ses origines, de Gyrowetz ou Dvorák à Suk, Janácek et Martinu (panorama en CD Testament - Disponibles : Janacek, Martinu, Dvorak, Smetana ainsi que Musique des XVIIe et XVIIIe siècles) et d'abord Smetana, avec les deux plus fameux poèmes de Ma Patrie : La Moldau et Par les prés et les bois de Bohême (Philharmonique tchèque, fin 1937 - Andromeda).

 

Opposé au pouvoir communiste, il s'exile en 1948 au Royaume-Uni, où il enregistre avec le Philharmonia, puis aux États-Unis. Le Symphonique de Chicago l'appelle en 1950, lui permettant d'enregistrer pour Mercury. Après de sensationnels Tableaux d'une exposition (Moussorgski/Ravel, avril 1951) viennent la première de ses cinq gravures de Ma Vlast de Smetana (mais, "live" compris, treize versions sont répertoriées sur l'exhaustif site vagne.free.fr, les Symphonies "Prague" de Mozart et "Du Nouveau Monde" de Dvorák (qu'il redonnera en public à Prague le 11 octobre 1991 - Denon) et diverses pages du XXe siècle.

 


DIX-HUIT ANS DE BONHEUR BAVAROIS


De nouveau à Londres, Kubelik enregistre avec le Royal Philharmonic, la BBC et Covent Garden (Jenufa de Janácek). Il s'y sent cependant "étranger" et noue des liens avec le Philharmonique de Vienne, enregistrant pour Decca dès juin 1954 la Symphonie n° 1 de Mahler et, de Dvorák, le Concerto pour violoncelle (pour la seconde fois en compagnie de Pierre Fournier), des Danses slaves et deux symphonies, une intégrale Brahms puis des symphonies de Mozart, Schubert, Borodine et Tchaïkovski (EMI).


En 1961, il trouve enfin une terre d'accueil durable à Munich, où il succède à Eugen Jochum et s'impose dans les concerts "Musica viva" institués par Hartmann (dont il aborde volontiers l'univers — Wergo, DG et Orfeo). Maints opéras témoignent de son éclectisme, de Rigoletto et Lohengrin au Palestrina de Hans Pfitzner (DG) ou Mathis der Maler de Hindemith (EMI) en passant par Les Joyeuses Commères de Windsor de Otto Nicolaï (Decca). Pour DG, il réalise aussi des intégrales symphoniques de Schumann puis Dvorák avec le Philharmonique de Berlin, de Beethoven avec un orchestre différent pour chaque symphonie, et de Mahler avec la Radio bavaroise (1967-1971).


Kubelik était toutefois à son meilleur dans les conditions du concert, et l'on trouve désormais sous label Audite un autre cycle MahlerLe Chant de la terre, Symphonies n° 1, n° 2, n° 3, n° 5, n° 6, n° 7 n° 9 (à l'exception de la Quatrième) ainsi qu'une "Grande" Symphonie de Schubert, Un requiem allemand de Brahms, des concertos pour piano de Mozart avec Clifford Curzon et de Beethoven avec Serkin en 1977 (Orfeo). Récemment, c'est en BR Klassik qu'ont été publiés les 22e, 23e Concertos de Mozart avec Barenboim au clavier en 1970 et une Symphonie n° 8 de Bruckner rappelant ses affinités avec ce compositeur, comme une sublime Symphonie n° 9 lors de son ultime concert munichois, le 6 juin 1985 (Orfeo), ou les Symphonies n° 3 et n° 4, jointes en un coffret Sony "Masters" à des symphonies de Mozart et à sa seconde intégrale Schumann.


Parmi ses dernières prestations, citons encore une Messe "sainte Cécile" de Haydn en la basilique d'Ottobeuren (1982, DVD Arthaus), retrouvant le souffle d'une Missa solemnis de Beethoven (Orfeo d'or), et son glorieux retour chez lui, à Prague, le 12 mai 1990 pour Ma Patrie de Smetana (Supraphon) par un Philharmonique tchèque en état de grâce !


Francis Drésel

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