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Glenn Gould. Discoportrait

Privilégiant la communication avec le public par l'enregistrement, le pianiste canadien Glenn Gould a fait du disque un art, laissant un legs discographique important.

PAR Francis Drésel | LE DISCOPORTRAIT | 25 septembre 2011
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Classica

Fin 1974, les téléspectateurs français découvraient, médusés, grâce à quatre films tournés à Toronto par Bruno Monsaingeon, cet incroyable artiste qui présentait sa fameuse chaise tel un membre de sa famille et Orlando Gibbons (virginaliste élisabéthain qu'il jouait au piano) comme son compositeur "favori". Mais derrière ce côté volontiers iconoclaste, on réalisait surtout son lien privilégié avec Bach, lors de séances d'enregistrement de sa Suite anglaise n° 1 et d'une version intégrale de sa Sixième Partita, ainsi que l'éclectisme de son répertoire, allant jusqu'à la nouvelle école de Vienne — Gould a enregistré tout ce que Schönberg a composé pour ou avec piano, Ode à Napoléon et lieder compris.

Quelques années plus tard, cinq mois après sa mort le 3 octobre 1982 à cinquante ans, Gould réapparaissait en trois épisodes filmés par Monsaingeon, "Glenn Gould joue Bach", où il interprétait notamment des fugues du Clavier bien tempéré et de L'Art de la fugue, la 4e Partita et "ses" Variations Goldberg de 1981, aussi extatiques que celles enregistrées en 1955 étaient ductiles, virevoltantes... et déjà inimitables.

Pour le dixième anniversaire de sa disparition, une "Glenn Gould Edition" exhaustive de Sony permettait de mesurer l'ampleur du legs discographique de celui qui renonçait définitivement à "l'arène sanglante des concerts" dès avril 1964 pour se réserver au studio : pas moins de 80 CD, majoritairement consacrés à Bach mais aussi Beethoven. De Bach par Gould, il faut évidemment retenir "les" Goldberg et Le Clavier bien tempéré (Livre I et Livre II) patiemment gravé entre 1962 et 1971, ainsi que les autres œuvres pour clavier seul, des Suites anglaises et françaises, des légendaires Partitas (Volume I et Volume II) et Inventions aux Toccatas contrastées et à un étrange "album italien". S'y ajoutent d'improbables Sonates avec Rose au violoncelle ou Laredo au violon et des Concertos (BWV 1052, BWV 1054, 1056, 1058) où il faut oublier l'orchestre. Gould a gravé pour CBS 20 (vol. I et vol. II) des 32 sonates pour piano de Beethoven, auxquelles deux autres s'ajoutent grâce à la Radio canadienne (CBC), ainsi que des Variations, d'intimistes Bagatelles, opp. 33 et 126 et les cinq Concertos (N° 1, N° 2 avec Macmillan, N° 1, N° 2 avec Golschmann et Bernstein, N° 3 et N° 4 avec Bernstein) mieux accompagnés (y compris par Stokowski dans L'Empereur) que ceux de Bach.


CURIOSITÉS

L'exhumation d'enregistrements publics a permis non seulement de découvrir Gould en concert (Live à Salzbourg & Moscou, live à Toronto, live à Stockholm) mais de le retrouver en compagnie de chefs qu'il appréciait spécialement, tels Karajan, pour leur rencontre autour du 3e Concerto de Beethoven en 1957 (Sony), ou Krips pour le 5e en 1960 à Buffalo (Sony ou coffret WHRA avec de la musique de chambre). Pour Beethoven toujours, une session bénie de la CBC (11 juin 1968) offre la délectation d'une transcription peu lisztienne de la Symphonie "Pastorale", plus convaincante que la 5e Symphonie réalisée peu avant (CBS). Dans Brahms, si le Concerto n° 1 avec Bernstein en 1962 reste un grand moment (Sony), on privilégie les miraculeux Intermezzi gravés deux ans auparavant et considérés par Gould comme son disque le plus... "sexy", puis les Ballades, op. 10 témoignant de la méditative lenteur de ses ultimes conceptions (février 1982), comme les inattendues Pièces et Sonate pour piano de Richard Strauss, pourtant ludiques, à l'image des dernières Sonates de Haydn (1981).

Paradoxalement, c'est avec d'autres musiciens que son sentiment de solitude ressort le plus, comme lors de ses "Documentaires radiophoniques" La Trilogie de la Solitude (Sony), essentiels au sein de l'activité créatrice d'un artiste auteur dans sa jeunesse d'un mémorable Quatuor à cordes.

Francis Drésel

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