• Être fidèle à la musique | 

Didier Sandre, l'invité du mois de Classica

Ce très grand acteur de théâtre a aussi collaboré avec Maurice Béjart, Pierre Boulez, Muyng-Whun Chung, Thierry Escaich, Alexandre Tharaud ou Jean-Claude Pennetier. La musique lui a offert les plus grandes émotions de sa carrière.

PAR Olivier Bellamy | L'INVITÉ DU MOIS | 7 février 2011
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Classica

« J'ai appris à jouer du piano et de l'orgue avant de m'intéresser au théâtre. Je ne travaillais pas vraiment ma technique et je massacrais des morceaux comme le finale de la Sonate "Clair de Lune" de Beethoven pour faire beaucoup d'effet. À dix-sept ans, j'ai arrêté, au grand désespoir de ma mère, qui jouait de l'orgue dans l'église protestante où mon grand-père lisait l'Évangile en chaire. Mais dès que j'ai touché mon premier cachet de comédien, je me suis acheté un piano. Avec l'âge, je m'aperçois que la musique me rattache à des émotions profondes, bien plus que le texte.

« En tant que luthérien, j'ai une passion pour Bach. Avant de jouer en scène, écouter ses cantates me recentre. Je ressens avec lui une joie, une légèreté et un émerveillement constant devant la vie. Quand j'entends jouer Marie-Claire Alain à l'orgue, je pense à ma mère... Il n'y a rien de solennel ni de pompeux dans son jeu.

« La musique m’a aussi appris
à aimer le silence. »

« J’ai une passion pour Bach.
Je ressens avec lui une joie, une légèreté et un émerveillement constant
devant la vie »




  


  FRANCIS POULENC
  Sonate pour clarinette et piano
  par
  EMMANUEL STROSSER et PHILIPPE BERROD (Indésens)

  
  
Écouter et télécharger
Disponible en qualité CD (LossLess)

« J'ai découvert ce chef-d'œuvre de Francis Poulenc dans un concert au cours duquel j'ai joué L'Histoire du soldat de Stravinsky. Après l'entracte, Romain Guyot et Jean-François Heisser l'ont interprété et j'ai éclaté en sanglots, saisi par sa profondeur et son lyrisme lancinant. La "Romanza", c'est aussi beau qu'un grand adagio de Mozart. »

« La musique m'a aussi appris à aimer le silence. Faire parler le silence est une partie du travail d'acteur qui me passionne. Chercher ce qui sous-tend la parole, ce qui la rend nécessaire.

« Quand je pense à la musique de la langue, c'est Claudel qui me vient à l'esprit ; il était très influencé par Wagner. Pour moi, c'est lié à une souffrance : neuf heures du Soulier de satin dans la cour des Papes en Avignon, par un froid terrible, et puis la pluie qui tombe à quatre heures du matin, et le jour qui se lève alors qu'on n'a plus de voix. Le public garde un souvenir émerveillé de ce spectacle. Et pourtant, sous le ciel étoilé, j'ai connu le fameux “lâcher-prise”, cette impression d'être “parlé” par quelque chose. J'imagine qu'un chanteur, à l'issue d'un opéra de Wagner, doit ressentir cet abandon infini, cette impression que la musique ou le texte sont plus forts que vous et vous entraînent.

« J'ai beaucoup joué avec des musiciens, des orchestres, et j'en tire toujours une joie profonde. L'une de mes expériences les plus fortes a été de partager la scène avec le poète palestinien Mahmoud Darwich et le Trio Joubran. Il récitait ses poèmes et je lisais la traduction française d'Élias Sambar. La poésie orientale possède une grande force populaire. Darwich a d'abord écrit les discours d'Arafat, puis il a rempli des stades entiers au Liban avec sa poésie. Il m'a dit une fois qu'il avait mis dix ans à essayer de décrire la fleur de l'amandier, son parfum, sa couleur, son éclosion. Cela me bouleverse. J'ai participé à son dernier spectacle à Arles. Dix jours plus tard, il est mort. Les frères Joubran m'ont envoyé une bougie et un épi de blé. Je ne peux repenser à sa voix douce, à ses accents, sans avoir la gorge serrée. »


Olivier Bellamy

Retrouvez Olivier Bellamy et son Invité dans « Passion classique » chaque jour de 18 h à 19 h 30 sur Radio Classique

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