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Arthur Grumiaux. Discoportrait

Sonorité lumineuse et classicisme souverain caractérisent Arthur Grumiaux, héritier de l'école belge de violon.

PAR Francis Drésel | LE DISCOPORTRAIT | 25 novembre 2011
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Classica

Grâce à son grand-père, qui tenait un magasin de partitions et s’occupait de l’animation musicale de Fleurus (Belgique), Arthur Grumiaux révèle très tôt ses dons pour le violon. Né le 21 mars 1921, il donne un récital à cinq ans puis est admis au Conservatoire de Charleroi pour une formation complète, piano y compris, au point de pouvoir graver en 1959 les Sonates pour violon et piano n° 2 de Brahms et K. 481 de Mozart en jouant lui-même des deux instruments (procédé de re-recording).

Grumiaux se perfectionne au Conservatoire de Bruxelles auprès d’Alfred Dubois (à qui il succédera en 1949), véritable incarnation de la lignée belge de son propre professeur, Eugène Ysaÿe. Également conseillé par Enesco, il remporte plusieurs prix et se produit notamment sous la direction de Charles Munch.

Mais la guerre étouffe de si prometteurs débuts, Grumiaux refusant toute collaboration (même un poste de Konzertmeister à Dresde). Remarqué par Walter Legge, il joue pour les troupes alliées et effectue à partir de juin 1945 ses premières gravures pour EMI, témoignant déjà d’un rare éclectisme (Tarentelle de Szymanowski avec Gerald Moore, Concerto pour 2 violons de Bach, etc.).

Effaré par le rythme des concerts — et leur inévitable manque de répétitions —, il fait toutefois la connaissance de musiciens qui vont devenir de vrais amis, tel Ernest Ansermet (débuts américains sous sa direction à Boston en 1951), d’autres violonistes (Oïstrakh, Menuhin et surtout Milstein) et bien sûr ses pianistes-accompagnateurs avec lesquels il va beaucoup enregistrer, Riccardo Castagnone et István Hajdu. La musique de chambre représente en effet une part essentielle de son immense legs discographique pour Philips, son éditeur dès 1953, qui a publié en 1995 (au Japon !) une « Arthur Grumiaux Edition » de 78CD, allant de Fantaisies de Telemann au Concerto de Berg (CD12).

 


LA RENCONTRE DE CLARA HASKIL


Grumiaux souhaitait jouer en compagnie de Dinu Lipatti avant d’être bouleversé par sa disparition en décembre 1950. Six mois auparavant, au premier Festival de Prades, il a cependant rencontré Clara Haskil, aussi d’origine roumaine, et avec qui l’entente est immédiate autour d’une 10e Sonate de Beethoven dont, ensemble, ils gravent de celui-ci une intégrale de référence des Sonates pour violon et piano ainsi que six de Mozart (toujours disponibles — Philips/Decca : K.301, K.304, K.376, K.378, K.454, K.526) dans un climat de poésie et d’écoute mutuelle que l’on retrouve lors des Festivals d’Ascona ou de Besançon (INA).

De Prades 1953 nous sont parvenus une Première Sonate de Beethoven avec William Kapell, et Milton Thomas et Paul Tortelier pour le Quatuor avec piano n° 2 de Mozart (Music & Arts).

En 1967, Grumiaux fonde son propre trio à cordes Mozart, Schubert, mais ses derniers enregistrements avec Walter Klien pour Mozart (volume 1, volume 2, volume 3, Edition Mozart) ou Claudio Arrau (Beethoven) ne procèdent pas d’une semblable complicité, tandis que se dégrade l’état de santé du violoniste, qui allait s’éteindre à 65 ans en 1986.

On lui doit par ailleurs des versions indémodables de Concertos, en particulier deux intégrales Mozart difficiles à départager, entre la pureté rayonnante de la première (Vienne, mono) et celle postérieure d’une dizaine d’années, bénéficiant du soutien de Colin Davis (Intégrale des enregistrements avec orchestre), sans compter une Symphonie concertante en public avec Primrose à l’alto et Ackermann au pupitre (Archipel). Parmi les autres « grands concertos », celui de Beethoven avec le Concertgebouw dirigé par Colin Davis en 1974 (réédition Pentatone, avec le Premier concerto de Bruch sous la direction de Wallberg) et, avec le même orchestre, ceux de Brahms (Van Beinum, 1958), Mendelssohn et Tchaïkovski (Haitink, 1960), sans oublier le Quatrième concerto de Paganini que Grumiaux a littéralement re-créé, en déclinant pourtant son exclusivité pour des raisons de chef imposé…

Et si l’on désire la preuve absolue de sa probité comme de sa profondeur, il suffit d’écouter ses Sonates et Partitas de Bach de 1960-61, superbement reprises en collection « The Originals ».


Francis Drésel


Retrouvez les Discoportraits chaque soir à 23 H sur Radio Classique.

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