Costa-Gavras, l'invité du mois de Classica
Auteur de films qui ont marqué toute une génération comme Z ou L'Aveu, Costa-Gavras est aujourd'hui le président de la Cinémathèque. Il aime la musique qui rend plus humain, qu'elle soit classique ou populaire.
« J'ai quitté ma Grèce natale à vingt ans et je vis en France depuis cinquante-huit ans. Ma culture est française, mais les racines ne s'oublient pas. Je reste marqué par la langue grecque, même si malheureusement je la parle moins, par la nourriture méditerranéenne et par la musique grecque. La chanson populaire grecque est restée très proche de la poésie, peut-être parce que nous avons longtemps été colonisés par les Turcs et que la musique et la poésie sont devenues un refuge.
« En tant que cinéaste, je suis marqué par la tragédie grecque, incontestablement, et par le cinéma français. On me considère parfois comme un cinéaste engagé. Je ne sais pas. Je suis engagé dans ce que je fais comme un compositeur est engagé dans sa partition. Je ne conçois pas un film comme une leçon universitaire ou un discours politique, mais comme un spectacle. Je ne commence jamais un film en pensant qu'il pourra changer les spectateurs, mais j'espère qu'il les aidera à réfléchir. Un spectacle ne peut pas être, selon moi, vide de sens. Mais il faut rester méfiant avec la manipulation. Le succès international des Platters servait la propagande des États-Unis qui voulaient montrer qu'ils n'étaient pas racistes à une époque où les Noirs subissaient une terrible ségrégation.
DES MUSIQUES
POUR SYMBOLISER...
☛ LA VIE
☛ LA MORT
☛ L'AMOUR
« J'aime montrer que la vie n'est pas forcément comme on croit qu'elle est. Que les méchants n'ont pas forcément des têtes de méchants. C'est le rêve du cinéma de prendre la place qu'occupait la littérature au XIXe siècle : raconter la vie des hommes comme l'ont fait Hugo et Balzac. Le cinéaste doit composer avec une équipe et notamment des acteurs qui portent l'histoire au spectateur. Face à une star, le metteur en scène doit se comporter normalement et ne penser qu'au personnage. C'est ce que l'acteur demande. L'acteur voit le metteur en scène comme un miroir, et s'il sent que ce miroir est déformé ou déformant, il peut devenir méchant. Cela doit être la même chose pour un chef d'orchestre face à un soliste de renom.
« J'aime écouter la musique qui me fait sortir de moi et me rend plus humain, qui me donne envie de danser dans la rue, de prendre les gens dans mes bras. Je retrouve cela dans les concertos de Vivaldi, de Haendel, dans certaines œuvres de Brahms ou de Verdi.
« Je n'ai jamais eu de problème avec la censure, mais le plus gros danger, aujourd'hui, me semble être l'autocensure, car le cinéma dépend de la télévision, donc de l'audimat. Or, il faut être prêt à financer des films qui ne seront vus que par 500 000 personnes, comme il faut publier des livres qui n'auront que 2 000 lecteurs.
Je ne sais pas si mes films me survivront et je n'y attache pas d'importance. Les films naissent et meurent comme les hommes. Ils expriment la sensibilité d'une époque. Quand un film reste, c'est le public qui décide. » ◆
Retrouvez Olivier Bellamy et son Invité dans "Passion classique" chaque jour, de 18 heures à 19 h 30 sur Radio Classique.
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