• Être fidèle à la musique | 

Jean-Pierre Marielle, l'invité du mois de Classica

Interprète inoubliable de Tous les matins du monde d’Alain Corneau, Jean-Pierre Marielle promène depuis un demi-siècle sa silhouette d’acteur décalé. C’est aussi un fou de musique.

PAR Olivier Bellamy | L'INVITÉ DU MOIS | 23 novembre 2010
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Classica


« Je ne pourrais pas vivre sans musique. C'est une partie essentielle de ma vie. Mon plus grand regret est de ne pas avoir été musicien. »


Les grands acteurs ont leur musique. Ils sont nés comme ça. »




  


  MARIN MARAIS
  Folies d’Espagne
  par JORDI SAVALL
(Alia Vox)

Écouter et télécharger
Disponible en qualité CD (LossLess)
au prix du format MP3


« J’ai adoré jouer le personnage de Sainte-Colombe dans Tous les matins du monde de mon cher ami Alain Corneau.


C’était un moment de grâce. Une grande musique, elle vous emmène ailleurs. Ça fait partie de notre métier d’aller dans l’ailleurs, dans des zones rarement visitées. C’est ça que j’aime. De partir vers un autre monde. D’avoir une autre vie. »


À lire :

Le grand n’importe-quoi

de Jean-Pierre Marielle

(avec Baptiste Piégay)


(Editions Calmann-Lévy)

Je vis beaucoup dans la musique. C’est une partie essentielle de ma vie. Je ne pourrais pas vivre sans musique. Je ne l’écoute pas par hasard ou distraitement, je l’écoute vraiment : du Bach, du Fauré, du Satie, du jazz…Mon père jouait très bien du piano. Il accompagnait ma mère, qui tenait une lingerie et qui avait une très jolie voix. C’est ainsi qu’ils se sont connus : en musique.

« Mon plus grand regret est de ne pas avoir été musicien. J’ai appris le piano dans un conservatoire du 13e arrondissement avec une vieille dame qui tournait sa soupe pendant que je jouais. Un jour, elle m’a renversé sa cuillère brûlante sur la main en voulant chasser un rat ; je n’ai plus jamais retouché un piano de ma vie.

« Les grands acteurs ont leur musique. C’est ce qui les distingue des autres. Michel Simon, Louis Jouvet, Gérard Philipe jouaient de leur instrument et on les reconnaissait tout de suite, comme Miles Davis à la trompette ou Charlie Parker au saxo. On va au conservatoire, on apprend à jouer, mais chez des gens comme eux, ça tombe du ciel, ils sont nés comme ça.

« Dans le grand silence, j’entends de la musique. J’adore le silence. Dans ce studio, on n’entend rien, c’est très émouvant. C’est peut-être la mort… Mais on peut le rompre et bavarder, c’est épatant ! « Je préfère la légèreté à la lourdeur. La lourdeur, ça masque parfois une grande bêtise. Alors que la légèreté… Pierre Brasseur pouvait être très léger. Et Sidney Bechet aussi. Les gens légers ont une grandeur d’âme et une richesse de cœur qui me touchent.

« Le jazz m’a appris l’école de la liberté et du rythme. C’est très important, le rythme, dans mon métier. Quand ça s’étiole, les spectateurs s’ennuient et l’auteur n’est plus servi. J’ai été initié au jazz et à la chanson par ma sœur Nicole qui m’emmenait au concert. Je me souviens d’avoir entendu Henri Salvador tout gamin. Ensuite, nous sommes devenus très liés. C’était un homme sensible, discret, très modeste. Il était célèbre mais s’en fichait. Il m’a dit un jour que les deux plus grands amis dans sa vie avaient été Boris Vian et moi. Ça m’a bouleversé. Il me manque beaucoup.

« Je ne me sens pas appartenir à ce qu’on appelle “la grande famille du cinéma”. Dans les familles, il y a de grandes haines. On peut s’en passer. Je vis au milieu des paysans. Tchekhov a écrit : “ Les paysans, qui travaillent plus que les autres, n’emploient jamais le mot travail.” Les paysans qui m’entourent ne disent jamais : “Demain, je vais au travail.” Les acteurs non plus, ils jouent. Les musiciens aussi. «J’ai fait du théâtre grâce à mon professeur de lettres qui trouvait que je disais bien les récitations. Je ne sais pas ce que c’est qu’un directeur d’acteurs. La meilleure direction qu’un réalisateur peut donner à un acteur, c’est le chemin des studios. »

Olivier Bellamy

 

 

 

Retrouvez Olivier Bellamy et son Invité dans « Passion classique » chaque jour de 18 h à 19 h 30 sur Radio Classique

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