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Klaus Tennstedt Discoportrait

Une carrière qui dura seulement vingt ans, mais un héritage singulier et passionnant à (re)découvrir.

PAR Francis Drésel | LE DISCOPORTRAIT | 14 janvier 2011
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Classica

Longtemps sous-estimé, Klaus Tennstedt a connu un parcours musical étrange, un peu à l'image de sa gestuelle, ample et expressive plus que précise. Né en Saxe le 6 juin 1926, il est nommé à la tête de divers théâtres lyriques et invité par les meilleurs orchestres de l'ex-RDA.

R. Strauss : Quatre derniers Lieder
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J. Brahms : Un Requiem allemand
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G. Mahler : Symphonie n° 5 ("live")
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Voir ci-dessous la suite des enregistrements — disponibles en numérique — mis en lien dans l'article.

Inconnu à l'Ouest, il demande cependant l'asile politique au détour d'un concert à Göteborg en mars 1971. L'année 1974 marque un tournant : l'Orchestre symphonique de Toronto étant orphelin de Karel Ancerl, son agent (Walter Homburger, l'un des "découvreurs" de Glenn Gould) voit Tennstedt diriger à Hambourg et l'engage pour accompagner Itzhak Perlman dans le Concerto pour violon de Beethoven, concerto que ce chef gravera deux fois (EMI), fin 1989 au Concertgebouw d'Amsterdam avec Kyung-Wha Chung, puis en 1992 avec l'Orchestre de la NDR de Hambourg et Nigel Kennedy.

Aussitôt demandé par les "Big Five" américains et les meilleures formations européennes, il devient premier chef invité de l'Orchestre du Minnesota et surtout du Philharmonique de Londres, où il succédera à Georg Solti en 1983 et au pupitre duquel il réalisera l'essentiel de sa discographie (EMI lui donnant carte blanche), en particulier sa fameuse intégrale Mahler entamée dès 1977, abrupte et volontiers excessive, superbement à part.

Mais à l'exception de splendides Richard Strauss, notamment les Quatre derniers lieder avec Lucia Popp en 1982, ni la rutilance du Philharmonique de Berlin (les Neuvième de Dvorák et de Schubert, les Quatrième de Mendelssohn et Bruckner, des pages de Wagner) ni l'absolue complicité du Philharmonique de Londres (pour Beethoven ou Brahms, dont Un requiem allemand avec Jessye Norman) n'empêchent ses autres gravures d'être alors jugées massives, statiques, d'un autre temps.

 


UNE NOUVELLE DIMENSION GRÂCE AUX "LIVE"

Dès 1985 une santé déclinante vient aggraver le chronique manque de confiance en soi de Tennstedt. Il préfère désormais laisser des témoignages en public. Quatre symphonies de Mahler — la Cinquième issue d'un concert londonien en 1988, une Première avec le Symphonique de Chicago deux ans plus tard et surtout les Sixième et Septième de nouveau avec Londres en 1991-1993 — puis une Symphonie "Héroïque" de Beethoven (EMI) captée au Royal Festival Hall en 1991 mettent soudain en évidence, comme divers documents filmés, l'incroyable charge émotive qui étreint Tennstedt, immédiat, lyrique, intuitif et constamment en proie au vertige d'un concert vécu comme le dernier.

Depuis sa mort, survenue le 11 janvier 1998, les publications d'enregistrements sur le vif se multiplient. Aux interprétations réalisées à la tête d'orchestres de radios, de Hambourg, dont il fut chef permanent de 1979 à 1981 (Symphonie n° 7 de Beethoven et "Jupiter" de Mozart, EMI "NDR Klassik"), de Bavière (d'autres symphonies de Mozart, de surprenantes Cinquième et Septième de Prokofiev, et une magnifique Troisième de Bruckner — Profil) ou de Baden-Baden (Mahler) s'ajoutent de somptueux reflets de ses vingt-trois concerts avec le Philharmonique de Berlin d'avril 1977 à mai 1991 (Testamentlire la critique Classica) et bien sûr de multiples prestations avec son cher London Philharmonic, sous labels BBC Legends et LPO, en particulier La Création de Haydn, avec Lucia Popp que l'on retrouve dans un Requiem allemand plus fluide et une Neuvième de Beethoven.

Francis Drésel

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