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L'invité du mois d'Olivier Bellamy
Bernard Pivot

Pendant quinze ans, au fil de ses 724 (!) numéros, "Apostrophes" et son célèbre générique signé Rachmaninov ont fait aimer la littérature à des millions de personnes. Merci Bernard Pivot !

PAR Olivier Bellamy | L'INVITÉ DU MOIS | 21 juillet 2010
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Classica

 

« Il est plus facile de parler de littérature que de musique. »


Photo Katya Legendre




« Quand je disparaîtrai, j'aimerais que ce soit cette musique qu'on passe »



CONCERTO N° 23 de MOZART par
ALFRED BRENDEL
(Philips)

Écouter et télécharger
Disponible en qualité CD (LossLess)

« Cette œuvre est une redécouverte récente. Je la connaissais, mais, à l'âge que j'ai, elle m'a frappé d'une manière nouvelle. C'est ce qui est extraordinaire dans la culture : on se découvre soi-même à différents moments de notre vie grâce à la fréquentation des chefs-d'œuvre. Le mouvement lent dégage une très grande nostalgie sans être triste. Il y a une lumière d'espoir. Quand je disparaîtrai, j'aimerais que ce soit cette musique qu'on passe. »

« Parler de musique m'effare un peu parce que j'ai l'impression d'être un chasseur alpin embarqué dans une expédition navale. J'aime la musique, mais je n'ai aucune oreille musicale : je suis incapable de distinguer différentes interprétations. Mes parents, qui travaillaient dans une épicerie, n'étaient pas cultivés mais avaient l'intuition que la culture tenait une place importante dans la vie. C'est pourquoi ma mère m'a proposé de prendre des leçons de piano. J'ai dit : pourquoi pas ! Après avoir appris le solfège et quelques morceaux, il a fallu me rendre à l'évidence : j'étais incapable de jouer sans partition. Les notes ne s'imprimaient pas en moi.

« Néanmoins, je ne suis pas peu fier d'avoir contribué à populariser le Concerto pour piano n° 1 de Rachmaninov dans la version de Byron Janis [NDLR Qobuz : version Mercury, Moscou 1962, avec Kondrachine], qui était le générique d'"Apostrophes". La première émission a eu lieu en janvier 1975 et j'avais reçu ce disque en cadeau à Noël. Lorsque je l'ai écouté, le thème du premier mouvement m'est apparu comme une évidence : c'était exactement la couleur que je souhaitais obtenir dans les entretiens. En ce temps-là, la télévision n'était pas ce média effrayant obsédé par l'audimat ; nous avons pu contribuer à faire connaître des écrivains et à donner le goût de lire à une heure de grande écoute.

« Je n'écoute jamais de musique en lisant ou en écrivant, contrairement à Claude Lévi-Strauss par exemple. Il pouvait faire plusieurs choses en même temps, pas moi. Mais la musique a toujours accompagné ma vie. Adolescent, je me délectais de la Symphonie fantastique de Berlioz. En l'écoutant aujourd'hui, je retrouve le jeune homme romantique que j'étais.

« Il y a des compositeurs auxquels je suis moins sensible. Wagner, par exemple. Je ne dirais pas comme Woody Allen que la musique de Wagner me donne envie d'envahir la Pologne, mais cela m'incite plutôt à couper le poste, enfiler une robe de chambre et me plonger dans un bon livre. C'est beau, mais ça ne me touche pas.

« Pour l'émission "Double je", j'avais choisi la petite Valse en la mineur de Chopin comme générique. Pour ces entretiens avec des personnalités d'origine étrangère qui avaient choisi d'embrasser la culture française, la musique de Chopin, compositeur polonais ayant choisi de vivre à Paris, m'est apparue emblématique. Elle était interprétée par Abdel Rahman El Bacha, pianiste libanais vivant en France, qui renforçait le symbole. Lors de cette émission, j'ai découvert la pianiste Zhu Xiao Mei, qui a eu un destin terrible lors de la Révolution culturelle en Chine avant d'être femme de ménage aux États-Unis puis de rencontrer des amis français qui lui ont offert la chance de donner des concerts. J'ai été touché aussi de faire la connaissance de Tedi Papavrami, qui a quitté l'Albanie communiste pour vivre dans notre pays et qui, non content d'être un très grand violoniste, est aussi le traducteur des œuvres du grand écrivain albanais Ismaïl Kadaré.

« Il me semble que c'est plus facile de parler de littérature que de musique. La musique, c'est comme le vin, on est obligé d'avoir recours à des images ou à des métaphores pour ne pas paraître trop technique. »

Retrouvez Olivier Bellamy
et son Invité dans « Passion classique »
chaque jour de 18 h à 19 h 30
sur Radio Classique

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