Robert Hossein, l'invité du mois de Classica
Légende du cinéma et mastodonte des grands spectacles généreux, Robert Hossein avait un père compositeur. Il se souvient.
« Personne n’est indispensable mais tout le monde peut être utile aux
autres. Mes spectacles sur l’histoire sainte donnent, je crois, envie de vivre et d’exister, mais surtout d’aimer, d’aider les autres et de partager.
« C’est ce que je retrouve dans les chœurs des Passions de Bach. Pas
besoin de croire pour être dans les bras de Dieu. L’essentiel, c’est de
se rendre compte que les trois quarts de l’humanité vivent mal. Il faut être à l’écoute de la maladie, de la misère. J’ai été baptisé à quarante ans par l’aumônier des spectacles qui m’a mis un peu de flotte sur la tête, mais je devais être chrétien avant ma naissance parce que j’ai toujours été bouleversé par la souffrance des autres.
LA "VALSE TRISTE"
de
JEAN SIBELIUS
par
Herbert von Karajan (EMI)
« J’ai une grande nostalgie en moi. L’atavisme slave, probablement. Cette musique me tire des larmes comme les chansons de Charles Aznavour (ses parents étaient amis avec les miens) ou d’Édith Piaf, qui est venue m’applaudir quand j’ai débuté au théâtre et qui m’a aidé. »
Robert Hossein avec Olivier Bellamy
« Quand j’étais petit, on n’avait rien, mais ma mère donnait tout ce qu’elle avait et il y avait toujours du bortch à la betterave pour ceux qui venaient. Son père était richissime et a tout perdu à la Révolution russe. Des étudiants l’ont raccompagné à la frontière et ma mère est devenue actrice en Allemagne. Mon père, lui, jouait du piano. Il venait de Samarcande, une ville perse occupée par les Russes [aujourd’hui en Ouzbékistan]. Pour gagner sa vie, il a proposé ses services dans les studios. C’est là qu’il a rencontré ma mère. Ils parlaient russe tous les deux. Coup de foudre.
« Avec la montée du nazisme, ils sont venus en France. Je suis donc né à Paris. Ma mère travaillait comme modiste, mon père composait des symphonies, des concertos. Il jouait du tar [luth à long manche d’Asie centrale avec un corps en forme de double cœur] comme un dieu. On vivait à l’hôtel avec les toilettes au deuxième étage et l’eau sur le palier. Notre voisin était un peintre qui payait sa chambre avec ses toiles. Il me disait : “Un jour, je serai millionnaire.” C’était Poliakoff ! Mes parents étaient des gens merveilleux qui aidaient tout le monde. Grâce à eux, j’ai été bercé par la musique russe — Tchaïkovski, Moussorgski, Rachmaninov — et la littérature russe : Tolstoï, Pouchkine, Dostoïevski, Lermontov…
« En traînant au Quartier latin, j’ai rencontré Boris Vian, Sidney Bechet, Sartre, Beauvoir. Jean Genet m’a dit que j’avais une gueule de voyou et m’a fait jouer dans sa pièce Haute surveillance. Je suis devenu acteur par hasard. Je ne suis pas devenu musicien parce que j’étais peut-être trop en admiration devant mon père. Il me faisait penser à tous ces grands musiciens comme Mozart ou Beethoven qui passent leur vie à essayer de faire jouer leur musique. Plus tard, je l’ai engagé pour écrire la musique de tous mes films. Il me disait : “Je suis né pauvre avec une cervelle riche. Je préfère ça que le contraire !” Il me racontait aussi des contes et des légendes.
« Tout ça me revient comme si c’était hier. Avec les copains, on entrait en fraude dans les cinémas pour voir Gary Cooper et Errol Flynn, les héros de mon enfance. J’ai passé ma vie à faire la manche et je n’en ai jamais eu honte. Quand j’étais jeune, c’était : “T’as pas vingt balles ?” Aujourd’hui, pour mes spectacles, c’est : “Vous n’avez pas cinq cent mille balles ?” J’ai vécu dans des palaces et dans des chambres de bonne, comme un yoyo.
« Pour le spectacle Une femme nommée Marie à Lourdes, cet été,
on a accueilli vingt-cinq mille personnes gratuitement, dont quatre
mille malades. À Paris, on fera payer 10 euros à tout le monde
parce qu’on n’a pas le droit de faire de l’argent avec ces grandes
histoires humaines. » ◆
Retrouvez Olivier Bellamy et son Invité dans "Passion classique" chaque jour, de 18 heures à 19 h 30 sur Radio Classique.
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