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Richard Berry L'invité du mois d'Olivier Bellamy

L'acteur et réalisateur français Richard Berry a construit son dernier film (L'immortel) comme un opéra. Il aime trouver dans la musique ce mélange de violence et de sérénité qui agrandit l'existence.

PAR Olivier Bellamy | L'INVITÉ DU MOIS | 6 septembre 2010
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Classica

 

« En écoutant un acteur, je suis vraiment admiratif lorsqu'on ne voit plus du tout comment s'est fait. Il y a un long chemin pour parvenir au naturel. »


Photo X (DR)


« La technique du cinéma ne me passionne pas. Mais la préparation, elle, m'enthousiasme. Tout s'écrit, même le rythme, surtout le rythme, rien ne s'improvise. C'est après que vient la liberté. »






  


  "CARNAVAL" de
  SCHUMANN
par
  ARTURO BENEDETTI-  MICHELANGELI
(DG)
Écouter et télécharger
Disponible en qualité CD (LossLess)


« On parle beaucoup de l'année Chopin et pas assez de Schumann, donc j'essaie de réparer cette injustice. J'aime son écriture cyclothymique, ses ruptures brutales et en même temps sa grande tendresse. Michelangeli joue cette musique avec toute son âme. »

« Je m'intéresse à l'être humain et à ses paradoxes. Dans l'opéra, on touche aux mythes et aux archétypes de l'humanité : l'amour, la mort, la trahison, la rédemption... C'est "la jungle dans la jungle", comme disait Louis Seigner à propos de la Comédie-Française. Quand j'ai commencé à étudier le théâtre, j'étais heureux de mettre des mots sur ma violence intérieure. Racine et Corneille m'ont permis de la canaliser. Mais l'art permet aussi d'échapper à la violence, de la dépasser : dans la musique arabo-andalouse, j'entends la complicité fraternelle qui unit les juifs et les Arabes. Cela nous permet de penser que tout n'est pas perdu.

« Dans le film Le Joueur de violon (Charles Van Damme, 1994), j'incarne un violoniste qui interprète la Chaconne de la Partita en ré mineur de Bach. Cette œuvre est un douloureux combat avec soi-même qui m'émeut profondément. C'est Gidon Kremer qui joue en réalité. J'ai rencontré un musicien fascinant, qui refuse d'entrer dans la norme, un pur qui réinvente son art. Lorsqu'il a vu les rushes, il m'a dit : "Sur cette note, tu as vibré une seconde de plus que je ne le fais moi-même et il y a un décalage." Je me suis aussitôt proposé de refaire ce passage pour que l'image colle davantage à la bande-son, mais il m'a dit : "Non, ce que tu as fait est mieux. C'est moi qui vais le refaire." Cela m'a bouleversé qu'un musicien de cette dimension soit aussi humble et aussi libre. Pour enregistrer la Chaconne, il a choisi une église. C'était compliqué parce qu'il y avait de l'écho, des bruits, alors il a décidé d'y jouer la nuit. Cela m'a impressionné qu'il privilégie l'âme de la musique au confort acoustique d'un studio. C'est un immense violoniste qui préfère la vérité d'un grain un peu sale à la beauté formatée. Comme la voix de Maria Callas.

« Je me sens proche des musiciens classiques parce que je me définis comme un acteur classique, même si je joue des textes contemporains. Travailler sa technique pour l'oublier complètement, c'est la même démarche pour un acteur. Quand vous voyez Jean Gabin, vous ne pensez plus à la technique, il n'y a que de l'épaisseur humaine à l'écran. Antoine Vitez et Jean-Laurent Cochet, mes professeurs, nous parlaient tout le temps de musique. À la différence que les acteurs sont leur propre instrument. Il faut bien s'accorder intérieurement pour jouer juste.

« J'ai eu une admiration folle pour le pianiste Samson François. On l'attaquait pour ses fausses notes, mais je m'en fichais parce qu'il parlait à l'âme avec son piano. La virtuosité sans faille ne m'impressionne pas. La perfection technique conduit souvent à des interprétations aseptisées. En écoutant un acteur, je suis vraiment admiratif lorsqu'on ne voit plus du tout comment c'est fait. Il y a un long chemin pour parvenir au naturel.

« La mélancolie de la musique de Rachmaninov me touche beaucoup. Il a écrit un jour avec une grande humilité qu'il était à la fois compositeur, pianiste, chef d'orchestre et qu'il n'était pas sûr d'avoir réussi dans l'un de ces trois domaines. Cela m'a décomplexé pour écrire mon premier film. Je me suis dit : si même Rachmaninov doute, alors allons-y ! J'avais toujours voulu passer à la réalisation, mais je reculais l'échéance par paresse. Le déclic s'est produit quand j'ai frôlé la mort dans un accident de moto : en sortant de l'hôpital, j'ai appelé le producteur Gérard Jourd'hui pour lui dire que j'avais un projet...

« La technique du cinéma ne me passionne pas. Mais la préparation, elle, m'enthousiasme. Je passe un temps fou à imaginer à l'avance les décors, l'architecture, la musique. Tout s'écrit, même le rythme, surtout le rythme, rien ne s'improvise. C'est après que vient la liberté. »

Retrouvez Olivier Bellamy
et son Invité dans « Passion classique »
chaque jour de 18 h à 19 h 30
sur Radio Classique

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