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Eugene Ormandy. Discoportrait

Une discographie monumentale reflète le demi-siècle passé par le chef Eugene Ormandy, d'origine hongroise, à l'Orchestre de Philadelphie.

PAR Francis Drésel | LE DISCOPORTRAIT | 11 janvier 2012
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Classica

Lorsque Jenö Blau, jeune professeur de violon né à Budapest en 1899, décide en 1921 de tenter sa chance aux États-Unis, on lui conseille le pseudonyme d'Eugene Ormandy. Entré comme violoniste du dernier rang au Capitol Theatre de New York, il se retrouve premier violon en cinq jours et découvre en dirigeant « un nouvel instrument au son plus riche et plus plein que le violon : l'orchestre ».

De cette époque — dont des échos se trouvent dans un double album Biddulph "The Art of Eugene Ormandy" (y compris au violon) *—, il devait garder le goût d'un répertoire très étendu, de la musique "légère" qu'il joue pour CBS à nombre de créations (dont les Danses symphoniques de son ami Rachmaninov). Il allait aussi conserver une devise en répétition : « I am one of you » ("Je suis l'un des vôtres").

Ormandy connaît la consécration le 25 octobre 1931 en remplaçant Toscanini à la tête du Philharmonique de New York. Il devient par la suite directeur musical du Symphonique de Minneapolis. Certaines de ses premières gravures, où il n'hésite pas à heurter le public par de la musique "moderne" (La Nuit transfigurée de Schönberg) ou de grandes fresques (deuxième gravure mondiale de la Symphonie n° 2 "Résurrection" de Mahler, début 1935), figurent dans un coffret de 10 CD de la série "Maestro Brillante", qui comprend également ses premiers enregistrements à Philadelphie (Symphonie n° 7 de Bruckner**, Symphonie n° 1 de Sibelius, etc.).

Car en 1936, c'est Stokowski en personne qui lui propose le statut de "chef associé" (à ses côtés) du prestigieux orchestre. Deux ans après, seul maître à bord, il débute un règne sans partage marqué d'emblée par des interprétations d'une poésie et d'une somptuosité sonore que l'on peut aussi apprécier, via qobuz.com, en neuf volumes Naxos de Symphonies allant de Haydn à Sibelius (Poèmes - 4e, 5e Symphonies) et Prokofiev (Symphonies n° 1 & n° 5, les rares deux dernières n° 6 & 7) en passant par les plus célèbres de Dvorák et Tchaïkovski (Casse-Noisette, Lac des cygnes, Symphonie n° 6, Symphonie n° 4, Ouverture 1812...).

 

LA CADILLAC EN OR MASSIF

Curieusement, le rayonnement d'Ormandy est parfois sous-estimé quand on ne retient de lui que l'impeccable accompagnateur de solistes tels Serkin (Concertos n° 1 & 3, n° 2 et n° 4, n° 5 de Beethoven, Concerto n° 2 de Brahms), Istomin, Stern (Brahms encore, Concertos de Mendelssohn, Sibelius, Tchaïkovski !), Rose (Triple Concerto de Beethoven, Concerto pour violoncelle de Dvorak, Concerto pour violoncelle de Saint-Saëns), Rostropovitch (Chostakovitch) et bien d'autres jusqu'à Yo-Yo Ma (Chostakovitch, Kabalevski) et Emanuel Ax. En réalité, le couple Ormandy-Philadelphie a fait œuvre de pionnier avec une retransmission télévisée en 1948, avec de multiples tournées internationales (l'URSS dès 1958 et surtout la Chine en 1973).

Le chef évoquait lui-même, en toute immodestie (justifiée !), « The Philadelphia Sound ». Somptuosité des cordes, puissance des cuivres, précision des bois et l'exceptionnelle fusion des timbres ont valu à l'orchestre le surnom de "Cadillac en or massif", ô combien pertinent à l'écoute du coffret de 10 CD "The Original Jacket Collection" de Sony, avec des versions de référence des Tableaux d'une exposition de Moussorgski/Ravel ou de Concertos par Isaac Stern. Les témoignages d'Ormandy (plus de 500 microsillons !) ont su préserver cette beauté sonore : après avoir enregistré alternativement pour CBS et RCA (Sony), Ormandy, "Conductor Laureate" jusqu'à sa disparition en 1985, a effectué d'ultimes prestations pour Delos — les deux dernières symphonies de Tchaïkovski — (N° 5), la Symphonie avec orgue*** de Saint-Saëns (Telarc) — ou des pages de Bartók, Hindemith et Barber (EMI) avant de revenir chez RCA pour Mendelssohn (un Songe... de rêve), Pierre et le loup avec David Bowie et, captées en public, de sublimes Métamorphoses de Strauss [ci-desous].




— * Tchaikovski/Moussorgski et Sibelius
— ** Symphonie n° 7 de Bruckner non disponible en téléchargement - Symphonies n° 4 et n° 5 disponibles chez Sony - Symphonie n° 1 de Sibelius disponible chez Biddulph
— *** Symphonie avec orgue chez Sony

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